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« La Guerre des Prix » : interview avec Ana Girardot et le réalisateur Anthony Déchaux

« La Guerre des Prix » : interview avec Ana Girardot et le réalisateur Anthony Déchaux

Ana Girardot - Anthony Déchaux La Guerre des Prix Style : Cinéma Date de l’événement : 18/03/2026

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Cette semaine, l'actu ciné se porte sur La Guerre des Prix d'Anthony Déchaux. Voilà une œuvre engagée qui traite des négociations impitoyables imposées par la grande distribution aux agriculteurs. Ana Girardot y incarne Audrey, fille d'agriculteurs, obligée de faire équipe avec Fournier (Olivier Gourmet), un négociateur aux méthodes redoutables. D'une grande efficacité, La Guerre des Prix est un premier film épatant, tendu comme un thriller. Entretien avec Ana Girardot et Anthony Déchaux par LillelaNuit.

Pourquoi vous avez donné à La Guerre des Prix la forme de thriller ? Vous auriez pu traiter le film de 100 façons différentes. Votre film a même un côté scorsesien, un aspect film de mafieux...

Anthony Déchaux : Oui, complètement. Je suis un grand fan de Scorsese, donc merci, mais c'est presque trop. Je suis un grand fan des films de mafia, et j'aime beaucoup aussi les thrillers. J'avais écrit une pièce de théâtre qui était un thriller psychologique, donc j'aime ce genre. Le sujet dans lequel je suis entré, avait pour moi tous les éléments pour pouvoir en faire un thriller, puisque c'est un espace clos des box de négociations. C'est un espace qui est très anxiogène, où il y a beaucoup de tensions. La négociation, c'est deux personnes qui s'affrontent. Il y a des enjeux de survie pour les agriculteurs, pour les petits industriels. Donc ces éléments m'ont amené vers le thriller, voire parfois même le film noir, ou le film de mafieux, qui peuvent évoquer la grande distribution avec ces négociations cachées. Il y a aussi une forme d'organisation presque mafieuse. Moi, quand j'ai essayé de me renseigner sur ce sujet, je me suis rendu compte qu'il y avait une grande omerta. Ils ne veulent pas parler de ces méthodes-là, il y a une hiérarchie très forte entre ceux qui travaillent dans les supermarchés, ceux qui travaillent à la centrale d'achat, puis au sein de la centrale d'achat, il y a différents statuts. Donc, il y a aussi toute une organisation, je ne dis pas que c'est la mafia, mais en tout cas, il y a des choses qui m'ont emmené dans cet univers de cinéma. Je me suis dis « Ah tiens, la réalité m'offre un terrain qui peut amener vers ces genres qui me plaisent en tant que spectateur et en tant que cinéaste. » Et au-delà de ça, je me suis dit aussi qu'il fallait que j'arrive à rendre ce sujet qui est un peu retord, technique, complexe, plus accessible. J'avais une obsession de de ne pas lâcher le spectateur, il fallait qu'il y ait du rythme, une forme de dramaturgie un peu à l'anglo-saxonne, qui fasse que ça aille vite et qu'on ne s'ennuie pas. J'avais peur que les gens s'ennuient en regardant des personnages négocier des prix de yaourts dans une pièce.

Quand un jeune cinéaste comme Anthony Dechaux vous amène un scénario, êtes-vous attentive, voire méfiante, au fait que ce soit son premier long-métrage ?

