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Exposition Passage du Temps au Tri Postal

Dans le cadre de Lille 3000, le Tri Postal accueille du 16 octobre au 1er janvier 2008 l’exposition Passage du Temps issue de la collection François Pinault Foundation. C’est une aubaine incroyable pour Lille d’accueillir une partie de l’une des collections les plus importantes du monde. Certaines œuvres n’ont pas été montrées depuis plus d’une trentaine d’années. Allons-y, poussons la porte !

Le sas. Caroline Bourgeois, commissaire d’exposition et responsable des acquisitions au sein de la Fondation Pinault, a choisi de mettre en place une sorte de sas afin de permettre aux spectateurs de rompre avec l’immédiate réalité. Un choix assumé par la commissaire qui rappelle que le spectateur peut s’autoriser « à voir ce qu’il veut voir» et que l’art n’a pas d’autres raisons que d’être de l’art. C’est donc Untitled (to Saskia, Sixtina, Thordis) de Dan Flavin qui joue ce rôle. Composée de 304 tubes de néon colorés accrochés verticalement sur deux murs, longs de 50 m, qui se font face, cette œuvre est présentée en libre accès. Celle-ci n’a plus été exposée depuis 1973 à une époque où la question de l’immatérialité de l’œuvre était une source d’inspiration réflexive pour les artistes. L’atmosphère y est à la fois sereine et inquiétante ; une étrange sensation s’empare du spectateur qui ne goûte qu’à la joie acidulée des couleurs se reflétant aux quatre coins de la galerie. Le ton de l’exposition est donné, nous allons rencontrer des œuvres qui ont fait date dans l’histoire et qui ne sont que rarement montrées.

Sex, vidéos et manipulation. La première partie de l’exposition, au rez-de-chaussée est consacrée aux années 70 où l’art se nourrissait des problèmes sociétaux mais aussi de la place de l’artiste dans son œuvre. Celui-ci se met en scène, il devient son propre modèle et met en exergue la manipulation exercée par la société. C’est ainsi que sont présentées deux séries de photographies de Cindy Sherman posant déguisée en jeune femme fatale, en petite fille modèle, en mamma, ou se travestissant en homme viril voire moins viril rappelant le féminisme haletant de l’époque et les ateliers Drag King menés par les activistes du type Annie Sprinkle. Cette comparaison n’est pas fortuite, la diva de la post-pornographie a sans doute été influencée par les avant-gardes et leur rapport à la nudité.
Dan Graham avec Body Press présente un film 16 mm en deux parties projetées l’une en face de l’autre. Hommes et femmes se filment nus dans un décor composé de miroirs. On ne sait plus qui filme qui, qui regarde qui, si bien que le spectateur ne se sent pas, comme on en a l’habitude, dans la position du voyeur. C’est l’artiste meneur de l’action qui décide de se montrer de manière impudique.
Aussi, les artistes commençaient à réfléchir sur l’espace qu’envahissaient de plus en plus les médias dans la société. Dans ce contexte, Martha Rosler monta Global Taste où messages engagés, spots publicitaires et extraits de programmes télévisuels défilent sur trois écrans. Cette œuvre dénonce l’invasion de messages dans le but de « consommer plus et de protester moins. » On notera l’audace inouïe de la François Pinault Foundation d’acquérir une telle œuvre ! Peut-on y voir une certaine ironie ?

Et si on jouait… Après la visite d’un rez-de-chaussée passionnant mais qui demande beaucoup de concentration et d’implication pour comprendre l’importance du choix des œuvres dans cette collection, le spectateur est invité à monter au premier étage pour découvrir une troisième partie de Passage du temps qui convoque une pléthore d’artistes mythiques tels que Gilbert and Georges ou bien encore Pierre et Gilles. Apparaissant déjà prolixe, je ne vous inviterai qu’à découvrir, à travers cet article, l’installation d’Aernout Mik qui est une impressionnante réalisation laquelle met en scène une vidéo projetée dans un cube mouvant. Grâce à ce dispositif on fait corps avec la thématique abordée et on est littéralement propulsé dans la vidéo. En effet, celle-ci donne à voir au spectateur une foule compacte sur le point de se faire écraser par un immeuble menaçant de s’écrouler. Le spectateur enfermé dans un box où l’écran s’avance peu à peu vers lui, lui confère l’impression effrayante d’une mort inéluctable. La réflexion est intéressante car elle combine la force d’une foule et sa faiblesse face à un danger immédiat puis la perception qu’a le spectateur du réel et du factice. N’y a-t-il pas questionnement sur le désintérêt du monde pour le réel et sa passion dangereuse pour les narrations fictives ?

Un, deux, Trois, Action ! Dans le but plein d’orgueil d’être lu par tous les visiteurs de lillelanuit.com qui s’aventurent sur cette page, j’achèverai mon parcours en évoquant Histoires de Cinéma et vous laisserai arpenter les allées intrigantes des Histoires de vies et de survies et de Passage du Temps seuls. Comme son nom l’indique, cette section de l’exposition est consacrée aux œuvres qui traitent du 7e art ou le mettent en scène dans un tout autre rapport. Certains artistes comme Pierre Huyghe s’intéresse à ce qui n’est pas montré dans le cinéma. Avec L’Ellipse, il projette une scène de L’Ami Américain réalisé par Wim Wenders en 1977, puis montre, 21 ans plus tard, ce que le même personnage aurait pu accomplir entre ladite scène et celle qui la suit. C’est une formidable réflexion sur le non-dit et le rapport au temps.
J’aimerais parler de tout, mais je conclurai cet article en présentant le déroutant Through a looking glass de Douglas Gordon lequel montre deux fois la même scène de Taxi Driver où intervient Robert De Niro manipulant une arme à feu avec un intervalle de 10 secondes. Les deux De Niro se répondent, se menacent ; c’est un procédé schizophrénique qui est mis en place. Aussi, c’est le travail d’un acteur devant sa glace qui est révélé. Le monde des interprètes est passionnant mais aussi très troublant. Une manière de dire comme Truman Capote : « Quand Dieu vous gratifie d’un don, il vous gratifie aussi d’un fouet ; et ce fouet est strictement réservé à l’autoflagellation. »

En bref. Passage du Temps ce sont 97 œuvres présentées de 39 artistes différents sur un espace de 6000 m².
Le Tri Postal est ouvert le mercredi, jeudi et dimanche de 10h00 à 19h00 et le vendredi et samedi de 10h00 à 21h00.
Tarif Plein : 6€ / Tarif Réduit : 4€.
Renseignements : 0891 56 3000 ou www.lille3000.com

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