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Bison Bisou

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Bison Bisou Bodysick Style : Indie rock tendre et violent Date de l’événement : 28/04/2017

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Lille La Nuit a longuement discuté avec Charly (chant) et Seb (basse) du groupe nordiste Bison Bisou pour en apprendre un peu plus sur leur premier album, Bodysick, disponible depuis le mois d’avril. Les deux garçons nous parlent de la naissance de l’album, de l’actu du groupe, des différences entre la scène française et la scène néerlandaise et surtout nous expliquent pourquoi jouer pour 5 personnes, c’est génial aussi.

C’est votre première interview sur Lille La Nuit, même si on a déjà pu vous croiser sur des articles parlant du Printemps de Bourges ou des Trans musicales de Rennes. Est-ce que vous pourriez vous présenter un peu, vous et le groupe ?

Seb : Charly chante, moi, je suis à la basse, et parmi ceux qui sont absents aujourd’hui il y a Tof et Thomas à la guitare et Marvin à la batterie. C’est le dernier line-up, depuis un peu plus d’un an maintenant, sinon le groupe existe depuis 2011.

Charly : En ce moment c’est cool parce qu’avec l’album on s’est vachement soudés.

Seb : Ce qui est bien c’est que cet album a été composé avec ce line-up là alors que pour l’EP c’était un batteur qui avait joué mais les morceaux avaient été faits par un autre batteur. Là c’était comme si on partait d’une page blanche, et comme Charly disait ça a permis de vraiment souder le groupe humainement et créativement, au niveau des relations internes et de ce que ça implique de passer du temps ensemble.

C’est plus cohérent de composer, enregistrer, jouer avec la même équipe.

Charly : Oui, on le sent vachement sur les dernières dates qu’on a pu faire. On sent qu’on commence vraiment à totalement ressentir les morceaux qu’on joue ensemble en concert surtout. On ressentait déjà ça en jouant dans notre local mais en concert il y avait encore des approximations. C’est vraiment plus intense, je pense que c’est le fruit de tout ça.

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Pourquoi le nom « Bison Bisou » ? Ça paraît assez étrange par rapport à la musique, au nom des albums, des chansons… C’est aussi un nom en français alors que vos paroles sont en anglais.

Charly : Ce sont des forces contraires. C’est comme pour « Bodysick », qui représente aussi des choses contradictoires entre ceux qui entendent corps malade et puis le fait d’être au dessus de son corps, de penser à son corps et d’y être rappelé par des sensations de malaise et de maladie. Mais c’est aussi être bien dans son corps, s’évader. Je pense que Bison Bisou s’inscrit aussi là dedans. Ce sont des contradictions, mais en même temps un nom de groupe doit aussi représenter quelque chose. C’est vachement compliqué de trouver le bon nom de groupe. Il y a tellement de possibilités mais pour nous c’est venu très naturellement, on ne s’est pas posé trop de questions. C’est animal, c’est tendre, il y a beaucoup de simplicité finalement dans ce nom.

Seb : Au final il est hyper simple mais au fil des années on s’est rendu compte qu’il marchait hyper bien avec plein de trucs parce qu’il y a cette espèce d’ambiguïté et cette dualité qu’on retrouve dans le groupe, musicalement et humainement. Le fait qu’on soit cinq personnes très différentes et qu’on arrive à fonctionner ensemble, avec un peu de tensions parfois mais qui font une sorte de balance. Moi ce que je trouve cool c’est que ce soit un nom en français, même si on ne chante pas en français. Ça évite que tout le monde écorche le nom du groupe. Même à l’étranger les gens savent le prononcer correctement, et ça intrigue aussi.

Charly : J’aurais presque envie de te contredire justement parce qu’en France il y a plein de gens qui disent « bison bison » ou « bisou bisou », ou qui inversent les deux, alors qu’à l’étranger ils disent vraiment « Bison Bisou ». Ils s’appliquent.

Seb : Ils cherchent aussi sur Google ce que ça veut dire ! (rires).

Vous venez de sortir un premier album, « Bodysick » en avril après un premier EP fin 2015. Comment s'est passé l’enregistrement par rapport à l’EP ?

Seb : Sur l’EP c’était des morceaux qu’on jouait depuis 2 ans, alors que le line-up avait changé sur ces deux années là. Au final c’était plus une sorte de compilation alors que pour l’album on est vraiment partis de rien. On avait déjà commencé à écrire trois morceaux quand on s’est dit qu’on allait se mettre sur l’album. On a travaillé à partir d’avril 2016, et à fond jusqu’à l’enregistrement en novembre 2016. 10, 12h par semaine dans le local à faire des maquettes. C’était assez intensif parce qu’on a dû booker le studio hyper tôt. C’était assez stimulant d’avoir cette période courte, et en même temps c’était flippant de se demander si on allait pouvoir y arriver ou pas. Je pense que la façon de l’avoir travaillé en très peu de temps, comparé à l’EP où on avait fait des morceaux sur 2 ans.