Ana Girardot : Au début de mon parcours j'aimais beaucoup les premiers films parce que j'adorais me plonger dans le cinéma d'un ou d'une jeune cinéaste,  de manière un peu à l'aveugle. Et c'est vrai que depuis que j'écris, que je dois convaincre des gens de me donner de l'argent pour faire des choses, j'ai des retours de producteurs, de distributeurs. Il faut réécrire, il y a les commissions du CNC. Tout le monde n'est pas gentil avec vous parce que vous avez écrit quelque chose. Il faut travailler. Quand Anthony est arrivé, il n'avait rien tourné. J'ai tapé son nom, j'ai vu des photos de sa carrière d'acteur, mais il n'y avait aucune image de film qu'il ait pu réaliser. Je me suis dit : « Il a fait un court-métrage, il a fait un truc ? ». Non, non, rien ! Il avait une productrice, Laurence Méoc, que je connais depuis très longtemps, donc j'ai grande confiance aussi en son œil. Et Diaphana, un grand distributeur, s'est engagé sur son projet. Donc, je me suis demandé comment ça allait être. J'ai interrogé Anthony, plus que je ne l'avais fait avec d'autres réalisateurs: « Qui est ton chef-op ? Et ta musique ? Montre-moi tes moodboards (ndr : planche graphique résumant les intentions créatrices), tes inspirations, tes influences, comment veux-tu construire le film ? Comment veux-tu filmer le monde agricole ? Celui de l'entrepreneuriat ? ». Mais Anthony avait tout en tête. On a commencé une collaboration de grande confiance, d'égal à égal. Il n'y a pas eu pas du tout de hiérarchie de réalisateur sur son actrice. C'était vraiment un partage de ses désirs de cinéma, de la rythmique qu'il voulait donner, avec son amour du jeu des acteurs, venant lui-même de l’actorat. On a partagé ensemble la manière dont on allait fabriquer et construire le personnage. Et puis, on a fait quelque chose qui est très rare : on a tourné, six mois avant le tournage, une séquence de négociation avec Yannick Choirat. Pendant toute une journée, Anthony était en condition de tournage, avec la majorité de l'équipe qui nous a suivis ensuite. Et moi, ça m'a permis de voir comment Anthony dirigeait, travaillait. Ça a permis à Anthony de comprendre une journée de tournage, ce que ça apportait comme pression. Je me souviens qu’à la fin, tu as fait : "Ok, il faut refaire ça 35 fois. Ok, ok, ok, très bien." Je pense que c'était génial pour apprendre à se connaître et à palper l'énergie du film. Quand on s'est retrouvés, il y avait quelque chose pas de déjà acquis, mais je comprenais le plan d'action d'Anthony, ce qu'il voulait faire. Et puis comme, en plus, je suis de toutes les séquences, j'étais là tous les jours, de A à Z, avec l'équipe. Je faisais partie d'un travail commun, que je comprenais.

Je voulais qu'on sente qu'Audrey a été élevée à la ferme, dans un milieu où l'effort, a lieu tous les jours.

Ana Girardot

Votre personnage, Audrey, est complexe et ambivalent jusqu'à un certain point. Comment  lui avez-vous donné chair ?

Ana Girardot : Avec beaucoup de discussions avec Anthony. Je me me suis raconté ce qui était arrivé à son père, mais ça m'est personnel. Je voulais un truc dans la démarche aussi, dans le physique d'Audrey. Je voulais qu'on sente qu'elle a été élevée à la ferme, dans un milieu où l'effort, a lieu tous les jours. Qu'il faut apprendre à continuer, à avancer, même quand on a envie d'arrêter. Et donc, ça passe aussi par les vêtements. On a choisi avec Anthony et la costumière, des chaussures lourdes, une pièce de veste en peau de bête lourde aussi. Et puis, je voulais qu'elle écoute de la techno, parce que je m'étais dit que quand ça n'allait pas à la ferme, quand ça n'allait pas dans sa vie, quand elle était plus jeune, elle partait faire des rave parties à la campagne. En fait, c'est un BPM qui va très bien avec son cerveau. Elle ne voulait peut-être  pas suivre le modèle familial, sortir de cet environnement qui, peut-être dans sa vingtaine, était un lieu qu'elle a complètement voulu rejeter. C'est quelqu'un qui a des plans dans la tête. Et avant qu'elle soit envoyée à la centrale d'achat, elle a peut-être l'idée que dans 5-6 ans, elle aura son magasin, qu'elle pourra établir ses règles. Je voulais que la seule scène où on la voit dans le supermarché, ses gestes soient complètement habités. Donc on est partis un jour à 3-4 heures du matin dans un hypermarché en porte de Paris, rencontrer la manageuse du rayon lait et yaourt pour comprendre son quotidien, ses gestes. Elle avait toujours son téléphone et ne disait ni bonjour, ni au revoir quand elle prenait son téléphone. Elle continuait à donner des ordres et à gérer les stocks, avec les gens avec qui elle était. Tout ça, petit à petit, a crée ce personnage. Ensuite, Anthony a fait des ajustements.

Il y a une commission d'enquête au Sénat sur les marges de la grande distribution. Le film va être projeté devant les sénateurs.

Anthony Déchaux

Le film met en cause les grandes enseignes, les grandes entreprises, les grands groupes industriels des produits laitier. Vous filmez une grande violence dans les rapports. On imagine bien que ce n'est pas le monde des bisounours. Avez-vous subi des pressions ?

