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« La Cour des miracles » : Carine May, Disiz, Rachida Brakni, Anaïde Rozam et Gilbert Melki

« La Cour des miracles » : Carine May, Disiz, Rachida Brakni, Anaïde Rozam et Gilbert Melki

Disiz, Carine May, Rachida Brakni, Anaïde Rozam, Gilbert Melki La Cour des Miracles Style : Cinéma Date de l’événement : 28/09/2022

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LillelaNuit a rencontré l'équipe de La Cour des miracles. Ce premier film de Carine May et Hakim Zouhani, nous plonge au cœur d'une école de Seine-Saint-Denis, avec des professeurs venus d'horizons différents. La Cour des miracles aborde trop de sujets, manque de personnalité dans sa mise en scène, mais cette comédie a le mérite de poser des questions essentielles. Qu'est-ce que l'école publique aujourd'hui, en 2022 ? Et comment la faire ? Entretien avec la réalisatrice Carine May, les comédiens Disiz, Rachida Brakni, Anaïde Rozam et Gilbert Melki.

La Cour des miracles est un film sur le vivre ensemble, sur une école et un monde à réinventer. Pourquoi vouliez-vous traiter de ça ? Le film est-il basé sur des choses entendues, des personnes rencontrées ? Des professeurs ?

Rachida Brakni : Carine était prof. Et jusqu’à la fin du confinement, elle enseignait encore. Moi, j’ai rencontré mon personnage par exemple, Nadia existe. C’est une directrice d'école, qui est une femme incroyable, qui a une énergie folle et qui se démène tous les jours. Ces gens-là existent véritablement. Carine et Hakim se sont vraiment inspirés, de personnes très proches, de collègues, d'ex-collègues, pour tous ces personnages et pour créer aussi dans cette comédie des archétypes qui vont fonctionner ensemble.

Ces gens-là existent véritablement. Carine et Hakim se sont vraiment inspirés, de personnes très proches, de collègues, d'ex-collègues, pour tous ces personnages et pour créer aussi dans cette comédie des archétypes qui vont fonctionner ensemble.

Rachida Brakni

Carine May : Effectivement,  j'ai été professeur des écoles pas mal de temps. J'avais plein d'anecdotes. Au-delà des anecdotes, en tant qu'enseignante, je voyais l'énergie des équipes, des collègues qui commençaient pour la plupart, mais même ceux qui s'approchent de la retraite, étaient plein d'énergie. A un moment, ils demandaient leur mutation parce que beaucoup venaient de Toulouse, de Nantes... on reçoit toutes les régions de France en Seine-Saint-Denis. Ils arrivent, font leurs armes et après ils rejoignent leur famille. En fait, ils s'éclatent mais ont besoin de retrouver leurs familles. Tous mes amis sont repartis en région et en fait je disais, et d'autres l'ont dit bien avant moi, la Seine-Saint-Denis, c'est une terre “brouillon”. En fait, les gens viennent s'entraîner et dès qu'ils deviennent performants, ils s'en vont et souvent ils sont hyper nostalgiques. Mais de fait, quand on débute, on n'est pas trop compétent. On commence, qu'est ce qu'on fait ? Et ça, ça me plaisait, cette idée. C'est pour ça que très vite, on voulait avec Hakim, qui a fait le film avec moi, qu’il y ait des collègues qui viennent d'ailleurs, d'autres milieux sociaux ou d'autres régions de France parce que c'est un vrai melting-pot. Cette idée me plaisait assez.

Disiz : Moi, j'ai passé une après-midi dans une école à Aubervilliers. J'ai passé 2-3h dans une classe avec un professeur et après j'ai eu accès à la salle des profs et c'est la première fois que j'avais accès à une vraie salle de profs. Je n’avais que la mémoire de mon enfance. Donc, je n'imaginais pas les profs différents de quand ils étaient en cours. Et là j'ai vu l'envers du décor. C'est peut être très naïf. Mais du coup, le fait de voir l'envers du décor, d'entendre des profs parler d’un élève qui les ennuie, d’un autre au langage irrespectueux, je me suis dit “Ah ouais !”

