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Mike D 5D + Tony Montana à l’Aéronef

Mike D. Comment le présenter autrement qu’une légende ? Membre fondateur des mythiques Beastie Boys, le new-yorkais n'est pas seulement un pionnier qui a traversé les époques ; il est l'un des rares architectes à avoir brisé les barrières culturelles et genres musicaux pour offrir au rap ses premières lettres de noblesse grand public.

A l’occasion de sa venue à Lille en ce soir du 31 octobre, on s’attendait donc à une certaine effervescence. Ou, du moins, à un peu plus d’intérêt du public nordiste. Pourtant c’est avec une légère amertume que l’on constate que seule la salle basse de L’Aéronef est ouverte. Et que les fans des Beastie Boys ont méchamment grisonné sous la casquette ou le bonnet. On le sent, qu’ils soient estampillés génération X ou Y, c’est principalement la nostalgie qui motive les spectateurs présents. La génération Z, elle, est aux abonnés absents. Dure loi de la musique live : être une légende, avoir un passé glorieux ne garantit pas le succès ou l’attention du public d’aujourd’hui ou de la jeune génération.

Tony Bontana, une première partie énergique

Assurer une première partie n’étant pas toujours une sinécure, cette attention du public, Tony Bontana aura bien du mal à la capter. Le rappeur, beatmaker et producteur originaire de Birmingham, seul avec ses machines, ne s’économise pas. Se donne à fond. Occupe la scène comme un boxeur investit un ring. Développe un univers original mêlant samples distordus, cloud rap et sonorités post-punk. Mais il ne rencontre malheureusement qu’un accueil bien peu concerné.

Mike D 5D, la légende new-yorkaise n'a pas dit son dernier mot

Soyons honnêtes, le premier album solo de Mike D, Thank You, sorti fin août, n’a pas forcément fait l’unanimité au sein de la rédaction de LillelaNuit. Si notre Monsieur Cinéma à nous, Gregory Marouzé, loue les expérimentations menées sur le disque ainsi que le plaisir juvénile et la fraîcheur qui s’en dégagent, d’autres tels Toma (chargé des photos pour la soirée) ou votre serviteur ont trouvé l’album relativement anecdotique car trop inégal. En raison de sa direction musicale trop éparse.

Les attentes étaient diverses. L’envie de supporter un album apprécié. La nostalgie, l’envie de revoir le membre d’un groupe historique que l’on a eu la chance de voir sur scène. La curiosité de voir revenir un artiste en solo. La possibilité, pour ceux n’ayant jamais vu les Beasties Boys, de voir une des légendes qui en ont fait l’histoire...

Bien qu’âgé aujourd’hui de 60 ans, Mike D démontre très vite qu’il n’a rien perdu de son esprit potache. C’est en effet grimé en Gru, le super-vilain de Moi, Moche et méchant, qu’il monte sur scène, flanqué de ses musiciens tous costumés en Minions. Le ton est donné. Le concert est principalement pensé comme une fête. Et, en ce soir d’Halloween, le MC exprimera d’ailleurs sa surprise de ne pas voir de spectateurs déguisés devant lui pour l’occasion.

La prétention n’est pas de mise. Le new-yorkais et son groupe, où jouent ses deux fils, sont là pour s'amuser. Le visage du MC arbore un faux nez postiche mémorable et sa silhouette longiline est emmitouflée dans l’emblématique écharpes à rayures grises et noires d’un méchant. Cocasse. Voire surréaliste. On n’est plus à l’époque où les Beastie Boys utilisaient un énorme pénis gonflable hydraulique de plusieurs mètres qui se dressait sur scène. Un sexe géant qu’ils ont gardé stocké dans un entrepôt pendant plus de 30 ans et qu'ils ont évoqué avec un mélange de nostalgie et de honte dans leur incontournable documentaire Beastie Boys Story réalisé par Spike Jonze. Mais on reste néanmoins dans la bonne franche déconnade.

Mike D sautille partout. Surprend par sa forme physique et semble rester un éternel adolescent aux côtés de ses musiciens âgés d'une vingtaine d'années. Son attitude reste résolument fidèle à l'esprit gonzo et turbulent des Beastie Boys. Dont le Hello Brooklyn sert d'entame au show. Suivi de What We Got, un nouveau titre percutant. Les déçus de l'album solo prêtent une oreille neuve aux nouvelles compositions. Entre rap-rock crasseux et electro-punk, celles-ci prennent en live une dimension plus explosive et beaucoup plus élastique que sur disque. Bon, c'est vrai, certaines ne convainquent toujours pas les plus sceptiques. Particulièrement dans leurs accents les plus pop

Le flow est toujours vif et acéré. Reconnaissable entre mille. Légèrement nasillard. Avec une diction très articulée, sèche et rythmée. Et comme au bon vieux temps passée sous le filtre d'effets de distorsion. Donnant au timbre de Mike D un grain crasseux et étouffé comme s'il rappait à travers un mégaphone ou un vieux talkie-walkie.

Des classiques des Beastie Boys (Looking Down The Barrel, Body Movin', Remote Control ou l'incontournable So What'cha Want) sont dispersés intelligement le long du set. Plutôt que regroupés vers la fin. Le passé vient se mêler au présent. Sans que l'on tombe dans le piège de la nostalgie. Même si, sensation toute naturelle, pointe un léger sentiment d'absence. Car on ne peut s'empêcher de penser à Adam Yauch alias MCA décédé en 2012.

On ne parlera peut-être pas de retour salutaire. Mais on sent chez Mike D un réel plaisir de revenir sur scène. De partager de la nouvelle musique. De faire le con avec des musiciens plus jeunes que lui et ses fistons. De continuer de créer. D'avancer artistiquement. D'expérimenter. Au risque de désarçonner ou de déplaire. D'être vivant et d'en profiter. Car c'est le plus bel hommage que l'on peut faire à ceux qui ne sont plus là.

Un peu décevant de constater, particulièrement sur les vieux morceaux, un manque d'enthousiasme dans le public. « L'effet samedi soir » peut-être. Celui où une part des spectateurs se fait plus une sortie qu'un concert et vient principalement boire des coups avec des potes. Le plus grincheux de la Team LillelaNuit se demandera même si les gens autour de lui savaient que Mike D faisait partie des Beastie Boys. Si, si.

Y avait pas de quoi faire le blasé pourtant. Un King Of New-York était en ville. Et c'était très cool.

 

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