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Sole & The Skyrider Band, Zucchini Drive, Bleubird et K-The-I?? à De Kreun

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    K-The-I??

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    Le Label Anticon

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    Zucchini Drive

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    Sole & The Skyrider Band

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L'air de rien, en réunissant K-The-I??, Bleubird, Zucchini Drive et Sole & The Skyrider Band, cette soirée du 10 février 2010 au De Kreun à Courtrai revêtait tous les atours d'un mini-festival. Un évènement qui ne pouvait que ravir la communauté des backpackers, ces adeptes d'un hip hop underground et déviant, sachant sortir des sentiers battus en s'éloignant des musiques afro-américaines (principalement la soul, le jazz et la funk) qui constituent d'ordinaire l'armature musicale de ce style et préférant y injecter des sonorités plus proches de l'electronica, du folk psychédélique voire du post-rock. Une communauté qui a pour prophètes des artistes tels que Buck 65, Sage Francis, Themselves, Dalek et qui vénère par dessus tout un label en particulier, le label Anticon.

Anticon a été fondé en 1997 par quelques énergumènes, Alias, Why? (en concert le 23 mars à l'Aéronef), Jel, Dose One... et bien évidemment Sole, qui était le Boss de cette maison de production. Ce label, ayant pour emblème une fourmi, rejetant les clichés bling bling et putassiers gangrénant le hip hop américain, s'est affirmé comme une entité immédiatement reconnaissable au sein de la scène rap par des instrus vaporeuses, des artistes aux lyrics hallucinés, au flow nasillard et aux styles hors-normes (cf Dose One pouvant débarquer sur scène en slip ou en maillot jaune hyper-moulant). Il va sans dire que ces huluberlus sont considérés comme des parias par les intégristes du milieu. Leur musique est, en effet, sans compromis, très éloignée des productions millimétrées du R'n'B et n'est pas accessible à tout public. D'ailleurs, seule une soixantaine de personnes auront fait le déplacement ce soir-là. Rien de bien dramatique en soi, les aficionados de ce style musical original (particulièrement ceux ayant assisté aux concerts de Sage Francis au Grand Mix et Buck 65 à l'Aéronef en 2008 ou Dalek au Grand Mix en 2009) savent que ces concerts se font généralement en comité restreint. De plus, cela n'a pas empêché les artistes présents de donner le maximum d'eux-mêmes.

C'est ce gros nounours black de K-The-I?? qui a lancé les festivités. Seul avec son PC sur scène, il a su rapidement imposer sa présence. Et pas seulement par son physique massif qui en aurait fait un figurant de choix dans la série carcérale Oz. Mais par sa grosse voix de stentor, qui sur des rythmes frénétiques et des basses fracassantes qui vous martèlent les tympans, il vous conte, avec des lyrics assénés comme des coups de poings, ses peines de coeur, les aléas de la vie (qu'il compare de manière poétique à un rubik cube) et du temps qui passe (d'où le titre de son dernier album en date, "Yesterday, Today, Tomorrow", produit, excusez du peu, par l'immense Thavius Beck). Une prestation impressionnante, digne d'un prédicateur fou, entre chant hip hop et slam pour un artiste malheureusement trop méconnu dans nos contrées et qu'on ne saurait que trop conseiller aux fans de Saul Williams avec qui il n'est pas hasardeux de faire des comparaisons.

Pas le temps de reprendre son souffle que c'est au tour de Bleubird de prendre le relais. Originaire de Floride, ce personnage sympathique, bien connu des fans d'Anticon, est un MC feu follet, charismatique, virevoltant et plein d'humour. C'est même dans l'esprit du stand-up qu'il aborde la scène, n'hésitant pas à invectiver le public pour le faire entrer dans ses délires. Délires pas toujours très compréhensibles pour les moins anglicistes d'entre nous. Car Bleubird fait partie de ces MCs blancs-becs et fiers de l'être qui rappent très très vite, avec un flot ininterrompu de paroles. Une vraie mitraillette, un AK-47 du hip hop. Une pile électrique mâtinant sa musique d'ambiances saturées à la limite du rock. En bref, un concert jovial, à l'image du bonhomme.

Presque sans temps mort (bravo à l'équipe technique très réactive ce soir-là), le groupe Zucchini Drive reprend les manettes. Et c'est en terrain conquis que ce groupe monte sur scène, puisque l'un des membres fondateurs de ce combo, Tom De Geeter, est originaire de cette jolie petite ville qu'est Courtrai. Tom et son complice suédois Marcus Graap, accompagnés pour l'occasion d'un batteur, ont ainsi fait sensation. Et créé la surprise. Car, ce soir, Zucchini Drive délaisse les ambiances lo-fi et folk qui caractérisent leurs albums et envoie du gros son électronique qui nous amènent plus du côté des dance-floors que de l'ambiance cosy d'un feu de cheminée qu'impose cette date hivernale. Un choix déconcertant pour certains mais parfaitement maîtrisé. De toute façon, il fallait bien ça, sachant que Sole & The Skyrider Band allait prendre la relève pour conclure la soirée.

Un concert qui se termine dans le bruit et la fureur. La musique de Sole, de son vrai nom Tim Holland, n'est pas, en effet, réputée pour sa légèreté mélodique. Adepte du maelstrom sonore, ce rouquin à la barbe fleurie et aux allures de bucheron aime les ambiances poisseuses, les textures crades et la saturation à l'extrême. Un canevas idéal sur lequel il peut poser, avec un flow de télé-évangéliste psychotique, ses lyrics désabusés, des tranches de vie emplies de rage et de dégoût de l'humanité, déclamées la bave aux lèvres. Mettant toute sa force et sa colère dans chacun de ses mots, c'est donc une prestation totalement hallucinée que nous a offert Sole et son groupe, composé du guitariste William Ryan Fritch et du batteur John Wagner, venus présenter leur dernier album, "Plastique". Tout au long de la set-list, composée également de chansons issues des albums majeurs de l'artiste ("Bottle Of Humans", "Live From Rome", "Selling Live Water"...), jamais la tension ne retombera. Bien au contraire. Reposant sur des riffs de guitare acides et l'emballement de la batterie, elle montera, montera, jusqu'à l'explosion finale, presque bruitiste. Plus qu'un concert, une expérience brute, frontale, cathartique dont on ne ressort pas indemne.

Mais en tant que backpacker et masochiste musical confirmé, il est bon de se faire maltraiter ainsi par des mains aussi expertes que celles de cette légende du hip hop underground. Il est à noter que Sole a récemment déclaré quitter le label Anticon pour fonder sa propre maison de production.

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