Anaïde Rozam et Rachida Brakni

 Est-ce que faire ce film, c'est une forme d'engagement citoyen ? 

Rachida Brakni : Pour moi, oui. J'ai rencontré Carine il y a plusieurs années de ça. Elle m'avait parlé de son film très en amont puisqu’il n’était pas encore écrit. Et elle m'avait dit qu'elle écrivait en pensant à moi. J'avais été hyper touchée. Et puis finalement, avec Hakim ils l'ont fait  ! Le terme est tellement galvaudé, mais, pour moi, c'est une forme de militantisme ! Comme tout le monde, j'observe le délitement de l'école. Plus d'une fois, je me suis surprise à me le dire, particulièrement pendant le confinement. Un jour dans le journal, je crois que c'était dans Libé, il y a eu un reportage sur le quartier dans lequel j’ai grandi quand j'étais petite à Athis Mons dans le 91 et quand j'ai lu ce papier, j'en ai pleuré. Je me suis dit "c'est fou quoi, on en est là !" J’ai réalisé à quel point  je ne serais probablement pas la femme que je suis aujourd'hui si je n'étais pas passée par l'école, je sais à quel point je dois beaucoup, beaucoup de choses à l'école. Je serais née 20 ans plus tard, je ne serais pas cette femme c’est certain. On dit toujours qu'on a la société qu'on mérite, mais si on ne met pas le paquet sur l'école… C'est les fondations, c'est là que tout se fait, c'est là que tout se joue. Parce que, finalement, un enfant c'est innocent. L'enfant est prêt à accepter l'autre, l'enfant est prêt à partager, l'enfant est prêt ! C'est nous qui mettons des barrières ! Le manque de moyens aujourd'hui est tellement criant, on en est réduit à engager des profs via Pôle Emploi. On déprécie les profs ! Ils n'ont plus la valeur qu'ils avaient avant. On les abandonne totalement et, du coup, je trouve que c'est important parce que ça nous concerne tous, qu'on soit parent ou pas, parce que les enfants sont les citoyens de demain.

Gilbert Melki

Gilbert Melki, qu'est-ce qui vous branchait dans ce film ? C’est un premier film. Vous pourriez très bien dire, comme beaucoup de comédiens, je ne fais pas de premier long-métrage… .

Gilbert Melki : Déjà, moi j'ai un problème avec l'expression “premier film”. Je ne comprends pas. Quoi alors ? C'est un premier film, il est raté, il n'est pas bien, ça va pas, etc... Tarantino a fait Reservoir Dogs : c'est un premier film. Alors, quoi ? Il est raté Reservoir Dogs ? Bon, ça m'énerve voilà. Donc, ça me rend dingue ! J'aimais bien le scénario, j'aimais bien le prof, jouer le prof réac. Ça me plaisait de faire ça. Je savais comment le faire et ça m'amusait de provoquer un peu les profs, de jouer au réac dans un milieu où ils  ne sont pas très bien vus. Je m'en fous ! Je ne les aime pas non plus mais c'est pas grave. On se fait engueuler en France. Beaucoup. Mais c'est vrai, tu te fais engueuler tout le temps. Bon, je le sais maintenant parce que j'ai 64 piges. Je le sais. Non, mais on se fait engueuler parce que c'est un caractère français. Quand vous voyagez à l'étranger, ils vous le disent. Les gens vous disent que les Français, c'est un peuple, particulier quoi. On est un peuple  qui râle tout le temps. C'est un problème qui a à voir avec l'autorité, c'est pour ça. C'est pour ça que Mélenchon est très autoritaire. Le Pen est très autoritaire, Macron quelque part, est très autoritaire. L'autoritarisme en France, c'est de nature. Ça fait 150 ans que c'est comme ça. Le nationalisme français est épouvantable.