Charly : Pour l’EP on ne prenait les morceaux qu’on pensait avoir le mieux réussi alors que pour l’album ce sont tous les morceaux qu’on a composés. On était vraiment contraints de les travailler en profondeur, les retravailler même, se poser des questions. Des fois on s’enregistrait puis on faisait des séances d’écoutes pour changer des choses. Il y a avait pas mal de communication entre nous pour se conseiller. Moi, il y a avait plein de choses dont je n’étais pas totalement sûr et on me rassurait en me disant que ça c’était bien ou ça il fallait le changer. On a aussi pré-produit l’album pendant 3 jours en studio pour jouer nos morceaux avec la personne qui nous as produit, Amaury Sauvé, à Laval.

Seb : On voulait enregistrer l’album avec quelqu’un qui produise aussi pour avoir un avis sur les morceaux et avoir une sixième paire d’oreilles qui nous aide à avoir du recul pour pouvoir aller plus loin. On est arrivés en studio en se disant qu’on avait fait le maximum mais que ça ne suffirait pas, mais que quelqu’un d’extérieur allait pouvoir nous amener plus loin que ça. Il n’y a pas mille studios ou ingénieurs qui font ça en France, et des amis nous ont parlé de Amaury Sauvé. On a eu l’occasion, un jour où on jouait à Laval, d’aller le rencontrer. Ça s’est hyper bien passé et on s’est dit que c’était là qu’on allait bosser. On s’entendait très bien humainement et musicalement, or c’est hyper important qu’il arrive à se projeter dans ce qu’on fait pour qu’on s’entende sur la finalité du disque. C’était aussi ça la différence avec l’EP : comme ce n’était pas une compilation de morceaux, on pouvait concevoir vraiment l’ensemble des titres comme un tout, en se disant il faut que ça commence par tel genre d’ambiance et que ça se termine comme ça etc.

Charly : On enregistrait toujours tous ensemble : les cinq en même temps, dans trois pièces différentes avec vue les uns sur les autres. L’idée c’était de jouer live parce qu’on voulait retranscrire ce qui se passe en concert, pour nous ça n’a pas vraiment d’intérêt de jouer séparément. On l’a fait dans le passé mais c’est beaucoup moins marrant. Il y a moins de sensations pour nous et pour la personne qui va écouter.

Seb : Ce n’est pas fidèle à l’esprit du live et ça ne correspond pas l’image qu’on voulait donner de notre musique. Jouer ensemble c’était un moyen de capturer au mieux l’espèce de sauvagerie des concerts, la spontanéité, tout en ayant une super qualité de son, d’où l’intérêt d’enregistrer dans des pièces séparées pour que chaque son soit bien isolé. On voulait vraiment jouer ensemble et avoir la performance.

Charly : Le but c’est qu’il y ait de la vie, de la dynamique, que ça puisse exploser ou être plus doux.

Seb : Il y a plein d’ « accidents » qu’on a gardé, des fins de morceaux qu’on avait pas écrit comme ça, des trucs pas prévus comme une pédale mal réglée.

De quoi parle cet album ? Il n’y a pas les paroles sur bandcamp.

Charly : Sur le disque il y a des petits mots sélectionnés par Seb dans les paroles, c’est pas mal. Mais sinon l’album parle beaucoup de corps, du coup. Mais ce que j’aime bien faire c’est jeter des phrases qui peuvent avoir plein de sens, et même parfois pas du tout (rires). C’est toujours assez simple mais en même temps ça parle beaucoup d’amour, de sexualité aussi. Par exemple « Perv » parle des moments où on se sent un peu pervers alors qu’on ne l’est pas forcément. Beaucoup de sensations de perdition aussi, savoir qui on est, ou essayer de savoir qui on est justement, ce genre de choses.

Tu écris les paroles tout seul ?

Charly : Oui tout seul, et Marvin, le batteur du groupe qui est prof d’anglais, me file des conseils mais ça va encore une fois dans le sens du partage. Si il y a des choses qui sont un peu fausses mais auxquelles je tiens, je les garde, et si lui me dit que ça serait bien de changer telle chose alors que je n’y tiens pas particulièrement, et ce qu’il me propose exprime correctement ce que je veux dire alors tant mieux.

Même si il n’y a que 5 personnes, ça ne sert jamais à rien. Il n’y a pas de petits concerts ou de petites dates.

Seb


Quelles sont vos influences sur l’album ? Je trouve par exemple qu’un morceau comme « Stick » me fait penser à un groupe comme La Dispute, ce genre de groupe qui mélange indie rock, punk, hardcore et autres.

Charly : C’est marrant que tu parles de La Dispute, on nous en parle rarement alors que c’est un groupe que certains membre de Bison Bisou ont vachement aimé. C’est vrai que « Stick » a un côté un peu hardcore, je pense qu’il y a des relents de hardcore, limite hardcore emo, ce genre de choses de fin 90s, début 2000. Ça fait clairement partie des choses qui m’ont influencé dans ce que j’appelle la scène Noise, avec l’emo, le hardcore du début des années 2000 parce que je suis de 1986, et on va dire que à partir de 2002 j’ai commencé à aller à pas mal de concerts de ce genre là. C’est vrai que La Dispute est un groupe qui m’a beaucoup plus aussi, qui dégage un truc très violent et très tendre à la fois.

