Il y a des soirs où une salle de concert devient bien plus qu’un lieu où l’on vient écouter de la musique. Le 2 octobre 2026, au Black Lab, à Wasquehal, le public s’était donné rendez-vous pour une soirée au profit de l’association Ukraine de Cœur. Pour LillelaNuit, ce fut une magnifique soirée : deux univers très différents, deux manières d’habiter la scène, mais une même capacité à créer du lien avec le public. Et nous avons eu la chance, avant que les lumières ne s’allument, de pouvoir rencontrer et interviewer les deux artistes. THE LOFF puis Cascadeur se sont prêtés au jeu de nos questions. Leurs réponses, particulièrement éclairantes sur leur démarche artistique, viennent naturellement compléter ce que nous avons découvert sur scène. Dans l’atmosphère chaleureuse du Black Lab, THE LOFF a d’abord installé son univers avant de laisser place à Cascadeur, pour un concert beaucoup plus poétique et immersif. Une soirée où la solidarité n’était jamais dissociée de la musique. Elle passait par elle.
THE LOFF : deux artistes, une vraie présence scénique
Ils ne sont que deux sur scène, mais THE LOFF donne rapidement l’impression d’être beaucoup plus nombreux.
Depuis la création du projet en 2022, le duo développe une identité singulière autour de la guitare, du chant féminin, du violoncelle et de l’électro, avec des influences trip-hop et des atmosphères cinématographiques.
Sur scène, le contraste entre les deux artistes fonctionne particulièrement bien. Au clavier, une énergie joyeuse et communicative, un musicien qui semble prendre autant de plaisir à jouer qu’à partager avec le public. À ses côtés, la chanteuse et violoncelliste apporte une présence tout en grâce, élégante et presque hypnotique.
LillelaNuit a particulièrement apprécié cette complémentarité, qui donne au duo une vraie personnalité scénique.
Leur musique oscille entre des morceaux plus « dirty », nerveux et trip-hop, et des nappes plus enveloppantes. Une identité qu’ils considèrent aujourd’hui comme affirmée :
Aujourd’hui, nous avons le sentiment d’avoir consolidé notre proposition : nous ne sommes plus vraiment dans l’expérimentation, mais dans l’affirmation de l’ADN de notre projet.
Les guitares sont d’ailleurs aujourd’hui plus présentes, plus saturées, donnant encore davantage de relief à cette esthétique.
Sorti le 14 mars 2026, l’album KYURE est encore récent, mais THE LOFF pense déjà à la suite. De nouveaux morceaux ont été écrits rapidement, avec une tonalité plus sombre, plus brute, et des guitares davantage mises en avant.
Certains sont déjà joués sur scène et pourraient constituer la matière d’un prochain EP, dont la date n’est pas encore arrêtée.
Chez THE LOFF, l’écriture reste avant tout instinctive : « On écrit de manière assez spontanée, assez instinctive. On ne sait jamais vraiment quand on va reprendre le fil. »
Le duo évoque également avec enthousiasme cette affiche partagée avec Cascadeur. Une rencontre artistique qu’ils considèrent comme un véritable privilège, notamment en raison de l’univers très cinématographique de l’artiste et de son travail autour de la musique à l’image.
Ils citent notamment Meaning et Walker, deux titres qui ont marqué leur écoute.
Cascadeur : la poésie sous le casque
Après l’énergie de THE LOFF, le changement de décor est saisissant. Cascadeur investit la scène avec une proposition délicate, singulière et profondément poétique.
Son fameux casque est partout, jusque dans l’écran qui lui fait face et en reprend la silhouette. Le dispositif renforce cette impression d’entrer dans un monde à part, où l’image accompagne constamment le son.
Au fil du concert, les morceaux s’enchaînent avec une belle fluidité : Ghost Surfer, Meaning, Walker, Respirator, Collector…
Et quand arrive Walker... Dès les premières notes, la salle reconnaît le morceau. Bientôt, les voix du public accompagnent celle de Cascadeur. Un instant suspendu, particulièrement émouvant, où la distance entre l’artiste et la salle semble disparaître.
Quinze ans, mais pas question de regarder uniquement derrière. Cette année anniversaire est l’occasion pour Cascadeur de revisiter quinze années de création, sans pour autant s’installer dans la nostalgie.
Comme il nous l’expliquait avant le concert :
Ce prétexte des 15 ans me permet de faire des allers-retours temporels au travers de mon répertoire. Comme des tremplins qui, je l’espère, m’amèneront vers de nouvelles contrées musicales.
Une manière de regarder le chemin parcouru tout en gardant le regard tourné vers l’avenir.
Cette volonté de renouvellement se retrouve aussi dans Les Temps Perdus, où l’artiste explore davantage la langue française. « C’est un nouveau masque qui tombe et le français m’aide à aller plus loin, je crois. En tous cas, j’ai l’impression que mon français est plus “évolué” que mon anglais ! »
Difficile de parler de Cascadeur sans évoquer son casque, devenu au fil des années une véritable signature. Mais derrière cet objet emblématique, l’artiste voit aussi une forme de contrainte créative : « J’ai l’impression que ma panoplie me contraint fortement mais qu’elle me permet aussi une forme de transcendance. Sans ces contraintes, cela serait sans doute plus “facile” mais j’aime assez frôler mes limites. Les cascades sont là et parfois invisibles aux yeux des autres. »
Une phrase qui résume assez bien son approche : créer à l’intérieur de règles qu’il s’impose pour mieux les repousser.
Le concert réserve également quelques belles surprises. La chanteuse de THE LOFF rejoint Cascadeur pour un morceau, créant un joli trait d’union entre les deux propositions de la soirée. Un autre moment intrigue particulièrement le public : un musicien fait naître des sons en déplaçant simplement ses mains dans l’air, comme si ses gestes suffisaient à modeler la matière sonore.
Ces instants contribuent à rendre le concert imprévisible et vivant, sans jamais rompre avec la délicatesse de l’ensemble.
Une soirée solidaire pour Ukraine de Cœur
Au-delà de la rencontre entre deux artistes, cette soirée avait aussi une raison d’être très concrète : soutenir Ukraine de Cœur.
Pour THE LOFF, cette dimension solidaire donne une portée supplémentaire à l’événement : « Si la musique peut aider une cause et laisser une empreinte au-delà de l’artistique, cela compte pour nous. »
Cascadeur, lui, résume cette envie avec une formule qui lui ressemble : « Ce qui me plaît en musique c’est d’en sortir ! Explorer d’autres zones, d’autres existences.»
Et il l’a été.
Entre l’énergie de THE LOFF, la poésie de Cascadeur, les surprises partagées sur scène et les voix du public reprises en chœur sur Walker, le Black Lab aura offert un joli moment de musique et de partage.
Pour LillelaNuit, cette soirée restera surtout comme une belle rencontre : celle de deux artistes aux chemins très différents, réunis le temps d’un concert par une même envie de transmettre et par une cause qui, elle, dépassait largement la scène.
