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Némésis de Tiphaine Raffier au Théâtre du Nord

Du 21 au 24 mai 2024, le Théâtre du Nord accueillait Némésis de Tiphaine Raffier. Adapté du dernier roman de Philippe Roth (1933-2018), le spectacle interroge la culpabilité face à une tragédie telle que l’a imaginée l’auteur. Tiphaine Raffier, formée à l’École du Nord, signe sa cinquième mise en scène. Dans cette œuvre uchronique, la metteuse en scène voit les choses en grand et s’entoure au plateau de treize comédiens, cinq musiciens, un chœur d’enfants et un caméraman. Elle sort de sa zone de confort en laissant une place déterminante à la musique.

Lors de l’été caniculaire de 1944, dans le New Jersey, Bucky Cantor, jeune professeur de gymnastique aurait aimé incarner les valeurs héroïques de l’Amérique en Europe pour combattre auprès des Alliés mais il est réformé car sa vue est défaillante. C’est alors qu’il entraîne les jeunes de la communauté juive locale sur le terrain de jeu de la ville. Il leur transmet le courage, la force et la détermination mais une épidémie de poliomyélite s’abat sur les enfants de la communauté.

Némésis, Une tragédie contemporaine en trois actes

La pièce se compose de trois parties avec trois esthétiques et trois styles musicaux différents.

La première partie plante le contexte. Des enfants meurent à tour de rôle après avoir été contaminés par le virus de la polio. Il est impossible de savoir comment il se transmet. Les suspicions et les suppositions vont bon train. Bucky ne veut pas céder à la panique. Il continue d’entrainer les enfants en mettant en place des règles strictes. Ne vaut il pas mieux faire sortir les jeunes en posant un cadre plutôt qu’ils ne se voient en cachette sans précaution ? De plus en plus d’enfants décèdent et il faut trouver un coupable. Bucky est pris en tenaille par les familles et est rongé par la culpabilité. Pourquoi Dieu, s’il aime ses enfants, fait advenir ce drame ? Pourquoi est-il si injuste ?

La deuxième partie met en exergue la forme artistique la plus américaine qui soit : la comédie musicale. Bucky rejoint son amour, Marcia, à Indian Hill dans une colonie d’enfants pour laquelle elle travaille. Dans cet eldorado où la camaraderie est merveilleuse, les enfants sont en pleine nature et sont façonnés pour devenir de bons futurs citoyens américains obéissants. Une nouvelle façon d’être au monde est possible. Bucky assouvit son désir pour Marcia et peut enfin enseigner le sport dans de bonnes conditions. Cet élan renaissant est vite étouffé par la honte d’être parti et d’avoir laissé les enfants malades pour protéger sa propre sécurité. Dans ce paradis, les enfants jouent et rient avec insouciance, les premiers cas de polio se déclarent. Pourquoi la foudre de Dieu s’abat dans ce jardin d’Eden ? N’a t-il pas de conscience ?

La troisième partie se déroule dans les années 70, Bucky est vieux et infirme. Ses membres sont atrophiés et il n’a jamais pu devenir l’athlète qu’il rêvait d’être. Il a arrêté d’enseigner la gymnastique et a refusé de faire sa vie avec Marcia. Il a renoncé à la vie. Le drame collectif est devenu un drame personnel et les êtres humains cherchent à trouver du sens dans chaque catastrophe. En refusant d’obéir aux règles, c’est Dieu que Bucky a défié et le châtiment céleste en a été d’autant plus grand. Faut-il absolument chercher la cause ? En sacrifiant sa vie, en s’autopunissant, Bucky, plein d’orgueil, se place comme le protagoniste de cette tragédie alors même qu’elle n’appelle pas de réponse.

Bien que le texte soit romanesque il vient mettre en exergue les concepts d’hubris et de némésis qui sont au cœur de toutes les tragédies grecques. Autrement dit la démesure appelle la sanction divine. Cela laisse entendre que notre destin serait gouverné par une force cosmique. Dans la pièce, le jeu, la vidéo, la musique et l’atmosphère sonore viennent soutenir la narration. Bien que le spectacle rappelle le trouble et les dérèglements liés à l’affolement et l’effroi face à l’épidémie de la covid, il manque de complexité. La mise en scène est certes ultra maitrisée mais elle semble parfois simplifier les situations et les intrications qui sont en train de se jouer face à la teneur des évènements.

Le teaser du spectacle

Crédit photo : © Simon Gosselin

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