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Suuns + Ed Wood Jr. au Grand Mix de Tourcoing

Sans doute quelques hésitations à dominante footballistique quant à sacrifier une finale de coupe de France ou Rois et Légendes se promèneraient sur la pelouse entre L'Olympique de Marseille et le Paris Saint Germain mais Lille La Nuit avait clairement fait le choix du ticket de concert et celui du plaisir musical contre les arcanes du dribble zlatanesque. Grand Mix 1 OM/PSG 0 malgré quelques coups d’œil sur le score en mode furtif et luminosité minimale.

Dès les premières notes de  Ed Wood Jr, on comprend que la première partie va assurer... Si le véritable Ed Wood était considéré comme le pire réalisateur d'Hollywood et qu'il a tourné des films aux noms hallucinants (La Fiancée du monstre, Louis ou Louise... voire l'hallucinant Nympho Cycler), on est loin, très loin d'être devant la pire première partie du monde : le duo se présente sans tambours ni trompettes sur la scène : chanteur guitariste claviériste sombre et batteur extrêmement atypique qui s'appliquera à ignorer superbement tous les clichés de la batterie rock à quatre temps durant tout le concert.

Cet Ed Wood là fait rapidement tourner les têtes, les oreilles se tendent de plus en plus. Plusieurs morceaux instrumentaux pour démarrer la soirée imposent leur son math rock, électro-progressif, peu importe l'étiquette. Le public s’émerveille devant le toucher énergique, précis, à la limite du jazz du batteur barbu et tatoué au look impressionnant. Les loops s’enchaînent, les passages tendus subjuguent. Ed Wood nous embarque dans des hauteurs atmosphériques zébrées de passages sous très haute tension. Ce n’est pas bêtement démonstratif : le set résonne parfaitement et nous assistons à une véritable osmose entre sons électro, chants rares déclamés et  atmosphériques, une batterie dynamique et très personnelle. Magnifique découverte que cette première partie. Dans le public, on reste sur notre faim et on s’interroge sur le groupe. On en veut plus, et on sent que la surprise fut si agréable que l’on a vite envie de les revoir sur scène… avec un bassiste peut-être… pour nous surprendre encore plus.

Le groupe de Montréal Suuns se laisse désirer. Dans la salle, le débat lancé par le Grand Mix sur Facebook n'est pas réellement clos : on dit comment déjà « seunz ou sunz » ?  Le public nomme le groupe de manières différentes dans les conversations, ça nous amuse beaucoup. Une lumière bleutée en toile de fond et une musique étrange plane dans la fosse en attendant. 21h36 début du concert. La salle s'est soudainement remplie. On regrette que certains n’aient pas pu écouter la première partie qui avait tout d’une grande.

Le public s’avance vers la scène. Here come the Suuns. Cette jolie tension des premiers moments de concert, toujours très révélatrice de l'attente. Si le public reste parfois sur son quant-à-soi, il monte parfois littéralement vers la scène. A l'écoute du dernier album, on s'attend forcément à du gros son, du grand son, à des infrabasses pénétrantes, à des vagues hertziennes qui font vibrer le corps entièrement, physiquement. C’est malheureusement une entrée sonore vrombissante et désagréable qui nous tombe dessus. On sait néanmoins que l'oppression fait partie du jeu dans cette musique hantée, hypnotique voire robotique. Heureusement, cela s'améliore doucement par la suite mais dans un premier temps le son est complètement saturé. Certains se bouchent les oreilles avec les mains alors que d’autres semblent totalement engloutis par le bruit.

Le groupe se donne, vraiment, sobre, souvent éclairé comme à contre jour et de dos. Comme sur le dernier album, il joue beaucoup de saturations obscures mêlées à des loops de dancefloor surpuissants. L’attitude est simple sur scène, et malgré un chanteur engagé et expressif, l’effet sur la voix omniprésent gêne quelque peu.  Le  guitariste se cache sous une masse de cheveux… shoegazing absolu. On comprend bien mais on aimerait partager. On vient voir des gens jouer pour des gens. Le public a toutefois l'air hypnotisé, ça dodeline de la tête dans toute la salle. Le son indé électro rock fait beaucoup danser et pourtant scéniquement il ne se  passe pas grand chose. On se dit même qu'à triper dans les méandres de sa distorsion, on peut parfois  se retrouver dans un monde parallèle à son public sans s'en rendre compte. Une frange du public semble paradoxalement apprécier la transe...sans doute plus au fait que nous de la nature des prestations scéniques du groupe.

Le concert fini, un gigantesque Suuns blanc apparaît magnifiquement au fond de la scène pour le rappel.  La chanson de la soirée revient à Resistance en rappel qui fait danser quasiment  toute la salle.

La prestation est bonne, kaléidoscopique, mais la nature du son écrase tout. L’ingénieur du son se démène dans tous les sens pour éclaircir le jeu mais c'est difficile d'entraver les choix sonores du groupe. Le public en redemande. Et Suuns se laisse embarquer dans un second et court rappel. On admettra que ce n'est pas la musique la plus immédiatement accessible du monde et qu'on ne peut pas faire semblant d'être surpris. On était bel et bien là en fan, ce n'est pas le problème. On aurait sans doute voulu entendre une version un peu différente des albums, n’ayant pas vraiment eu de surprises sur scène.

On se réjouit néanmoins d’avoir passé un moment agréable comme on l'entend dans le public en sortant, et surtout d’avoir découvert le groupe lillois Ed Wood Jr qui peut commencer sérieusement à rêver d’avoir lui-même… des premières parties. Quant à nous, on avoue qu'après cette déferlante d'infrabasses, on avait envie d'un peu de clarté, d'air, d'espace. De se retrouver Sous le so(o)leil exactement. 

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