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« Petites » : Entretien avec Romane Bohringer, Julie Lerat-Gersant et François Roy

« Petites » : Entretien avec Romane Bohringer, Julie Lerat-Gersant et François Roy

Romane Bohringer, Julie Lerat-Gersant et François Roy Petites Style : Cinéma Date de l’événement : 22/02/2023

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LillelaNuit met en avant Petites. Ce premier film, coréalisé et coécrit par Julie Lerat-Gersant et François Roy,  nous plonge dans un centre maternel dans lequel des adolescentes attendent leur premier enfant. Fort mais jamais misérabiliste, Petites secoue et bouleverse. Entretien avec les très investis Julie Lerat-Gersant, François Roy et Romane Bohringer.D’où vient l'histoire très forte de Petites ?

Julie Lerat-Gersant : J'ai donné des ateliers d'écriture dans des centres maternels il y a une dizaine d'années. Je n’avais pas de désir de fiction à l'époque. J'avais le désir du travail d'actrice au théâtre, d'aller donner des ateliers, soit de théâtre, soit d'écriture. J'ai été dans des prisons, dans des hôpitaux et dans des centres maternels. Dans les centres maternels, j'avais été saisi par ces jeunes femmes, ce mélange de l'adolescence très juvénile, avec des désirs encore enfantins de soirées, de fêtes. Et puis, en même temps, les responsabilités parentales qui incombent à ces très jeunes mères. J'y ai passé six semaines. Des années plus tard, j'ai eu envie d'écrire, pas pour le théâtre mais pour le cinéma. D’un coup, cette histoire s'est imposée comme une évidence parce que je trouve qu'elle est plus cinématographique que théâtrale. Camille, le personnage, n’a pas vraiment les mots. Elle n’est pas capable de nommer. Elle ne sait même pas vraiment par quoi elle est traversée. Elle est cinématographique. Par exemple, quand on la voit toute seule avec ses petits rollers, son gros ventre, au grand canal, avec une toute petite silhouette ou quand elle est seule dans sa chambre, il n'y a pas de mots. Avec le théâtre, on n'a plus besoin de passer par quelque chose de l'ordre du verbiage. Pour moi, c'était une histoire plus cinématographique. Du coup, quand on était en écriture avec François, on a beaucoup parlé de ça. Qu'est-ce que cette gamine fait là ? Comment les autres personnages autour d’elle agissent comme des miroirs ? Quel rapport entretient-elle avec sa mère ? Comment elle fait une sorte de deuil blanc par rapport à sa mère. Elle comprend que la mère qu'elle avait idéalisée n'est pas la mère qu'elle a. C’est un peu le chemin du film. En tout cas, ce qui nous a guidé à l'écriture. C'est ça qui nous a intéressé.

Observer les gens, avoir un rapport très humaniste. Il a ce rapport humaniste de regarder comment les gens fonctionnent, c'est ce qu’il fait tous les jours dans les prises en charge médicales, quand il est de garde.

Julie Lerat-Gersant, à propos de François Roy

François, comment avez-vous travaillé concrètement sur l'écriture ? 

François Roy : C'est Julie qui est à l’origine de cette idée, de par son expérience dans les centres. Moi, je l'ai beaucoup écoutée. Je n’y suis pas allé directement. J'ai une expérience plus dans le travail social et médical, mais pas du tout dans ce genre de foyer maternel. Julie était la boussole du film. J'étais dans un rôle plus simple. J'amenais des choses qui venaient de mondes totalement différents et on les passait à la moulinette pour voir comment ça pouvait s'incarner dans cette histoire. Si on prenait, si on jetait etc… Donc, pour moi, c'était vraiment une liberté assez géniale. C'est comme ça qu'on a fait.

Romane Bohringer : Il faut que tu dises quel est ton autre métier.

François Roy : Oui ! Je suis médecin urgentiste.

