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The Vaselines + Schwervon! au Grand Mix

Schwervon! tournent avec The Vaselines sur toute leur tournée 2010-2011 mais écument les bars et petites salles de plusieurs pays du monde depuis la fin des années quatre-vingt-dix, de la Charlotte de Leicester au Cake Shop de New York, d'où ils sont issus. Choix opéré en octobre 2010 quand les Dum Dum Girls durent annuler leur tournée du fait de problèmes personnels de Dee Dee. Si on a l'impression de prime abord d'y avoir perdu au change, les Schwervon! font en fait partie des meilleurs groupes lo-fi actuels. Loin de la hype des Kills mais dans la même lignée de groupes garage, ils proposent un rock brut, en simple duo composé de Matt Roth à la guitare et Nan Turner à la batterie, les deux partageant les voix. Et dès les tous premiers accords et coups de batterie, on comprend bien où on veut en venir : une énergie communicative, une musique sans chichis.

Ils n'ont pas chômé en dix ans, avec quatre albums sortis et donc pas de quoi rougir devant la petite foule du Grand Mix. On les sent pourtant intimidés : "c'est la première fois qu'on joue dans une salle aussi grande en Europe, et peut-être même depuis le début de notre carrière". C'est ainsi qu'ils se sentiront plus à l'aise le lendemain au Drugstore à Lille avec Nuage Nuage, même s'ils ont assuré parfaitement avant The Vaselines, très heureux d'assurer leur première partie. Commençant avec Jad Far, ils jouent ensuite Turn It Around, naviguant dans leurs différents albums et alternant chansons plus douces et rythmes plus soutenus comme sur Wake and Bomb : "You spend more than you can afford, you’ve got the new blah-blah and you’re bored". Des réflexions douces-amères sur le monde et pas mal de sexe aussi, à travers des textes amusants, point commun notable avec le duo dont ils assurent la première partie. Après Cyclone et un set d'une demi-heure, ils quittent la scène bien applaudis.

Plus applaudis encore, le duo tant attendu, The Vaselines, accompagnés d'un guitariste, un bassiste et un batteur. On les sent un peu tendus tandis que Frances McGhee explique : "je crois que c'est la première fois que nous venons en France". Murmure de protestation dans la foule. Eugene Kelly précise alors : "Nous sommes déjà allés à Paris", avec un autre groupe. The Vaselines n'est pas à proprement parler un groupe connu, mais il fait figure de légende parmi une frange restreinte de la population : les mordus de Nirvana, dont de nombreux exemplaires ont fait le déplacement histoire de voir "en vrai" le groupe qui a bercé une partie de leur adolescence suite aux déclarations de Kurt Cobain, qui confia dans les années quatre-vingt-dix que Frances et Eugene étaient ses "paroliers préférés au monde". C'est ainsi que Nirvana reprendra plusieurs de leurs chansons, que The Vaselines interprètera ce soir : les fameuse Molly's Lips et Son of a Gun, et la non moins célèbre Jesus Wants Me For A Sunbeam, mise en lumière à l'occasion du fameux Unplugged du groupe américain. Pour la petite histoire, The Vaselines s'était même brièvement reformé après leur split en 1990 à l'occasion d'une première partie de Nirvana lors de leur passage à Edimbourg. Occupés par leurs carrières solo respectives, Eugene et Frances s'étaient ensuite retrouvés il y a quelques années et, jouant quelques titres des Vaselines, se prirent au jeu et annoncèrent leur retour. D'où un deuxième album qui annonce bien la couleur, Sex with an X.

Une vague appréhension cependant avant la sauce : que vaut donc The Vaselines version 2010 ? Pas de souci concernant la setlist : si les derniers morceaux n'accrochent pas, on peut espérer les plus anciens. Le groupe, à l'inverse de la première partie, ne se démarque en effet pas par une discographie prolifique, ayant sorti deux albums studio en vingt-quatre ans de carrière. Avec certes une pause de nombreuses années au milieu. Résultat : The Vaselines joue la quasi-totalité de leur récent best-of, et notamment les trois-quarts des premiers EP. Cest ainsi que le concert s'ouvre sur Monsterpussy et Oliver Twisted, avant de laisser progressivement une place au deuxième album. I Hate the 80s est, quasiment comme sur l'album, d'une pop assez conventionnelle, et The Devil's Inside Me se révèle excellente, balade doucereuse aux accords addictifs. Jesus Wants Me For A Sunbeam nous renvoie tout à coup dans le passé. Visuellement, les musiciens ont bien changé, surtout Eugene, mais le voyage dans le temps musical fonctionne à plein. Parmi les nouvelles chansons, certaines s'orientent d'ailleurs vers une pop country qui sonne daté, comme la chanson titre du nouvel album, Sex with an X. Mais pas le temps de trop y réfléchir car on re-bascule avec Molly's Lips, durant laquelle les musiciens invitent Schwervon!, très souriants et visiblement admiratifs.

Le public réagit assez bien, et Son Of A Gun ne tarde pas à suivre. Poison Pen ne convainct pas particulièrement, trop répétitive malgré une très bonne base. Réminiscences du premier album avec les très Velvet Undergroundesque Slushy et No Hope et le plus punk Sex Sux. Ils effectuent un retour au tout début avec Rory Rides Me Raw et enchaînent avec le récent Ruined. Excellent morceau rock pour le coup, qui secoue après les quelques morceaux plus calmes. La fin du concert se fait dans l'alternance des rythmes et la première partie se clot sur le très bon Dying For It. Un rappel non convenu mais courant chez eux présente l'excellente reprise de l'acteur et drag-queen Divine, You Think You're A Man, et encore le tube Dum-Dum pour clore en beauté un concert tout à fait honnête pour un groupe en come-back. Plus d'inventivité musicale aurait peut-être été bienvenue, notamment pour les plus vieux titres. Quoi qu'il en soit, l'assistance du Grand Mix a passé un bon moment, même si la configuration n'a pas facilité les échanges. Ainsi, comme le groupe l'a lui-même explicité sur Internet, ils n'ont pas été très bavards, prenant le silence global des gens pour de l'incompréhension vis à vis de leur accent écossais. Si cette partie est sans doute en partie vérifiée (extrait de foule : "elle a dit quoi ? - j'ai compris qu'elle était Ecossaise"), la présence de curieux abonnés (soirée gratuite pour eux) et le respect halluciné des autres y est sans conteste pour quelque chose.

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