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Marie Stuart de Chloé Dabert au Théâtre du Nord

Après sa mise en scène magistrale de Firmament, Chloé Dabert, actuelle directrice du CDN de Reims, était accueillie du 3 au 7 février au Théâtre du Nord pour son spectacle Marie Stuart, pièce écrite par Friedrich von Schiller en 1800. Marie Stuart est une figure historique dont la littérature n’a cessé d’alimenter les multiples facettes, faisant d’elle un personnage sulfureux au récit fantasmé. Chloé Dabert met en scène d’une main de maître un grand texte de la littérature allemande et continue de mettre en lumière des intrigues où, malgré le pouvoir des hommes, les femmes sont les protagonistes.

Marie Stuart, le contexte

Au cœur du XVI ème siècle, en pleine guerre de Religion, Marie Stuart (1542-1567) devient reine d’Écosse au berceau. Son règne ne devient qu’effectif qu’à ses dix-huit ans (l’Écosse étant jusqu’alors sous régence). En épousant François II, elle devient reine de France pendant quelques mois jusqu’à la mort de son époux en 1560. Marie Stuart est une figure historique controversée, reine catholique d’un pays majoritairement protestant, elle mène une vie sentimentale tumultueuse. Elle se marie en troisième noce avec l’assassin de son deuxième époux. Emprisonnée, elle est contrainte d’abdiquer en 1568, s’évade et se réfugie auprès de sa cousine la reine Élisabeth Ire Tudor, reine protestante, contre laquelle, il lui avait semblé possible de rivaliser pour obtenir la couronne d’Angleterre. Elisabeth Ire voit en Marie Stuart une adversaire redoutable et doit décider de son sort. Le personnage éponyme de Schiller est une femme éplorée mais exaltée au destin tragique qui porte cette fatalité avec dignité. Elle est résiliente et réclame justice tandis que Elisabeth Ire est fourbe, tyrannique, influençable et assujettie à ses conseillers. Entre complots, conspirations et coalitions, quel sera le sort de Marie Stuart ?

La mise en scène de Chloé Dabert

La tension entre les deux femmes s’articule autour d’une  cage en verre. Le dispositif incarne l’étouffement et l’oppression de l’emprisonnement de Marie Stuart mais aussi celui de l’exercice du pouvoir d'Elisabeth Ire. La cage est un espace réduit d’observation où les spectateur.ice.s vont disséquer à la loupe, à travers une lumière blanche, froide et chirurgicale, les belligérances entre les deux femmes. L’absence de toute attache réaliste et de toute forme de fioriture scénique permet d’aller à l’essentiel, d’apprécier pleinement la langue de Schiller teintée d’onirisme et de réalisme. La performance d’Océane Mozas (Elisabeth Ire) et Koen De Sutter (comte Leicester) est incroyable. En revanche, les effets de style ou de dramatisation de certain.e.s acteur.ices alourdissent la langue et sont caricaturaux. Seuls quelques éléments de décor (un bureau et un trône) et les costumes rappellent que la pièce est un drame historique. Le faste de la royauté s’incarne dans les costumes somptueux et colorés de la reine Elisabeth Ire.

Le pari de Chloé Dabert de monter Marie Stuart est audacieux car la langue de Schiller est riche en images et la rhétorique soutenue mais elle s’épanouit grâce à une mise en scène minimaliste et épurée. Un coup de cœur pour LillelaNuit. 

Crédit photo : © Marie Liebig

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