Dans cette époque troublée où les turpitudes martiales font quotidiennement les gros titres de l'actualité, c'est dire s'il nous tardait de retrouver le chemin des salles de concert de notre chère capitale des Flandres. C'est chose faite ce mercredi de mars avec le retour en terre lilloise des sémillants Royal Republic, 4 ans après leur passage remarqué au Splendid. Direction donc la Nef dès 20h pétantes pour une Grand Messe Rock tout simplement immanquable, la billetterie sold out ce soir attestant de cette impatience.
Storm Orchestra, un set idéal pour nous mettre en condition
Invités de dernière minute, c'est Storm Orchestra qui est chargé de lancer les hostilités. Le trio frenchy propose ainsi pendant une trentaine de minutes un rock direct, efficace, peut-être inégal par endroits mais qui a le mérite de chauffer une foule lilloise déjà présente en masse à un horaire où souvent le bar fait davantage le plein.
Affublé d'un costume blanc que n'aurait pas renié Joe Dassin, Maxime le chanteur-guitariste se met rapidement le public dans la poche avec ses intonations "placebesques" dans la voix et des riffs que n'auraient pas reniés Royal Blood. Ici nous ne sommes pas aux Champs-Elysées mais plutôt dans une atmosphère digne de feu-le Bus Palladium, avec cette rage des groupes qui mettent leurs tripes sur scène pour montrer que le Rock n'est pas mort. Un set punchy, idéal pour nous mettre en condition pour la suite de la soirée.
Royal Republic, la tornade suédoise déferle sur Lille
Et c'est une suite royale qui se présente à nous sur les coups de 21h avec l'entrée en scène de Royal Republic. Lights eighties en fond de scène surplombées de l'éclair symbole du groupe, guitares luminescentes : le quatuor bondit dès les premiers riffs pour dégainer un enchaînement My House / Lovecop qui aurait tout à fait pu accompagner une B.O de Magnum. Hélas comme en 2022, les amateurs de moustache auront remarqué que le leader l'a à nouveau laissée au vestiaire malgré une ambiance années 80 dans laquelle elle se serait fondue allègrement.
Point pilosité mis à part, c'est plutôt nos cheveux qui vont se dresser toute la soirée tant le groupe envoie un set survitaminé sans discontinuer. C'était déjà fort au Splendid, c'est surpuissant ce soir à l'Aéro ! A l'image des titres suivants - citons à la volée Baby (et son fameux joke "she's not your / cheese nacho") ou Stop Movin' entêtant au possible - la tornade suédoise va déferler sur Lille pendant plus d'une heure et demie pour notre plus grand bonheur.
Toujours aussi fantasque, le leader s'amuse autant avec ses camarades (avec qui il nous confie traîner depuis plus de 16 ans maintenant) qu'avec le public et l'on sent que le réel plaisir d'être là ce soir n'est pas feint. L'intensité ne va d'ailleurs jamais retomber, en atteste le standard Full Steam Spacemachine qui, épisode improbable, réussit à déclencher un paquito en plein milieu de la fosse. De Malmö à Bayonne il n'y a visiblement qu'un pas.
Royal Republic, un pur moment de Rock'n'roll
Autre moment toujours unique avec Royal Republic, celui de l'intermède acoustique dans la plus pure tradition des harmonies barbershop avec un Boomerang impeccable dont la prouesse souligne combien les Suédois sont décidément agiles dans tous les styles. Et cela se confirme avec deux des reprises effectuées il y a quelques mois dans leur pastiche de Black Metalleux à la conquête du monde. Stayin' Alive, d'abord, Venus ensuite, néanmoins on sent le public souriant mais plutôt puriste et davantage réceptif aux titres originaux du combo.
Vœu rapidement exaucé avec Ain't Got Time où Sa Majesté Adam fend la foule, s'installe sur une caisse métallique et invite un spectateur à accompagner le titre à la cow bell. Toute l'audience explose, on balance nos protections auditives, la mezzanine de l'Aéro tremble : bref un pur moment rock'n'roll comme on ne s'en lassera jamais.
Un show qui résume à lui seul pourquoi la musique live est indispensable
Pas encore rassasiés, les hommes en cuir envoient les dernières étincelles pour mettre littéralement le feu à l'antre lilloise avec Fireman & Dancer (un comble !) ou encore le cultissime Tommy-Gun. Impossible de se dire que cela fait déjà 1h20 que nous partageons la soirée avec ces joyeux drilles et pourtant il faut accepter la réalité, le set approche doucement de sa fin.
Avant un clin d'œil au passé d'Adam et Jonas le bassiste où le combo s'éclate sur une reprise de Metallica, c'est surtout Lazerlove qui restera comme un des grands moments de cette soirée.
Ce morceau pensé comme une ballade 80s réussit l'exploit de déringardiser le slow en 2026 et de nous donner la chair de poule par la profondeur de ses harmonies. Un titre qui résume à lui seul pourquoi la musique live est indispensable.
Un Rata-tata en guise de bouquet final et nous avons alors le plus grand mal à quitter ces quatre là, tant la prestation aura été une nouvelle fois à la hauteur de leur patronyme et de leur rang : royale.