Katie Melua + Yoav au Zénith de Lille

Un Zénith rempli de sièges, voilà ce qu'on découvre en arrivant et qui déconcerte un tant soit peu quand la seule occasion d'y mettre les pieds fut Iggy Pop, soit une fosse remplie de fauves déchaînés prêts à s'entretuer, ou en tout cas pousser fort, pour atteindre la peau ridée et douce de l'Iguane. L'ambiance n'est pas tellement Raw ce soir, et ce sont plutôt des familles au grand complet ou des couples d'amoureux qui s'installent sur les chaises ou dans les gradins. Autant le voisin de pallier d'un appart' étudiant que le couple de septuagénaires fan d'Elvis : trois générations pour une ambiance familiale et classe (on a noté en souriant que les vigiles étaient en costume). Pas question donc de shooter dans un crash barrière enfumé mais plutôt de rester à bonne distance, et tant pis pour les portraits serrés.

Avant Katie, Yoav fait son apparition sur scène. Israélien un peu timide mais persévérant, il assure seul le spectacle, soit un ensemble guitare / voix / samples. Joli mais lassant au troisième morceau. Avec un système équivalent et tout aussi solitaire, KT Tunstall s'en sort beaucoup mieux. Entracte, attente et puis le noir. Dans la quasi-obscurité, des sons de guitare s'élèvent derrière un rideau, les notes de The Closest Thing to Crazy. Katie Melua entre, seule sur scène. Pour la sublime Just Like Heaven, ses musiciens arrivent : Henry Spinetti à la batterie, Luke Potashnick à la guitare, Jim Watson au piano et Tim Harries à la basse et la contrebasse. Seul Gallagher manque à l'appel, dommage. Katie prend la parole, explique qu'elle s'est baladée dans Lille, "une ville magnifique". Peut-être fait-elle le même speech partout où elle passe (mais peut-être pas), mais il fait mouche. Le concert fait partie de la grande tournée qu'a entreprise Katie Melua pour présenter son nouvel album, The House. Généreuse, la chanteuse géorgienne souhaitait passer une première fois il y a peu, avant même la sortie, et c'est avec beaucoup de plaisir qu'on l'accueille enfin à Lille. Les aplaudissements fusent, avant qu'elle n'entame If You Were A Sailboat.

"C'est du vrai rock, c'est pas des simagrées"

Puis le dernier album, à boire et à manger sur disque. The Flood n'emballe pas particulièrement, sauf si l'on aime le côté pop qu'a amené William Orbit. Suit Tiny Alien. Sur l'écran derrière les musiciens, des petits logos issus du jeu Space Invader. Katie reprend la parole : "Vous les Français êtes des passionnés, non ? J'aimerais dédicacer cette chanson à chacun d'entre vous, elle s'appelle I'd Love To Kill You With A Kiss". Baiser certes virtuel mais dont l'évocation suffit à susciter de l'émoi çà et là. Moment Dresden Dolls avec A Moment Of Madness, très rythmée il faut le reconnaître. Katie poursuit ses explications, à l'aise : "Depuis que j'ai dix-sept ans, j'écris des chansons. Parfois j'adore chanter les chansons des autres afin de donner voix à des chansons issues d'endroits très différents." Un blues, The One I Love Has Gone, où le charme de cette musique évocatrice côtoie la maîtrise vocale toujours impressionnante de Katie. Instant instrumental, les solos se succèdent pour Perfect Circle sous les applaudissements du public. Katie interprète seule Lilac Wine, puis présente ses musiciens avant de jouer une reprise très énergique de Canned Heat. Ca applaudit beaucoup et on peut relever les commentaires de spectateurs charmés : "c'est du vrai rock, c'est pas des simagrées".

Katie et sa maison pop

D'habitude Katie Melua enchaîne avec On The Road Again, mais surprise ! elle entame Going Up' The Country. Morceau très rythmé comportant une base electrique en boucle de manière à conserver la tension, très efficace en live. Sur l'écran, des diablotins flottent pour Devil On The Bass, avant d'être remplacés par des images de la Chine impériale à l'aube. La scène devient nuageuse pour donner l'illusion de la prolongation des vidéos. L'effet est très joli, très poétique et vient compléter la douceur de The House. Katie parle de Red Balloons tandis que la scène reste nuageuse, plongeant le spectateur dans une ambiance qui ne déparaillerait pas sur le 1000 vies d'Eicher. La lumière très rouge est complétée par de gros ballons de la même couleur, toujours sur écran. Si on a un peu eu envie d'assassiner la voisine qui sifflait comme si elle était dans son salon, on l'oublie quand démarre Plague Of Love, bijou pop absolument fantastique. Katie, tout sourire, enchaîne avec Call Off The Church, non sans avoir expliqué l'origine de sa première chanson. The House est définitivement un album à part comme le confirment Twisted et A Happy Place, qui passe beaucoup moins bien sur scène.

Katie lance ensuite My Aphrodisiac Is You, jazz cabaret définitivement pas dans ce qu'elle fait de meilleur. Visuellement, le spectateur en prend pour son grade, ballons et bulles à l'appui. Hors de question donc de quitter la scène si tôt et, show à l'américaine oblige, un très convenu rappel va suivre, qui débute par Nine Million Bicycles. Léger mouvement à l'avant du public, Katie semble rire. Elle expose une idée à ses musiciens, qu'on comprendra après : changement de setlist. L'habituel Kozmic Blues, reprise de Janis Joplin, permet au guitariste de démontrer en cinq millions de minutes ses capacités à la gratte. Ce n'est pas mauvais, mais on aurait préféré un titre de miss Melua, comme A Blues In The Night. Et là, les fans ont dû en pleurer de joie, Katie bouleverse sa setlist et entame seule un morceau, tandis que ses musiciens sortent de scène : Spider's Web. Magistral. Si l'ensemble du concert est assez convenu, de par sa forme cadrée - en rien gênante sachant ce qu'on va trouver en arrivant -, ce moment-là d'improvisation pure pour le plaisir des fans valait à lui seul le déplacement.

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