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Le Vide au Théâtre du Nord

Lors des Journées du Patrimoine et de l'ouverture des Toiles dans la Ville, festival de cirque organisé par le Prato, le Théâtre du Nord accueillait le public dans la grande salle par une entrée peu commune... Le spectateur se dirige vers les sombres et étroits couloirs des sous-sols de cette bâtisse chargée d'histoire.

Le public se laisse guider par les panneaux sur lesquels on peut voir apparaître quelques citations du Mythe de Sisyphe  d'Albert Camus avant d'atteindre la salle. Le plateau est totalement ouvert, sans coulisse, il est formé de plusieurs tapis de mousse superposés et de quelques cordes suspendues. Les spectateurs sont disposés tout autour de la scène formant un cercle. Le fond sonore réanime les âmes que ce lieu abrite. Il est composé de rires mêlés à des airs de carrousel désuet. Ce lieu érigé en 1717 fût autrefois une boucherie, une garnison de Louis XIV puis un marché avant d'être un théâtre. C'est dans une atmosphère intime que Fragan Gehlker, cordeliste formé par le CNAC (Centre National des Arts du Cirque) s'échauffe à la vue de tous tandis qu'Alexis Auffray, violoniste, sondier et régisseur distribue du pop-corn.

Le fond sonore s'arrête, la douce mélodie du violon démarre, le cordeliste grimpe à sa corde, le temps tout comme le mouvement est suspendu. Il effectue des figures spectaculaires puis rapidement, la corde lâche, le public est stupéfait. L'artiste déplace tous ses tapis de mousse sous une autre corde, le spectateur attend patiemment, il peut enfin refaire ses prouesses et la corde lâche de nouveau. On finit par rire aux dépens de l'artiste car il recommence, et c'est la moitié de la corde qui tombe. Il est déjà à huit mètres du sol, il finit par être juché sur le gril de la scène, à quinze mètres de hauteur, les pieds dans le vide, sans corde ni tapis. Alexis Auffray au commande de la régie, fait tomber les cordes une à une pour pousser Fragan Gehlker dans ses retranchements. Le performer agile, s'approprie l'espace et redescend sur le plateau, puis remonte pour y attacher une corde, le spectateur est quant à lui fasciné.

Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Camus

Le spectacle se termine par cette citation de Camus "Il faut imaginer Sisyphe heureux." Dans le mythe, Sisyphe ayant trahi les dieux, est dédié à pousser une pierre en haut d'une montagne mais la pierre n'arrive jamais à atteindre le sommet. Sisyphe est voué éternellement à cette tâche. D'après Camus, c'est dans l'effort que Sisyphe s'accomplit et trouve le bonheur.

Le spectacle n'a pas vraiment de fin, les lumières s'éteignent, la musique s'arrête mais l'artiste continue de grimper à sa corde. Le public s'en va, il part indifférent face à l'obsession du cordeliste. Maroussia Diaz Verbèke, dramaturge de cette performance et les deux artistes en scène nous dressent un tableau touchant et poétique de l'éternel recommencement, de l'obsession, l'acharnement de la réussite et donc le bonheur à la clef. Ce spectacle est à la fois un bel hommage au mythe de Camus et un éloge à l'édifice qu'est le Théâtre du Nord.

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