Anthony Déchaux : Franchement, je n'ai pas été gêné. Je n'ai reçu aucune pression. Il y a beaucoup de gens qui m'ont dit que c'était courageux de faire ça parce qu'en effet, personne ne l'avait jamais fait dans la fiction. Je ne redoute pas du tout d'avoir des pressions. Je ne pense pas que j'en aurai. Pour l'instant, je n'en ai pas eues. Peut-être que le film ne fera pas le plaisir à tout le monde, mais je ne suis pas non plus dans une démarche de provocation ou d'attaque. Je pense que mon film reste quand même équilibré. Je ne suis pas un militant qui appelle au boycott. J'ai bien sûr un point de vue, je montre des choses dures, j'ai une vraie vision en disant que ce sont des choses problématiques et donc je le montre. Je suis très ouvert à ce que les gens de la grande institution voient le film, et d’ailleurs on fait en sorte qu’ils le voient, pour qu'ensuite on puisse en discuter, qu'on puisse en parler, qu'on puisse faire un débat. On va montrer notre film au Sénat. Il y a une commission d'enquête au Sénat sur les marges de la grande distribution. Le film va être projeté devant les sénateurs. Il y a un peu, bien sûr, une omerta et un chiffon là-dessus, mais les gens qui sont à l'intérieur savent très bien que ça se passe comme ça. C'est un peu un espèce de non-dit. J'espère que le film va pouvoir faire en sorte que ça sorte du débat d'initiés pour que ça s'ouvre encore plus.

Olivier Gourmet a une masse. Il a un corps impressionnant. Comment fait-on pour ne pas se faire "bouffer" à l'écran quand on joue avec lui ? Et comment dirige-t-on Olivier Gourmet ?

Ana Girardot : J'étais plus inquiète pour Anthony que pour moi avec Olivier, parce que c'est pas un homme méchant. Mais c'est vrai que c'est un homme impressionnant. Et quand on fait un premier film et qu'on a un acteur comme Olivier, ça doit être impressionnant. Après, je pense que quand Olivier accepte un film, notamment celui-là, c'est parce que le sujet le touche. Il aimait beaucoup le scénario. C'est quelqu'un qui est extrêmement respectueux de son travail et de son métier. Donc, évidemment, il est allé dans le sens d'Anthony. Mais je pense qu'il est autant impressionnant que professionnel.