Romane Bohringer : Parce que c'est passionnant.

Julie Lerat-Gersant : François dit qu'il ne connaît pas les liens, mais en fait il est très habitué par son travail quand même. C'est vrai ! Observer les gens, avoir un rapport très humaniste. Il a ce rapport humaniste de regarder comment les gens fonctionnent, c'est ce qu’il fait tous les jours dans les prises en charge médicales, quand il est de garde. C’était super d’avoir l'exigence de François. Parfois, j'y allais peut-être un peu à gros trait et c'était super de pouvoir se renvoyer la balle. Comme on vit ensemble, on en parlait tout le temps.

On sent une urgence dans Petites. On a presque l’impression d’une mise en scène de cinéma d'action. Romane, comment ça se passait sur le plateau ? Cette urgence est-elle présente sur le tournage ? 

Romane Bohringer : C'est vraiment plus des questions pour la mise en scène parce que nous, on fait ce qu'on nous demande de faire. Moi, j'ai une obsession un peu commune avec Julie. Une obsession de la véracité au cinéma. Je ne sais pas comment dire parce que j’aime plein de genres de films. J'ai adoré Top Gun ! On ne peut pas dire que c’est l’expression de la véracité ! Mais sur des sujets comme ça, entre guillemets plus réalistes, j'ai une obsession de la véracité qui empire avec l'âge. De comment le cinéma peut être traversé par quelque chose de vivant, de vraiment mouvant. Ça m'obsède dans les films que je vois, donc je suis sensible à la manière dont on atteint ça au cinéma. C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup. Sur un sujet comme le film de Julie, où il y a des enfants, des jeunes femmes, où on parle d'une réalité très forte, ça me concerne. Je me mets dans les pas de la mise en scène mais je suis sensible à ça. J'ai de plus en plus de mal avec l'artifice, l'artillerie que doit déployer le cinéma pour faire du cinéma. On se revendique tous de John Cassavetes [acteur, scénariste et réalisateur américain]. C’est notre héros ! La manière qu’il avait d'envisager le cinéma en famille, c'est ça qui est intéressant. C'est pour ça que je parlais du métier de François, qui écrit aussi des scénarios, fait du cinéma. Je trouve ça fabuleux que Julie, qui est comédienne, fasse enfin son premier film, que François, qui est urgentiste, plonge dans ce milieu là. J’ai envie de rencontrer des gens comme ça, qui font bouger le cadre. Ça m'intéresse beaucoup, ça me passionne et j'étais hyper heureuse quand je suis arrivée sur le plateau de voir Julie ! Il faut la voir sur un plateau. C’est une espèce de Zébulon qui court partout avec une énergie sidérante, une manière d'insuffler de la vie à ses personnages, à ses actrices, ses acteurs, son équipe ! Moi, je n'arrive plus à envisager le cinéma autrement. J’ai beaucoup de mal avec la lourdeur du cinéma. J'adore le cinéma, mais on est souvent pris par des contingences folles. Quand je suis arrivée sur le plateau et que j'ai vu Julie avec cette énergie de flamme, qu'on ne trouve pas partout, hein ! C'est ma réponse sensorielle à votre question. Valérie Donzelli, avec laquelle j’ai tourné il n’y a pas longtemps, est comme ça aussi. Vous êtes sœurs ! Il y des gens qui ont cette espèce de manière de faire, d'aimer, d'envoyer une pulsation, une croyance. Je guette ça comme quelque chose de très précieux.

Julie Lerat-Gersant : On était obsédées par John Cassavetes avant de tourner. C'était vraiment la référence ! Il y avait aussi des films comme Fish Tank, les films de Ken Loach, ceux des frères Dardenne, avec cette obsession de ne jamais lâcher le personnage...

J'ai une obsession de la véracité qui empire avec l'âge. De comment le cinéma peut être traversé par quelque chose de vivant, de vraiment mouvant. Ça m'obsède dans les films que je vois, donc je suis sensible à la manière dont on atteint ça au cinéma.

