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Rover Date de l’événement : 27/02/2016

Après un premier album époustouflant et une tournée-fleuve de quelque deux cents dates, Rover reprend la route en France et au-delà, afin de notamment présenter son nouvel album Let It Glow. Avant de le (re)découvrir sur scène au Splendid de Lille, ce samedi 27 février 2016, nous avons échangé avec Timothée Régnier sur l'écriture, l'art et sa vision de la musique.

Je vais utiliser une comparaison picturale : j’avais l’impression que le premier album était une série de touches de peintures, de vignettes. Pour celui-ci j’ai clairement plus eu l’impression d’une seule et même voix tout le long. L’écriture était-elle plus linéaire ?

C’est très juste, c’est une belle image, je pense que c’est quelque chose qui est inhérent au fait que pour un premier disque on est dans une sorte de présentation, même à soi-même : on est en train de se montrer en lumière. On est donc inconsciemment en train de montrer une sorte de palette de soi-même, de sa musique, de ce que l’on aime, les choses que l’on a digérées pendant trente ans de sa vie donc il y a un aspect d’exercice de style, qui est parfois propre à un premier disque. Il est certain que pour le deuxième disque j’avais une idée beaucoup plus claire de ce que je voulais en terme de fil rouge, en terme d’épure aussi. Ca en fait un disque qui, à mon avis, est beaucoup plus resserré, beaucoup plus affirmé et qui est aussi le fruit d’une longue tournée avec le premier disque, qui a certainement chassé certains démons et m’a donné un peu plus confiance en mois pour me concentrer sur la musique, pas dans un sens négatif mais au contraire m’a donné une sorte de plaisir à assumer ce que j’étais et à approfondir cette recherche musicale.

Une manière aussi d’abandonner les masques ?

Oui, parce qu’on se rend compte avec l’âge et avec l’expérience - en ce qui me concerne en tout cas, je parle en mon nom là - qu’il n’y a pas de risque en musique. Il n’y a pas de risque de se tromper et même l’échec ou même se tromper en terme de goût ou sur scène n’est pas dramatique : on n’y joue pas sa vie, on n’est pas des chirurgiens, on ne fait pas des opérations à coeur ouvert. On est quand même dans un métier, surtout pour ce style de musique, où l’erreur, où les accidents nourrissent la suite, nourrissent la créativité, le rebondissement, l’interactivité entre les musiciens. C’est quelque chose que l’on découvre, on se rend compte qu’on peut passer une tournée, 150 dates, sorti un premier disque qui rencontre un succès d’estime et avoir cette chance de le vivre et qu’il faut le savourer. Il y a toujours une pression quelque part, il y a toujours une volonté de bien faire, ça ne veut pas dire qu’il faut prendre tout cela à la légère, au contraire mais c’est le faire sérieusement sans se prendre au sérieux. C’est peut-être tout cela aussi qui transpire sur ce disque, c’est d’assumer aussi les défauts, d’assumer qui je suis, mes influences et ce que j’aime en musique.

En terme de technique, de son, l’album donne l’impression d’un disque sans âge. Je ne vais pas jouer au jeu des comparaisons mais la production paraît nettement plus brute, qu’est-ce qui vous a mené à cela ? Y a-t-il des choses que vous avez pu essayer sur cet album que vous n’aviez pas encore tentées jusque là ?

En fait je les compare très peu, il y avait un réalisateur de disque pour le premier, Samy Osta, donc il y a sa patte. C’est un autre studio aussi, et chaque studio a son son. L’homme a changé aussi, je joue les mêmes instruments, je suis le même mais j’ai évolué, j’ai une approche de la musique qui est différente, le live a nourri l’écriture aussi, il y a plein d’ingrédients qui font que cela sonne différemment, mais je conçois ce style de musique et mes disques d’être faits comme ça, je ne conçois pas d’utiliser l’ordinateur. Pour moi un ordinateur est pratique pour maquetter, pour aller vite, pour gagner du temps sur certaines choses laborieuses. Une fois que la chanson est prête à être enregistrée, qu’on veut capter l’âme d’une chanson et l’émotion, l’analogique le permet au mieux, c’est la manière la plus noble d’enregistrer la musique, c’est comme peindre sur une toile ou sur tablette.

C’est d’ailleurs assez fascinant sur le vinyl de Let It Glow d’entendre ce son, même pendant les moments de silence.

Exactement. C’est tout cela qui fait qu’il y a un plaisir en plus, égoïste mais un vrai plaisir, quasiment de gastronomie pour les oreilles (rires), d’enregistrer en analogique. C’est que la bande chante, la bande est musicale même quand il n’y a rien dessus. Il y a aussi l’odeur des machines anciennes, leurs caprices, il y a des accidents heureux qui ouvrent des idées, qui poussent à être créatif instantanément. Il y a une façon de chanter quand la bande tourne : on doit honorer cette bande qui enregistre, contrairement aux milliards d’heures en numérique. Mais je ne critique pas l’ordinateur, je conçois qu’il y en ait qui fassent comme cela, je ne suis pas un vieux réac’ qui dit que c’est mieux que l’ordinateur, je dis que c’est mieux pour moi, je suis plus à l’aise sur la bande analogique que sur l’ordinateur pour faire un disque.