Anthony Déchaux : Je crois aussi que ce qui fait vous fait dire ça, c'est qu'il y a un duo qui est assez fort. J'ai d'abord proposé le scénario à Ana avant de le proposer à Olivier. C'était à peu près au même moment. Je venais de proposer le scénario à Ana et je me disais, tiens, je vais le proposer à Olivier juste après. J'étais très excité à l'idée de les voir tous les deux dans ce duo. Parce que je trouvais qu'il y avait un truc qu'on n'avait jamais vu et qui allait forcément fonctionner entre ce que vous décrivez d'Olivier et ce que j'avais en tête d'Ana, Vous savez, les acteurs, souvent, après les prises, on sent qu'ils peuvent être un peu fragiles ou fébriles, ça peut arriver. Ils sont un peu aux aguets pour savoir si ça va, si tout s'est bien passé et tout. Ana traçait son chemin. Je me disais qu'elle tiendrait forcément la cadence face à Olivier et je n'ai pas de soucis là-dessus. Et je crois que le duo fonctionne parce que ces deux personnages sont très différents, à la fois dans ce qu'ils représentent dans le film, mais aussi physiquement. Il y a une espèce de complémentarité qui se joue entre eux, qui est très forte à l'écran. J'ai l'impression qu'il y a une danse qui se fait entre ces deux personnages, et que ça fonctionne bien. Donc ça, moi, je me suis beaucoup appuyé sur ça. Après, comment dirige-t-on Olivier ? La direction d'acteur, c'est une grande question. Bah, diriger, je n'aime pas le mot. Je suis pas sûr qu'on dirige, mais on travaille avec des acteurs, ça c'est sûr. Moi, ce que je dis tout le temps, c'est que je pense que pour bien travailler avec des acteurs, il faut déjà les aimer. Et moi, j'étais amoureux de tous mes acteurs, de toutes mes actrices, et j'avais vraiment envie de faire en sorte qu'ils soient les plus beaux possible, les meilleurs possible. J'ai autant aimé mes acteurs qui avaient deux phrases à dire dans une séquence paumée, qu'Ana qui est de tous les plans. Et après, j'ai aussi cette idée de me dire que je m'adapte à chaque personne. Avec Olivier, on s'est vus avant de tourner, je lui ai demandé comment il voulait travailler, comment il avait l'habitude de travailler, et je me suis adapté à sa méthode de travail. On n'a pas grand-chose à dire à Olivier. Mais on a fait un truc très intéressant, avant de tourner, on a lu ensemble le scénario, et il m'a posé quelques questions qu'il pose tout le temps, je pense, quand il prépare un rôle. Moi, j'étais bien préparé, donc j'ai bien répondu à ses questions et il m'a dit : « Ok, c'est bon, ça me suffit. » Ensuite, il a travaillé dans son coin, et puis on s'est revus sur le plateau. Et sur le plateau, il n'y avait pas grand-chose à modifier. Il y a des moments où peut-être, je me souviens d'une scène où j'ai voulu un peu plus le pousser, et donc, voilà, j'y suis allé un peu. Mais sinon, de manière générale, le rôle est assez proche de ce qu'il est aussi, de son emploi de comédien. Et puis, c'est un comédien, c'est un artisan, Ana le dit souvent. On n'a pas besoin de beaucoup diriger, mais on n'a pas besoin non plus de beaucoup de diriger Ana. Il y a plein de scènes où au premier coup, elle a capté le truc, elle y va, ce sont des pros. Donc, moi, je crois que c'est un travail humain. C'est difficile. Je pense que la direction d'acteur, c'est plus un dialogue entre deux collaborateurs, deux collaboratrices, et aussi des personnalités. Il faut essayer de trouver comment mettre les acteurs en confiance, leur donner envie de jouer, et de donner le maximum, d'inventer des choses. Je pourrais parler des heures de ça, parce que j'adore !

Ana Girardot : Surtout que les personnages étaient bien écrits, et donc c'était simple. Dans une scène de négociation, le fait que le personnage de Fournier (Olivier Gourmet) ne s'assoie jamais, semble être un détail, mais ça raconte énormément sur le personnage, ça en dit beaucoup sur lui. Chez tous les personnages, on sent leur bagage de manière très fine. En plus, nous acteurs avons eu une compréhension assez rapide de ce qu'on devait joue. On arrivait le matin. Anthony et Pierre Dejon, le chef opérateur, arrivaient devant nous, et puis toute l'équipe.Ils nous disaient comment ils avaient imaginé le truc. Ils avaient dessiné les cadres. Ça nous donnait une nouvelle compréhension de la scène. Mais quand la partition est bien écrite, on joue avec nos collègues, avec nos confrères, de manière beaucoup plus... pas plus facile, mais ça aide. C'est un travail collectif.

Quand vous interprétez Audrey, que vous choisissez ce film, est-ce aussi un engagement citoyen ?

Ana Girardot : En toute honnêteté, non. C'est un engagement dans mon métier, parce que je sais que  je porte le film avec Anthony, je suis là tous les jours. Et je l’accompagne ensuite, quand je m’engage sur ce film. Je sais aussi que je m’engage sur un sujet qu’il va falloir porter, accompagner et comprendre, ça ne peut pas s’arrêter à la fin du tournage. Déjà ça m’a sensibilisée à un sujet que je ne connaissais pas tant que ça, auquel je ne m’étais pas tellement intéressée. Moi, je suis maman de deux enfants, et donc ça m’a ouvert les yeux  sur un système que j’avais jamais questionné. Ça m’a évidemment changée en tant que citoyenne. J'ai pris conscience de ma manière de consommer. Je l'ai l’interrogée pour comprendre comment la changer là où je pouvais le faire. On a travaillé dans une ferme en Normandie, le couple qui s’occupe de cette ferme aujourd’hui a une coopérative laitière, comme le personnage de Julien Frison dans le film. On a cohabité avec eux pendant 3 semaines et on a compris de manière très concrète, très palpable, la difficulté de ce métier, l’endurance que ça demande, la pénibilité. Parce que le travail ne s’arrête jamais, il n’y a pas de week-ends, il n’y a pas de vacances, il n’y a pas de vendredi soir où on se repose, non c’est des bêtes, c’est des animaux, c’est un écosystème fragile. Ensuite, en allant dans les centrales d’achat, il faut voir la froideur, la dureté avec laquelle le travail de ces agriculteurs est complètement bazardé juste pour une question de profit et de marges au nom d’un porte-monnaie de nous, consommateurs, qui demandons le produit le moins cher. Il est très triste de comprendre que le système est fait comme ça et qu’il est difficilement changeable, qu’il y a des choses à faire mais qu’elles ne peuvent pas changer du jour au lendemain. Donc, en tant que citoyenne, je me suis intéressée à ces nouvelles méthodes et à comment pouvoir faire changer les choses même à mon échelle comme Anthony.