Romane Bohringer

On pense à Maurice Pialat aussi…

Julie Lerat-Gersant : Oui, il y avait Pialat ! Complètement ! Mais Cassavetes était notre obsession ! Sur le plateau, on a essayé avec François, de créer des alliances avec les gens. De créer une équipe qui ait envie du même genre de film. C'est pour ça que c'est précieux pour moi d'avoir nos producteurs, parce qu'ils avaient envie du même film. C’est un tout petit film. On n’a eu que 24 jours de tournage. C'est un peu rock and roll ! C'est bête de le dire, mais c'est ma fierté : on n’a jamais dépassé ! On avait ce temps pour faire le film, il fallait trouver comment le faire et le faire joyeusement ! Comment être joyeux au travail ? Ça s'est joué énormément au casting ! On avait envie d'acteurs et d'actrices qui aient envie du même genre de cinéma. Moi, j'avais envie que les actrices, quand on les faisait reprendre, ne soient pas orgueilleuses, mais qu'elles aient envie, que ce soit assez doux, donc on a casté comme ça ! Il y a des actrices qui étaient super mais je sentais qu'elles allaient être un peu chiantes et moi, je n’ai pas envie de ça sur un plateau ! On a eu une merveilleuse cheffe-opératrice, Virginie Saint-Martin et on a beaucoup parlé. Par exemple, on a beaucoup parlé de dramaturgie avec Virginie. Avant même de savoir comment on allait faire le découpage technique, en se disant qu’il fallait que le spectateur ressente les choses. Par exemple, le début du film est un peu speed. Il fallait que le spectateur soit projeté comme Camille, dans un monde de responsabilités trop grandes pour ses petites épaules. Donc ça va vite, c'est speed, c'est presque un peu trop rapide. Et ça va se poser au fur et à mesure, comme Camille, comme quand elle passe de l'ombre de sa mère à la lumière. On savait ça, on avait des lignes directrices. Pour le coup, c'est en ça qu'on est vraiment un binôme. Le temps que le film se monte, on a eu le temps de réfléchir à ce qu'on voulait faire. On s'est beaucoup questionné et du coup, quand on est arrivé sur le plateau, on a tourné les scènes. Jamais on n’a tourné de champ-contrechamp, on tournait les scènes ! Et après on changeait les axes de caméras. Les acteurs, qui connaissaient tous très bien leur texte, pouvaient un peu improviser avant de jouer. Mais boum bada boum, ils retombaient sur leurs pattes ! C'est pour ça qu'il y a quelque chose que je trouve assez réussi dans le film chez les acteurs et les actrices. Il y a quelque chose de naturel, et c'est ce qu'on cherchait en permanence. Et pourtant, ce qu'ils disent est extrêmement proche, à la ponctuation même, de ce qu'on a écrit, mais ça, pour le coup, on l'a beaucoup mâché à l'écriture !

François Roy : On n'a pas eu de répétitions avec les acteurs. Mais du coup, on avait effectivement établi des codes et un cadre technique assez strict dans l'idée de rentabiliser le temps au plateau. Et le souhait aussi, c'était de donner la liberté, le ton et l'énergie aux acteurs. Mais du coup, l'adaptabilité était de mise. On demandait aux techniciens d'être adaptables, évidemment. D’autant plus qu’il y avait des enfants en bas âge qui ne jouaient pas, donc il fallait vraiment aller pêcher ce qu'ils nous donnaient. On ne pouvait pas exiger quoi que ce soit d'eux. Mais les adultes ont bénéficié aussi de ce cadre-là, je pense.

Il y a clairement des moments où on a l'impression que les scènes sont prises sur le vif.

