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Gang of four + Shopping à l’Aéronef

Les jeunes gens de Shopping dont on peut écouter le disque sur Soundcloud ont eu largement le temps de poser leur jeu fait d'une guitare extrêmement claire, sans le moindre effet, la moindre distorsion, de basses profondes et très appuyées au médiator. Complètement impliquées, les demoiselles qui tiennent les guitares s'engagent à fond et l'une d'elles saute partout en chaussettes et en short. Un concept. Le son évoque les très jeunes Talking Heads, Martha and the muffins. Flup Cola l'excellent programmateur du Baroque Bordello Radio Show pense également aux Slits. Ce son très clair semble un peu issu des années 80 anglaises. Pas celles des synthés collants et des coupes peroxydées, celles de ce moment étrange où les punks passaient le cap des trois accords improbables pour commencer à chercher d'autres sons, ce double franchissement salutaire : on ne plombait plus les concerts pendant trois heures et on commençait à savoir utiliser les instruments. C'est frais, on saute de partout et on finit par emporter l'adhésion du public. On pense aussi beaucoup aux Rakes, sur Long way home. David et Richard, les membres de Noiseless ont l'air d'apprécier.

Gang of four débaroule sur scène et l’ouragan gronde directement, on a littéralement l’impression qu’on les a lâchés après des heures de privations de toutes sortes. Certes, il ne reste qu’Andy Gill du Gang of four original, ce qui peut sembler un peu ennuyeux quand on revendique jusque dans son nom la notion de… gang justement. On avoue sans fard qu’on redoutait un peu un numéro de cabaret, quand le dernier membre d’un groupe décimé vient jouer la musique des absents. C’est parfois un carnage…

Reste la musique et la prestation live étourdissante, dans tous les sens du terme, à laquelle on a assisté. Un déferlement, un ouragan, un engagement total et sans concession dans la musique, une déferlante ininterrompue, un Roller Coaster lancé à toute allure sur les spectateurs de l’Aéro version club. On déclame, on chante, on se répond, on bascule à toute allure d’un micro à l’autre en chantant à deux, à trois dans un tourbillon hallucinant d’énergie post-punk, on ne lâche rien, Andy Gill à la manœuvre donne le sentiment qu’il n’a pas cédé d’un pouce, qu’on est toujours aussi radical, qu’on continue à gérer une émeute marxiste. On est loin d'un punk limité, c’est la phase d’après quand The Wire et autres extirpaient le punk de ses inévitables limites. Arty et conceptuel. Engagé et brûlant.

C’est que la bande des quatre, en référence à l’histoire de la Chine populaire, n’a jamais tellement plaisanté avec son propos. Quand on s’inspire des situationnistes français et des révolutionnaires de tout poil, on pose plus de questions qu’on ne donne de réponse. Andy Gill vient questionner ouvertement le public en approchant sans cesse, il ne vient pas vraiment le toiser, il vient le chercher, le provoquer intelligemment, il semble lui demander en silence, au regard, à l’allure, à la morgue anglaise qu’il arbore s’il continue à se poser les bonnes questions.

C’est vite très chaud, d’autant que ses petits copains de jeux sont des furieux. Le bassiste, Thomas McNeice, d’une élégance rare, se déplace le buste très en arrière de tous les côtés de la scène et envolera littéralement deux micros, John Sterry, l’ancien frontman des Gaoler’s daughter, repousse régulièrement Andy Gill pour trouver un micro libre. On les retrouve à trois d’un côté de la scène, de l’autre, pas de temps mort. Dommage qu’Alison Mosshart, des Kills et copine de jeu de Jack White, ne vienne pas lancer avec eux le nouveau single, Broken Talk, qui sera sur le prochain album, What Happens next ? L'histoire n'est pas finie... Si le gang s'est, comme tant d'autres, englués dans les sons caoutchouteux des années 80 (mais qui a franchi ce cap sans colle synthétique sur les mains ?), on est ce soir en pleine abrasion, on décape et on ne retient que les rituels les plus dévastateurs, comme l'atomisation en règle et systématique du four électrique à coups de manche de hache, sur To hell with poverty. Les mots sont durs et crus, on n'a pas assez d'argent en UK pour se saouler autrement qu'au cheap wine, glaçant.

C'est tétanisant de violence rentrée, de haine crachée contre ce thatcherisme honni qui affame l'Angleterre. Terrible résonance de ce titre, trente ans plus tard. Le spectre de la faim est là. On comprend pourquoi ils ont inspiré tant de gens, les Rakes, Les Yeah Yeah Yeahs, les Dandy Warhols. Rien que ça. La baston ne baisse jamais en intensité, on fait défiler ce superbe catalogue, le fulgurant  I love a man in uniform. On pense à un Jon Spencer Blues Explosion des grands jours quant à l'intensité, c'est dire...On se quitte sur la très sulfureuse Damaged goods et l'évocation de la luxure, on se serre les coudes en sortant, pour ne pas penser trop fort, après cet assaut, ce tir de barrage électrique, qu'on Live as we dream, Alone. Pas domptés, pas calmés. Sains.

Setlist : Return the Gift / Not Great Men / Parade myself  / Paralysed / What we all want / Anthrax / He'd send the Army / Isle of Dogs /  To Hell with Poverty / Do as I say / I Love a Man in Uniform / Broken Talk / At home he's a TouristDamaged Goods. 

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