Anthony Déchaux : Ouais moi je me suis inscris dans une AMAP.

Ana Girardot : Et qui permettent aussi de consommer mieux et d’aller à l’encontre de ce système mais ce n'est pas donné à tout le monde, les gens n’ont pas le temps ni l’argent ni le choix autour d’eux. Donc, je suis heureuse de porter un film qui traite d'un sujet qui nous concerne tous et qui nous emmène dans un monde qui n’a jamais été ouvert avant. Mais je n’ai pas faist ce film en disant : « Anthony je veux changer les choses."

Je pense vraiment qu’il n’y a rien de mieux que le cinéma ou l’art en général pour faire changer les choses.

Anthony Déchaux

Pensez-vous qu’un film puisse aider à faire changer certaines choses ? Même un tout petit peu...

Anthony Déchaux : Alors j’ai changé d’avis là-dessus. Je suis un peu pessimiste, vous l’avez vu dans le film, mais maintenant je pense vraiment qu’il n’y a rien de mieux que le cinéma ou l’art en général pour faire changer les choses. Je crois que ce qui fait changer les gens c’est l’émotion. Il y a plein de choses qu’on comprend mais on change pas pour autant, par exemple pour le réchauffement climatique. On a tous compris qu’il y avait un problème pourtant on ne modifie pas pour autant nos pratiques, on prend des avions, on fait des trucs, dont on sait qu’on ne devrait pas les faire mais on continue à les faire. Donc, ce n'est pas parce qu’on comprend un processus de façon rationnelle qu’on va changer nos comportements. En revanche, ce qui peut nous faire changer nos comportements, c'est l’émotion. Le but de l’art, le but du cinéma pour moi, c’est de faire vivre des émotions aux gens. Avec un documentaire, ce serait un peu différent. J’espère qu’avec ce film je vais pouvoir incarner ces sujets-là, avec des personnages humains dans lesquels on peut se reconnaître, peut-être se projeter et vivre un truc émotionnel. Il y a des gens à la sortie des projections qui sont touchés, qui sont ébranlés, et donc je pense que ça peut aider un peu plus réfléchir et peut-être même à changer ces comportements. Donc pour moi, changer un comportement passe forcément par un processus émotionnel.

Est-ce pour ça que vous mettez un extrait d’un film de Charlot, de Chaplin, dans La Guerre des Prix ? Il a aussi fait des films pour faire évoluer la société.

Anthony Déchaux : Alors, je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas pour ça que j’ai mis l'extrait, De façon très simple, j’ai mis Chaplin dans le film parce que je regarde avec mes enfants les films de Charlot et il y a quelque chose de très émouvant pour moi dans ces images-là. Ça me semblait intéressant. Ce qui se joue dans la séquence n’a pas été choisi par hasard. C'est complètement en échos avec ce qui se joue dans le film et dans les boxes. Dans l'extrait du Chaplin, ils sont en train de se taper dessus. Il y a un peu de mise en abyme. Mais j’adore Chaplin et son cinéma, et sa façon de par le rire et  l’émotion d'arriver à toucher les gens et donc d'éveiller les consciences. Je crois beaucoup au pouvoir de l’émotion, donc du cinéma, de l’art pour faire bouger les gens.

Les infos sur La Guerre des Prix

Synopsis : Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.

La Guerre des Prix d’Anthony Déchaux
avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison

Production LES FILMS DE JEANNE et LA FILMERIE
Distribution DIAPHANA

Visuels : Les Films de Jeanne - La Filmerie - France 3 Cinéma - Claude Pocobene - Diaphana
Entretien réalisé par Grégory Marouzé à Lille le jeudi 5 mars 2026. Transcription : Charlène Delgado
Remerciements : Le Majestic Lille

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