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Chain and the Gang + The Daniel Wakeford Experience à l’Aéronef

Si le vent glacial frappait Lille de plein fouet, un public bien fourni a trouvé refuge à l’Aéronef, pour sa traditionnelle date des abonnés du trimestre. Et pour cause, les corrosifs Chain and the Gang ont su nous réchauffer, sans faillir à leur réputation scénique clinquante.

Pour ouvrir la soirée, l’énergumène Daniel Wakeford débarque dans le club, accompagné de son backing band. Si l’artiste bénéficie d’une certaine notoriété en Angleterre, il fait progressivement sensation dans l’Hexagone depuis son passage aux Transmusicales. Daniel Wakeford est le digne représentant d’une scène anglo-saxonne foisonnante et créative, constituée de musiciens atteints de troubles de l’apprentissage.

Le groupe nous offre une prestation audacieuse sur scène, dégageant une énergie singulière, aussi étonnante que salvatrice. Un accent british à couper au couteau, une violoniste au jeu subtil, des titres chantés avec une maladresse charmante : L’Aéronef prend des allures de pub anglais, au rythme d’hymnes rock tels que “The Black of Lonely” ou “Number one for love”. The Daniel Wakeford Experience produit certes une musique pleine de clichés, mais se révèle curieusement irrésistible sur scène. Un concert impromptu qui séduit le public, échauffé pour la suite des hostilités.

CHAIN AND THE GANG - l'élégance électrique

Ian Svenonius est une légende méconnue, un monument discret du post-punk américain des années 90. Discret dans sa notoriété, mais certainement pas sur scène. L’artiste a un passif derrière lui, la réputation de lives survoltés et redoutablement élégants avec ses nombreuses formations : The Make-Up, Nation of Ulysses ou plus récemment l’excellent Chain and the Gang.

Le groupe distille depuis 2008 un rock engagé aussi crade que classieux, et revient de plus belle avec son dernier LP “Experimental Music”. Si celui-ci peut sonner plat en studio, la scène dévoile toute son ampleur et son panache. Dans un show de Chain and the Gang, on ne sait jamais vraiment si on assiste à un concert ou à un meeting politique. Pour faire monter la sauce, Ian Svenonius déploie son charisme d’entertainer, armé de son plus beau costume et de ses mimiques théâtrales poussées à bout. Too much ? Rien n'est jamais trop pour le frontman expert en intros longues, sachant teaser son public à la perfection.

L'activiste punk aime cultiver son image, et Chain and the Gang ne fait pas figure d'exception à ce sujet. Tel un jumeau maléfique américain de Baxter Dury, le dandy harangue la foule avec nonchalance. Sa présence scénique décontractée contraste avec ses musiciennes, qui adoptent une posture plus distante avec le public mais un jeu terriblement efficace. Les rythmiques, aussi précises que groovy raisonnent avec les riffs et envolées des claviers et d'une guitare au son tranchant particulièrement délicieux. En alternant le chant et le parler, les voix féminines et masculines s'accordent bien, dans un esprit résolument classe et désinvolte.

Si les interludes séparant les morceaux pourraient paraître longs, ils permettent une montée en tension tout au long du live. Mention spéciale au mec du public désigné au hasard par l'infatigable Ian Svenonius pour traduire ses discours en français. Avec ce live généreux et engagé, Chain and the Gang nous transmet toute sa rage élégante, à coup de critiques sociétales, politiques et de compos électrisantes.

Si leurs styles musicaux et leurs performances diffèrent, les deux groupes se rejoignent sur leur capacité à allier leur énergie brute à une mise en scène surprenante et distinguée. À en juger par les réactions du public, le pari est réussi !

Photo : Michael Andrade

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