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WARM au Prato de Lille – Festival le Grand Bain

Ce samedi, dans le cadre du festival Le Grand Bain, le Prato de Lille en collaboration avec le Gymnase de Roubaix nous ouvrait ses portes pour nous présenter une création de David Bobbée : WARM. En ressortant du spectacle, on peine encore à croire à ce que l'on vient d'assister, une performance hallucinante qui semble pourtant aller au-delà des possibilités humaines.

C'est déjà sous une chaleur étouffante que démarre le spectacle. Nous ne refusons donc pas les bouteilles d'eau offertes à l'entrée. Sur scène, deux murs de cinquante-cinq projecteurs, et un miroir en fond de scène ne laissent qu'un petit espace aux artistes pour évoluer. On peut aussi voir tout le public dans le miroir, c'est très troublant. Une silhouette apparaît, celle de la comédienne Séverine Ragaigne, au physique androgyne. Elle nous fait part de son rêve érotique : celui de deux hommes. Sa voix grave et sensuelle envoûte le spectateur. Le personnage est intrigant. Pratiquement dos au public. Le miroir reflète son visage, ce qui la rend davantage énigmatique. Le spectateur se rend compte peu à peu que le personnage est pervers et narcissique.

Edward Aleman et Wilmer Marquez se retrouvent prisonniers de son fantasme, ils sont poussés à faire des figures acrobatiques. Sous cette chaleur, la performance est plus périlleuse. La sueur, ennemie de tout acrobate, les empêche de faire sereinement leurs portés. Le texte écrit par Renan Cheneau et récité par la comédienne est de plus en plus cru, elle semble jouir de ces deux corps en sueur et la difficulté qu'éprouvent les deux acrobates l'excite davantage. Leurs mains glissent, l'exercice semble insoutenable. La relation qu'entretiennent les trois artistes est vicieuse, car la comédienne a besoin des acrobates pour faire exister son rêve, et les performers sont piégés dans le fantasme délirant de la jeune femme. L'un sans l'autre, les acrobates ne peuvent non plus accomplir leurs mouvements, chacun est dépendant de l'autre. Une musique martelée vient accompagner la scène.

Le spectateur est dans un état second. Il fait plus de trente degrés dans la salle, certains suffoquent, pourtant les acrobates et la comédienne sont soumis à une chaleur de soixante-dix degrés. La perversion du personnage est à son paroxysme, les performers sont à bout, le bourdonnement de la musique monte crescendo allant faire trembler les miroirs. Les jeux de miroir et de lumière donnent une impression de vertige tout tourne autour de nous, la scène va s'effondrer. La comédienne se tourne vers le public et clame son texte face aux spectateurs fascinés. Le public n'assiste pas à une représentation : soumis lui aussi  à la chaleur, à l'impression de vide, il fait partie intégrante du rêve malsain et lugubre de la comédienne.

A la fin de la représentation, le public a l'autorisation de monter sur scène pour se rendre compte de la chaleur auxquelles les trois artistes sont soumis. Immobile face aux projecteurs, la chaleur est insoutenable, impossible d'y rester plus de trois minutes. Malgré cette contrainte, les acrobates ont réussi à s'adapter, les figures n'en restaient pas moins impressionnantes. La beauté de ce spectacle se trouve dans la vulnérabilité de ces deux performers face à leur hantise : l'échec.

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