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Nada Surf + Here’s to the Lion au Grand Mix

C'est Here's to the Lion qui a le privilège de venir ouvrir pour Nada Surf. Privilège pesant sur les épaules de deux jeunes hommes tenus de gagner le respect musical de 700 fans piaffant d'impatience pour retrouver l'un de ces rares groupes qui bénéficie d'un statut étonnant : ce sont, quelque part, des héros générationnels. Et privilège fantastique de proposer leur musique à 700 personnes qui perçoivent bien le talent du duo et leur réservent un bel accueil. C'est qu'ils ont emmené avec eux une très belle et très dense folk music sombre et habitée.  Le duo gagne progressivement en autorité et sans doute en confiance réussissant à donner du mouvement et de la dynamique à sa musique à travers des moyens d'expression extrêmement dépouillés. S'ils traînent près de chez vous, n'hésitez pas. De sombres tensions façon Lanegan dans un habillage crépusculaire. Très tentant. On les suit, on est allés se procurer le disque après le concert et on vous en reparle très rapidement dans les chroniques disques du mag'.

Quand on tourne la tête, on pousse un vrai soupir de soulagement et de ravissement. Le public est particulièrement varié, l'âge de certains spectateurs montre qu'ils ont réussi à passer définitivement la barre de Popularce terrible hit survenu tellement tôt qu'il aurait pu les écraser totalement, brûlot contre les conseils éternellement ressassés aux adolescents et qui leur aurait coûté un label. Quel plaisir de voir ce groupe historique frais comme des jeunes premiers, prêts à en découdre le sourire aux lèvres, tout en second degré matois et en plaisir même quand le très pénible "à poil" retentira de nombreuses fois... Matthew se fendra d'un mince sourire pour dire "J'entends mais je n'entends pas". En français.

On joue sous étendard, rideau de scène tendu. On sent très nettement que ces gars là ne font pas semblant, que le plaisir est réel et Daniel Lorca le rappellera plus tard en remerciant le public avec une émotion totalement vraie : "C'est cool de voir autant de personnes d'âges différents venir nous écouter et, un très grand merci aux parents qui ont fait écouter nos chansons à leurs enfants et qui les accompagnent maintenant." On est heureux de palper presque physiquement leur simplicité, leur bonheur de jouer encore, leur fraîcheur, l'absence totale de plans frime. Leur Power Pop US enluminée de détours plus arpégés fonctionne à fond. On pense carrément à Big Star sur certains titres du nouvel album et aux immenses Hüsker Dü sur d'autres. On s'arrête pour jouer la comptine Blonde on blonde à la demande d'un fan. Le Grand Mix est complètement retourné.

On alterne les moments de tension très puissants avec la basse de Lorca mixée très en avant et les passages plus pop. On est tranquilles quant au choix, le frigo est plein. On peut se servir dans 20 ans de discographie, et la setlist est impeccablement dosée. Matthew Caws aura même l'élégance de remercier Here's to the lion qu'il juge très cools. C'est toujours aussi étonnant de constater les différences entre la pop à l'anglaise et la pop us. Les harmonies semblent communes mais le traitement est différent. Un peu seulement pour le traitement des guitares et des drums mais ça change tout, comme Lorsqu'un Tom Petty jour le Taxman des Beatles.

Matthew Caws fait attention à tout et imagine les pavillons du Grand Mix comme des transmetteurs de toutes les pensées, il invite ensuite les spectateurs à une petite danse pour aérer la salle. C'est très bien dosé dans la gestion du public: ni distance hautaine, ni démagogie pénible. Il est extrêmement sûr vocalement, augmentant l'effet de contraste entre la puissance du groupe et sa voix très mélodieuse. Animal est excellente, très stonienne, on la croirait sortie d'une session perdue d' Exile on main street. On se laisse du coup le droit de tabasser sévèrement derrière. Basse à la croche : les têtes bougent.

C'était extrêmement intense, sincère et électrique. Après avoir assuré quatre titres au rappel et avoir tout balayé sur leur passage à l'électricité, Nada Surf, toutes lumières rallumées depuis plusieurs minutes est revenu épousseter la scène muni d'une seule guitare acoustique et de trois voix pour un after show unplugged totalement inouï. Blizzard of '77 et I like what you say pour finir... Totalement à nu, aucune amplification... Pour le pur plaisir du public qui connaît ça par cœur et chantonne. The Proximity effect. 

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