Anaïde Rozam : Ce qui m'a beaucoup intéressé dans le scénario et que j'ai découvert, c'est ce principe d'école dehors, à l'extérieur. Moi, je suis la plus jeune du casting, donc je suis née avec la présence constante des réseaux sociaux. J'ai commencé ma carrière sur les réseaux sociaux. Enfin ma carrière… J'espère en tout cas… Quand tu dis que tu as envie d'avoir des enfants. Comment tu peux leur montrer l'exemple en ayant 400 000 abonnés, en ayant commencé sur les réseaux sociaux alors que je sais que c'est nocif pour moi ? Après, j'ai passé un casting assez long. Le COVID est arrivé, et puis ça m'a beaucoup déprimé de me dire “Voilà, on est avec des enfants qui sont confinés et puis les parents doivent leur faire cours et quand ils se reposent, ils donnent les écrans aux enfants et je me suis demandé comment ça allait être plus tard. Ce scénario  a été un peu une solution pour moi. En tout cas, ce principe d'école dehors et puis sur un second plan, la mixité sociale. Moi, j'ignorais un peu ce que c'était. J'ai une mère qui est née en cité et qui m'a toujours parlé de familles françaises, de famille italiennes. J’ignorais que la mixité à l’école était un réel problème.

Anaïde Rozam

Disiz, Vous aviez déjà des expériences de tournage, que ce soit au cinéma ou pour la télévision. Néanmoins, avec ce film, vous franchissez un cap. Quels sont les liens entre le tournage et la scène, entre votre travail de comédien et votre travail de musicien ?

Disiz : Oui, il y a des liens puisque c'est une prise de parole publique, c'est la compréhension, c'est diffuser des émotions. Donc il y a un lien à ce niveau-là. Après, je ferai plus un lien avec le théâtre parce que j'avais joué Othello pendant un an et demi et j'ai beaucoup appris. Je pense que je n'aurais pas appréhendé le film de la même façon si je n’étais passé par le théâtre. parce que j'avais fait un film avant, à la con, quand j'avais 20 ans. Un truc de rappeur, on voulait copier 8 Mile avec Eminem. Là, c'est du vrai cinéma. Pourquoi je dis que c'est du vrai cinéma ? Parce que c'était beaucoup centré sur la direction d'acteurs. C'était l’esprit de cohésion de groupe, un travail d’acting. Et pour moi, le cinéma, c'est beaucoup ça. Donc, effectivement, j'ai franchi un cap grâce à ces gens-là, c'est un très beau cadeau.

Pourquoi je dis que c'est du vrai cinéma ? C'était beaucoup centré sur la direction d'acteurs. C'était l’esprit de cohésion de groupe, un travail d’acting. Et pour moi, le cinéma, c'est beaucoup ça.

Disiz

Tout était très écrit ? 

Disiz : Oui, il y avait une trame écrite, mais la réécriture se faisait après des impros. C'est-à-dire qu'ils travaillaient sur la matière brute. Les réalisateurs étaient là les premiers essais que j'ai faits. C'est rare quand je fais des essais, que les réals soient là. Ça veut dire que, dès le départ, on s'est mis au travail. Je ne savais pas si j'étais pris ou pas, mais on était dans le feu de l'action. Tout au long du processus, on travaillait, on travaillait, on améliorait tout le temps, tout le temps, tout le temps.

Les infos sur La Cour des miracles

Synopsis : Jacques Prévert, école primaire en Seine-Saint-Denis, est menacée par l’arrivée d’un nouvel établissement scolaire bobo-écolo flambant neuf. Zahia la directrice de l’école, en quête de mixité sociale, s’associe à Marion, jeune instit pleine d’idées, pour créer la première « école verte » de banlieue et attirer les nouveaux habitants. Mais pour ça, il va falloir composer avec une équipe pédagogique disons… hétéroclite, et pas vraiment tournée vers la nature

La Cour des miracles de Carine May et Hakim Zouhani
Avec Rachida Brakni, Anaïde Rozam, Gilbert Melki, Disiz, Mourad Boudaoud, Raphaël Quenard, Sébastien Chassagne, Léonie Simaga, Yann Papin

Sélection officielle – Festival de Cannes 2022
Durée : 1h34
Sortie le 28 septembre 2022

Visuels, film-annonce et affiche Haut et Court
Propos recueillis par Grégory Marouzé le 15 septembre à Lille.
Remerciements UGC Ciné Cité Lille

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