Par rapports aux expérimentations dans les chansons, il y a visiblement plus d’étirements. Pour vous avoir vu plusieurs fois, c’était beaucoup le cas en live sur la première tournée. Est-ce que vous pourriez faire un album sans parole malgré le fait que les chansons laissent à présent de la place aux mots ?

Sans aucun problème, c’est complètement concevable. Il y a effectivement des plages musicales dans ce disque, ce que je me suis moins permis sur le premier, ça fait effet pied de biche car on a de moins en moins cela dans les disques, de prendre le temps de trois minutes d’instruments et de musique au sens propre. La voix prend tellement de place, dès qu’on chante ça met une telle couleur, une personnalité, c’est extraordinaire une voix ! La retirer c’est aussi rentrer dans un travail de suggestion, ce qui fait que quand elle revient dans la chanson d’après, elle nous a manqué ou au contraire elle nous agace, on est en train de créer une émotion qui est pertinente. Le disque le permet, il n’y a pas à expédier la musique et avoir une structure couplet-refrain absolument. J’ai plaisir sur le titre Let It Glow à jouer cette partie musicale de basse ; si ça ne tenait qu’à moi j’aurais probablement pu le faire pendant trois semaines et que ça dure trois semaines sur un disque même si après il y a la contrainte technique. Néanmoins ça ne me semble jamais long, quand je le réécoute je l’aime et c’est presque frustrant, faudrait que ça dure plus longtemps. Ca peut être mal interprété, je parle de ma musique comme ça mais je pense que ça me manque un peu sur certains disques, des moments de musique comme cela, où les instruments jouent entre eux, communiquent et chantent à leur tour.

Ce n’est pas forcément ce qui est le plus souvent mis en valeur, surtout en pop, mais votre songwriting est très solide.

Merci.

Qu’est-ce qui vous inspire en littérature ou en terme de mots en général ?

C’est une vaste question, je ne sais pas si on a le temps mais je peux donner une réponse qui ouvrira une porte, c’est que j’utilise la langue, l’anglais, pour justement cette espèce de musicalité inhérente. Je ne choisis pas l’anglais par snobisme ou par volonté de sonner à l’américaine, j’assume d’être Français, j’ai grandi aux Etats-Unis, j’ai peut-être des cicatrices américaines en moi mais la langue anglaise c’est comme jouer sur une guitare américaine, elle sonne comme cela. C’est presque sa sonorité qui fera que le sens du mot existe derrière et chacun y mettra ce qu’il veut. C’est une langue extraordinaire, c’est une langue à tiroirs qui, même sur mes propres paroles, prend un sens différent. Pour jouer les morceaux du premier disque en tournée, trois ans après, certaines chansons ont une autre signification de par les événements, de par la vie, de par les émotions que l’on vit entre le moment où on l’écrit et on la joue. Cette musique est très organique et elle me plaît, elle me surprendra tout le temps et la langue anglaise le permet, d’étirer, d’inventer des mots. Le mot “aqualast” n’existait pas, j’en joue, et pourtant il me parle. Je suis toujours assez fasciné par les gens, qui ne parlent pas anglais mais qui ressentent une émotion malgré tout et leur émotion m’intéresse. Il y a quand même un truc extraordinaire en musique : on est nombreux à aimer des groupes américains enfant ou à écouter du rap sans comprendre 1% de ce qui est dit et pourtant on aime ça, il y a une violence et en même temps des émotions qui transpirent dans les mots sans avoir leur définition en tête.

En ce qui concerne le visuel. Beaucoup de monde vous a découvert avec le clip d’Aqualast, beau, léché, une narration, ce qui est à nouveau le cas après et notamment récemment avec Some Needs. Quel est la part de culture visuelle ? Et quelle ambiance aurait le film qui raconterait tout l’album ?

Je suis très attaché au clip au sens noble du terme, qu’on faisait dans les années 1980 et même 90. On fabriquait des histoires, on fabriquait des objets artistiques. La culture du showtime et du spectaculaire a un peu tué cela, même si je ne critique pas notre époque mais, comme pour la musique en analogique, cela rejoint une sorte de tradition malgré tout mais je serais tout à fait excité par une collaboration avec des gens faisant des clips plus contemporains ; ça peut être aussi fascinant car la musique a sa personnalité et le mélange peut être aussi intéressant donc je ne m’interdis rien. Je marche surtout à l’humain : avoir une rencontre avec des réalisateurs qui me motivent et d’avoir leur vision sur ma musique, ça m’intéresse, c’est plus cela qui nourrit les clips. Quant à un film qui retranscrit le disque… ça serait prétentieux de citer un réalisateur en particulier, ça serait forcément un film qui colle à l’émotion, avec un récit assez développé, avec une touche mélancolique, avec des choses comme cela mais je préfère vous donner une réponse assez amusante parce que je suis le premier consommateur de blockbuster, j’adore ça, donc… Un bon Bruce Willis, tiens, c’est quoi, La Tour de cristal ? (ton amusé) Oh, je ne peux même pas mentir là-dessus. Un bon Jean-Claude Vandamme, allez, c’est ça l’album, coup pour coup.

Crédit photo : © Julien Mignot

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  1. Yann

    Brilliant Alan.

  2. Vanessa Mans

    Excellente interview ! Merci!

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