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Emma Ruth Rundle + Celeste + Jaye Jayle à l’Aéronef

C’est un étrange plateau qui nous attend à l’Aéronef ce soir : D’un côté, les électriques et contemplatives aventures folk-rock de l’américaine Emma Ruth Rundle et de ses compères de route Jaye Jayle. De l’autre, le black-métal rageur des lyonnais de Celeste, venu s’insérer dans la moitié de soirée. Un choix de programmation intriguant qui aurait pu nous rebuter, mais entraînera plutôt notre curiosité !

Jaye Jayle, rock hypnotique tout en précision

Une atmosphère sombre et studieuse nous accueille dès l’entrée au club. Les Jaye Jayle, (side-project des musiciens d’Emma Ruth Rundle) jouent avec application leur récent deuxième  album. Leur musique pesante et lancinante envahit rapidement la salle, mélange complexe d’americana et de rock fiévreux, distordu de sonorités synthétiques et électroniques.

Malgré une relation sobre et discrète avec le public, Jay Jayle s’impose naturellement. Le quartet kentuckien s’avère très agréable à regarder sur scène, pleinement concentré dans les variations de ses compositions ambiantes , entre rythmes chamaniques et riffs électriques. Véritable coup  de coeur de cette soirée, le groupe nous absorbe dans les abysses de son americana torturé, avec pour lanterne la voix profonde (très Nick Cave) de son leader Evan Patterson.

Essai confirmé en studio avec l’excellent LP “No Trail and Other Unholy Paths”.

La tempête Celeste et son métal stratosphérique

Cette chute brutale” : c’est le titre d’ouverture du dernière album du groupe, et aussi une bonne expression pour caractériser le contraste d'enchaînement entre Jaye Jayle et Celeste. Mais on se fait rapidement une raison car l’expérience scénique vaut le détour. Lasers rouges vissés sur la tête, les lyonnais dégagent une drôle d’ambiance futuriste, mi-lugubre, mi-burlesque, accompagnés d'une overdose de fumée. Côté musique, pas le temps pour déconner. Celeste déroule le rouleau compresseur, à coup de blast-beats métronomiques et de thèmes stratosphériques. Une fureur de distorsion couplée à la noirceur prégnante dans l’univers du groupe, tant au niveau de l’instru que des textes.

Mais en live,  Celeste fait un pas de côté sur cette noirceur. Le groupe privilégie son versant dynamique pour mettre en avant ses patterns motoriques. Impressionnants de maîtrise, le groupe enchaîne ses morceaux, dérivant du black metal au sludge ou doom, avec une fluidité remarquable. Sur la durée, la recette peut néanmoins lasser. Les manières d'emmener les morceaux (les intros ambiantes puis les bousculements rythmiques) en deviennent peut-être trop prévisibles ... Mais si le courant ne pourrait plus passer, la décharge électrique  est toujours bien réelle !

L'élégance bouillonnante, emma ruth rundle

Après la furie Celeste, retour au calme. Mais pas pour si longtemps, car Emma Ruth Rundle et son band choisirons clairement de muscler leurs compositions. Les ballades électriques de l'artiste prennent (à notre plus grand plaisir) une tournure plus shoegaze : la grace toujours présente, l'explosivité en plus. L'américaine se prend au jeu pour arranger ses chansons, en faire ressortir les aspects les plus fiévreux. On redécouvre alors son récent  quatrième album "On dark horses", sublimé par les entêtantes perles "Races"  ou "Darkhorse".

Sa musique ayant déjà résonné entre les murs de l'Aéro en 2016 (1ère partie de Wovenhand), on sent l'effet du premier passage d'Emma : Un public attentif, attentionné, des murmures de paroles lisibles sur quelques lèvres des premiers rang ... Des conditions idéales pour ce concert solennel et sonique, porté à son apogée par la voix mystique d'Evan Patterson sur "Light Song". La musicienne reviendra en solo pour un rappel touchant, l'acoustique "Shadows of my name" de son premier album.

Souvent comparée à Chelsea Wolfe (à juste titre, du même label Sargent House), Emma Ruth Rundle  a aussi des airs de Courtney Barnett sur scène, certes en moins garage-pop, mais dans une posture terriblement sincère, bouillonnante et élégante. Et pour cause, l'australienne l'a invité au Sonic City de Courtrai dont elle est la curatrice cette année !

 

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