Julie Lerat-Gersant : Chez la petite, des choses sont clairement prises sur le vif. C'est notre fille à François et moi. Pour le coup, on lui a volé des choses en permanence et le personnage de la petite a grimpé au montage avec Mathilde Van de Moortel, notre monteuse. Il y a des choses qu’on a volées mais qu'on a induites. On avait dit par exemple à Suzanne Roy-Lerat, qui joue Diana, que Pili s'appelait vraiment Camille, donc elle croit qu'elle s'appelle Camille. Comme ça, c'est très naturel quand elle l'appelle Camille. Et ce qui était très beau, c'est que les jeunes actrices de 16, 20 ans, qu'on a prises, étaient hyper bosseuses, hyper généreuses. On leur avait dit “les filles, quand il y a les petites, les bébés, vous devez être au taquet ! On s'en fiche de vous, ce sont des enfants qui ne peuvent tourner qu’une heure par jour !” et elles prenaient simplement soin des enfants. Plutôt que d'être sur leur selfie ou de se demander si elles avaient le bon profil. Et ça, ça crée des actrices au travail ! On a cherché à avoir un plateau bouillonnant.

Les jeunes actrices sont étonnantes. Quand on a vu le film, c’est une évidence. Mais il fallait les choisir. 

Julie Lerat-Gersant : J’aime énormément Lucie Charles-Alfred, qui joue Alison, en tant qu'actrice. On l'avait vue pour Camille en tout début de casting, mais elle était déjà trop grande, trop mûre physiquement pour que l’on puisse croire qu’elle avait encore un pied dans l’enfance. En revanche, pour le rôle d’Alison, elle était extraordinaire ! C'était là, c'était fin, c'était merveilleux. On s'est regardé et on s'est dit OK. C’était une évidence. Pour le rôle de Camille, c'était terrible parce qu'on ne la trouvait pas. Et un directeur de casting belge nous a parlé de Pili Groyne. Elle avait une capacité de jeu, d’écoute très fortes. Et, en même temps, elle avait encore des traits poupons. Mais tout n'a pas été toujours facile sur le plateau avec Pili. Romane l'a même aidée en tant que partenaire sur des scènes. Il fallait un peu la pousser dans ses retranchements.

Il fallait la brusquer un peu ?

Romane Bohringer : Non, pas la brusquer ! Non ! Il y a eu une ou deux scènes où c'était difficile pour elle. Et moi, j'avais un souvenir ému de ce que ça m'a fait à 16 ans, quand j'ai commencé à travailler, d’avoir des scènes difficiles. J'en avais vraiment le souvenir dans ma chair. Ce qui était génial avec Julie, c'est qu’on était tellement partenaires toutes les deux, qu’on avait confiance. Je n’allais jamais marcher sur ces plates-bandes de réalisatrice. Elle avait confiance. C’était mon espace avec Pili. J'avais des souvenirs très forts des Nuit fauves, où j'étais jeune et où il y avait des scènes très difficiles. Comme je suis comédienne, j'avais une conscience de ce qui peut faciliter l'accès à ce genre d'émotions. J'étais un peu le “bras armé” de Julie sur le plateau. Il faut oublier tout le contexte technique, puis il faut respecter l'acteur, vraiment ! Et du coup, il faut que derrière ça suive, il faut aller vite, il faut recommencer, il ne faut pas laisser tomber ! J'étais très soudée à Pilii dans ces scènes, et j'avais le souvenir de ce que j’avais vécu adolescente. Comment Cyril Collard avait dû me pousser sur Les Nuit fauves. Mais justement, sans brusquer, juste en respectant le mouvement naturel des émotions et donc en faisant attention à ce que la technique ne prenne pas le dessus. J’ai essayé dans ces scènes d'accompagner Pili dans cette manière d'être, qu’on soit dans la même rythmique. C'était hyper émouvant, très doux.

François Roy : C'était très chaleureux, vif et chaleureux.

Ça me passionnait d'être dans cette histoire. Le sujet du film me bouleverse absolument. Les parcours des jeunes femmes dans ce film me touchent énormément.

