Strange Fruit à la Condition Publique

Le geste est simple et le regard impassible, pourtant Emmanuel Eggermont dégage une force d'expression saisissante. Sa pièce Strange Fruit doit son titre au poème popularisé par Billie Holiday, dénonçant le racisme subit par les afro-américains. Le chorégraphe et danseur, s'appuie également sur des archives récemment retrouvées du conflit italo-ottoman au début du XXème siècle pour faire de sa pièce une oeuvre engagée. Présentée à la Condition Publique ce samedi dans le cadre du festival Le Grand Bain organisé par le Gymnase CDC (Centre de Développement Chorégraphique), Strange Fruit est une pièce qui interroge et mène à réfléchir...

Un tourne-disque pour remuer le passé, quelques spectateurs de part et d'autre sur trois côtés de la scène, c'est dans une certaine intimité que la pièce débute. Le danseur évolue sur un parterre de plaques blanches qui finiront par constituer son propre tombeau. Le conflit italo-ottoman est à l'origine du premier bombardement aérien dont se protège Emmanuel Eggermont par un manteau bleu qui recouvre son corps et lui permet de continuer d'avancer. Le chorégraphe serein et sans aucune émotivité, choisit la version musicale de Nina Simone pour mettre en mouvement sa gestuelle minimaliste. Il dépeint la violence en posant une contradiction entre son corps et son visage. Tout en étant stoïque, il s'acharne sur les plaques avec des chaussures d'alpinisme et s'affranchit de l'insurmontable. La violence est suggérée par une danse significative, élégante, au geste précis.

Emmanuel Eggermont met son art au service d'une lutte, celle du racisme. Magnétique et sans artificialité le chorégraphe rentre au coeur d'un sujet auquel toutes les époques sont encore concernées.

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