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L’Orfeo à l’Opéra de Lille

C’est à un festival des sens que nous a conviés l’Opéra de Lille pour les représentations de l’Orfeo de Claudio Monteverdi, interprété par le Freiburger Barockconsort, mis en scène et chorégraphié par Sasha Waltz.

Dès l’ouverture, la texture des instruments baroques remplit l’espace avec la domination des percussions et des instruments à vents tandis que le décor se déploie, passant d’une gigantesque caisse en bois à un large plateau entrecoupé d’une arche aux panneaux mouvants qui figureront tant un palais que les portes des Enfers. Cet espace à la fois vide et en relief vient en appui aux corps des danseurs, des performeurs dirons-nous car il n’y a pas ici de frontière établie entre les genres artistiques et l’ensemble des artistes se partage la scène et se mélange, exultant de joie. Les musiciens se lèvent et viennent participer aux danses des bergers, les solistes participent aux chorégraphies, les danseurs se mélangent aux chœurs. Lorsqu’ils se couchent sur le plateau, c’est pour représenter un champ de fleurs dont le parfum envahit la salle, où Orphée et Eurydice chantent leur amour, les mouchoirs se transforment en papillons... Les Enfers, en seconde partie, sont représentés par une lumière glaciale et un plateau nu envahi de brume au lointain, où les corps sont isolés et les mouvements exécutés dans la lenteur.

Orphée et Eurydice nous racontent comment le plus grand poète de son temps, le père légendaire de la poésie, va aux enfers pour ramener à la vie sa bien-aimée, terrassée par un serpent. Grâce à son chant, il parvient à endormir Charon le batelier et attendrir Perséphone (Proserpina chez les Romains) qui influe Hadès (Pluton) à lui accorder sa demande s’il parvient à retourner à la lumière sans se retourner une seule fois pour regarder son épouse. Évidemment, il n’y parvient pas et perd tout désir de vivre. Pour le soulager de son tourment, les nymphes et les faunes le découpent en morceaux et le jettent à la rivière, ne conservant que la tête qui curieusement continue à chanter. Ce récit d’amour, de deuil et de quête métaphysique nous interroge ici sur le désir et la douleur de vivre, la frustration constante d’être humain représenté par le supplice de Tantale qui clôt la première partie. L’échec à transcender son chagrin et s’affranchir de ce qui n’est plus empêche Orphée de retrouver la joie et, symboliquement d’amener la lumière au monde, si bien que seul son sacrifice permet le renouveau du monde.

Un petit peu d’érudition car il est difficile de trouver les mots pour décrire une expérience totale et innovante d’une œuvre classique. Aucune des quatre représentations qui ne soit toute à fait la même tant les artistes, qu’ils soient musiciens, solistes ou danseurs étaient dans une constante recherche, explorant les registres vocaux, chorégraphiques et musicaux, n’hésitant pas à se mettre parfois en danger sur le plan artistique. Pour résumer, ce fut du très grand spectacle, une de ces expériences qui vous reste gravée en tête toute la vie !

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