Aujourd’hui14 événements

Jalen Ngonda + Brooke Combe à L’Aéronef

Sold-out quelques jours avant à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Sold-out la veille à L’Olympia de Paris. La tournée de Jalen Ngonda est couronnée de succès. Signé sur le prestigieux label de Brooklyn Daptone Records, le jeune artiste s’est en effet imposé aux yeux des critiques et du public comme le nouveau grand représentant de la soul traditionnelle. Et cela en seulement deux albums : Come Around Love paru en 2023 et le récent Doctrine Of Love sorti en juin dernier. Deux disques délicieusement rétro inspirés par la Motown et le Rhythm and Blues des sixties.

Brooke Combe

C’est devant une Aéronef qui doucement mais sûrement se remplit que Brooke Combe fait son apparition. Si l’on est d’abord interpelé par la joliesse et le charme de l’artiste écossaise, très vite ce sont les oreilles qui s’en prennent plein les mirettes. Brooke Combe sait chanter. C’est indéniable. Elle possède ce timbre texturé, élégant et direct propre aux grandes voix de la northen soul.

Le format est minimaliste. La chanteuse est uniquement accompagnée de son guitariste, Danny Murphy. Elle explique, non sans humour, que pour des raisons logistiques et économiques le reste de son groupe a dû rester au bercail. Rapidement, une connexion très intime et chaleureuse se créé avec le public lillois qui ne se fait nullement prier pour marquer le rythme et la cadence au gré des chansons. Le répertoire, joué dans une formule acoustique épurée, séduit et met en lumière les capacités vocales de la chanteuse. Des versions apéritives qui mettent sincèrement l’eau à la bouche. Quand Brooke Combe annonçe qu’elle reviendra prochainement dans nos contrées avec son groupe au grand complet, on se promet sur le champ d’être présent au rendez-vous.

Jalen Ngonda

Quand Jalen Ngonda arrive sur scène, on se rend très vite compte que rien n’est laissé au hasard. Un soin particulier est apporté au décorum. Les jeux de lumière sont vintage avec huit projecteurs alignés en fond de scène privilégiant des teintes chaudes et feutrées (jaunes, orangés, bleus profonds) qui renvoient à l’esthétique de la pochette du dernier album de l’artiste et concourent à créer une atmosphère de club intimiste. Sensation renforcée par l’utilisation récurrente de boules à facettes projetant sur le public des éclats de lumière et plongeant la salle dans une ambiance auréolée de nostalgie.

Dans la grande tradition de la musique afro-américaine des années 60, on retrouve l’agencement classique d’un grand orchestre de soul : Jalen Ngonda au centre sur le devant de la scène, souvent sa guitare Fender en bandoulière, et ses musiciens (clavier, basse, batterie et choeurs) discrètement relégués en arrière-plan. L’élégance vestimentaire est de rigueur. La star de la soirée est à son avantage dans son costume trois pièces au style rétro impeccablement coupé. Ses musiciens et choristes ne sont pas en reste et affichent des tenues de soirées (plus) sobres et classieuses renforçant l’illusion d’un groupe tout droit sorti d’une antique diffusion de la célèbre émission américaine Soul Train. L’ambition est de donner au concert une dimension de « spectacle » (au sens noble) afin de dépasser la simple performance musicale.

Dans la salle, les coeurs chavirent. Les corps vibrent. Les couples s’enlacent. Le public est visiblement conquis. Le concert se vit comme un voyage organique et chaleureux vers l’âge d’or de la musique noire américaine. Les chansons s’articulent autour d’une structure pop qui rappelle forcément les hits de la Motown. La voix de Jalen Ngonda est d’une élégance rare. Son énergie redoutable. Son assurance également. Tantôt debout derrière son micro en train de groover avec sa guitare, tantôt assis seul au piano dans un halo de lumière avantageux, il alterne les postures. Exhibitionniste du falsetto, il s’attire moult sifflets ou cris d’approbation du public. C’est beau, c’est propre, c’est efficace, c’est professionnel.

Pourtant, de manière un peu ronchonne il est vrai, on ne peut s’empêcher de trouver tout cela un peu trop lisse et surfait. Et de tailler un costard au chanteur. Même s’il porte très bien le sien. Car en rendant hommage aux grands noms de la soul music, Jalen Ngonda oublie une chose essentielle. Ces grands noms n’étaient rien sans les musiciens qui les accompagnaient. Sur scène, qu’aurait été James Brown sans les JB’s ? Ou pour citer d’autres artistes, plus récents, de l’écurie Daptone, qu’auraient été en live Sharon Jones sans les Dap Kings ou Charles Bradley sans The Menaham Street Band ?

Jalen fait du Jalen. Uniquement du Jalen. Son show ne sert qu’à le mettre en valeur. Jamais, les projecteurs ne viennent mettre en lumière ses musiciens. On ne sent aucune complicité ou proximité avec eux. Peu de regards échangés. Aucune passe d’armes. Aucun solo accordé. D’ailleurs, à la fin du concert, le chanteur quittera la scène sans les avoir présentés. Laissant un arrière-goût désagréable dans la bouche. Beaucoup d’égo. Mais trop peu de personnalité en fait. Espérons qu’au fil de sa carrière, Jalen Ngonda apprenne à faire preuve d’un peu plus d’humilité.

Revenir aux Live report Concerts
A lire et à voir aussi
176 queries in 0,434 seconds.