Romane Bohringer

Qu'avez vous pu explorer avec le personnage de Nadine que vous n'aviez pu travailler auparavant ?

Romane Bohringer : Je vais vous répondre honnêtement. Je n’ai vraiment pas envisagé ce film à titre de personnage. À titre personnel, je suis hyper contente parce que les gens me disent que je suis très bien dans le film. Il y a des films qui valent pour les personnages que vous interprétez. Il y a des rôles qui changent radicalement votre vie. Si je dois dire la vérité, je ne crois pas avoir exploré quelque chose de nouveau avec ce personnage. Je suis passionnée par le sujet du film, donc, je me suis mise dedans. Mais je n’ai pas tellement de recul sur ce que le personnage a pu me faire. Ça me passionnait d'être dans cette histoire. Le sujet du film me bouleverse absolument. Les parcours des jeunes femmes dans ce film me touchent énormément. Ce qui m'intéresse dans le film, c'est vraiment tout ce qui se passe autour de mon personnage. Cette histoire de maternité, de filiation, d'héritage ! C’est un personnage aussi un peu en regard. Mon personnage est assez classique dans sa figure un peu maternelle.

Ce n’est pas un film de truqueur. Le sujet est complexe, parfois douloureux. Ce premier long-métrage a-t-il été difficile à produire ? 

Julie Lerat-Gersant : Ma réponse est peut-être un peu naïve, mais ce sera la mienne. On s’est dit avec François que si on était honnête, si on ne trichait pas dans notre travail, dans notre recherche, alors les gens le ressentiraient vraiment. C'est ce qui s'est passé. La chance que j'ai eue de rencontrer ma productrice et mon producteur, c'est que je n’ai pas essayé de leur faire croire qu’on allait faire un autre film. Je ne suis pas très orgueilleuse comme personne. D'ailleurs, je n’aime pas ça chez les acteurs. En revanche, il y a des choses dont je suis certaine, que je sens. François parlait de boussole. C’est peut-être parfois horrible pour les autres, mais c'est parce que je le sens ! Alors j’essaie d'expliquer pourquoi, pour analyser, pour aller plus loin dans le travail. En revanche, mon travail peut tout le temps être remis en question par plein de postes. Le questionnement me fait grimper. Donc, on a eu beaucoup de discussions avec nos producteurs. “Quand tu dis ça, que veux-tu dire ?” Je pense que ça raconte aussi ma propre histoire. Quand je suis devenue mère, ma propre mère était dans le coma, s'absentait. Je pense que l’idée de faire le deuil d’une mère présente, c'est un peu le deuil que Camille fait avec sa mère. Ce sont des choses dont on a parlé très honnêtement. Je pense que si le film touche les gens c'est parce qu’il y a quelque chose de l'honnêteté, qui est humaine, singulière et intime. Parce que, comme on triche pas à cet endroit, ça vient toucher d'autres intimités. Singulières et intimes. Même si elles sont différentes.

Les infos sur Petites

Synopsis : Enceinte à 16 ans, Camille se retrouve placée dans un centre maternel par le juge des enfants. Sevrée d’une mère aimante mais toxique, elle se lie d’amitié avec Alison, jeune mère immature, et se débat contre l’autorité de Nadine, une éducatrice aussi passionnée que désillusionnée. Ces rencontres vont bouleverser son destin…

Petites de Julie Lerat-Gersant en collaboration avec François Roy
Avec Romane Bohringer, Victoire Du Bois, Pili Groyne, Lucie Charles-Alfred, avec la participation de Céline Sallette
Scénario : Julie Lerat-Gersant et François Roy

Durée : 1h30
Sortie : 22 février 2023

Entretien réalisé à Lille le 26 janvier 2023 par Grégory Marouzé
Remerciements Cinéma UGC LIlle Le Métropole

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