Seb : En plus on écoute tous des trucs un peu différents, même si ça reste dans une vague rock ou pour certains electro. Je pense que ce n’est pas tant le style de musique, tel groupe de emo ou autre, mais plus une façon de faire de la musique au niveau des sons ou d’un parti pris. Au delà de ça, je pense que ce qui nous lie tous c’est la démarche. On a tous grandi à Lille ou à Dunkerque, on allait voir les concerts de la scène underground, des groupes pas forcément connus qui faisaient ce genre de musique là, un peu en marge, un peu violente ou un peu extrême. Je pense que ça nous a beaucoup plus influencé que la musique qu’ils faisaient réellement, de savoir si ils faisaient de la guitare ou de la machine, mais c’est cette façon là, il n’y a pas de gros labels et on ne jouera jamais dans une grosse salle etc, mais on a envie de faire ça, et on va quand même le faire, et on trouvera des gens qui se bougent le cul. Moi j’ai le sentiment qu’on est plus influencés par ça, de se dire on a envie de faire un truc et on va le faire, parce qu’il y a une sorte de frustration, de colère qui fait que si tu fais cette musique là c’est par rapport à ça. Les mecs qui font de la pop ou de la folk, je ne pense pas qu’ils ressentent les mêmes choses que les mecs qui font du doom. Tu ne fais pas de la musique pour les mêmes raisons si tu joues dans un stade.

Charly : Tu penses en premier à ton public avant de penser à toi et à ce que tu fais, si ça te représente, si c’est toi.

Seb : Pour moi c’est d’abord un besoin de le faire, avant de se dire on va faire de la musique pour jouer là ou avoir ça. On ne peut pas faire autrement que de faire de la musique, tous. C’est comme ça qu’on se retrouve et qu’un groupe se monte. Après on ne va pas rester dans notre local, parce que l’intérêt est  de partager avec des gens. Un groupe ça joue une heure sur une journée, et le reste du temps tu passes 7h dans un camion et quasi autant de temps à glander dans une salle. Si ça ça ne sert pas à rencontrer des gens et à discuter et aller voir qui vit à 300 bornes, ou 1000, ou 1500 bornes et échanger, juste avoir des relations humaines, comme n’importe quel projet culturel ou artistique. Ça sert de tampon pour véhiculer des idées et partager des émotions, des points de vue, et je pense que c’est ça qui nous intéresse. C’est aussi jouer de la musique, mais si il y avait pas cet intérêt humain je pense que ça ne nous intéresserait pas autant d’en faire.

Charly : Surtout si tu joues dans un groupe à cinq, humainement c’est que tu as déjà envie de partager, c’est la base du truc. C’est vrai qu’il peut y avoir des tensions sur certaines choses, mais au final tu te sens porté. Tu sais qu’une tension te mènes à une réflexion qui elle-même te mène à quelque chose de meilleur. Tu rencontres des gens assez incroyables, hyper cool et avec qui tu passes des moments trop bien. Sans le groupe, sans ce que tu fais, ça serait pas arrivé.

Seb : On a fait une date épique, où il y avait 5 entrées. Et sur ces 5 personnes qui étaient là, ça nous a fait recroiser des potes qu’on a retrouvés à Besançon, à Paris, à Rennes parce que les 5 personnes en ont reparlé. Même si il n’y a que 5 personnes, ça ne sert jamais à rien. Il n’y a pas de petits concerts ou de petites dates. On fait en sorte de jouer de la même manière qu’il y ait 5 personnes ou 500. Si on avait fait de la merde parce qu’on s’était dit que de toute façon il n’y avait que 5 personnes, je ne suis pas sûr que ces trois personnes là auraient dit à leurs potes ‘’Va les voir, ils passent dans ta ville ».

Charly : Ils sont là, et si justement ils ne sont que 5 c’est qu’ils ont fait l’effort de venir ! (rires) La moindre des choses c’est d’y aller à fond aussi, sinon il n’y a pas d’intérêt. Si on est pas à fond, je pense qu’avec Bison Bisou sur scène on s’ennuie.

Vous revenez des Pays-Bas, c’était la première fois que vous jouiez là bas ?

Charly : On y avait déjà joué deux fois auparavant.

Seb : Depuis deux ans on a un tourneur en Belgique qui s’occupe du booking sur les Pays-Bas et la Belgique. La première fois qu’on a joué aux Pays-Bas en novembre c’était à Breda et il n’y avait pas grand monde… Attention on fait aussi des concerts où il y a du monde ! (rires) Mais il y a une nana d'un petit label qui est venue nous voir après. On a gardé contact et notre album est sorti sur son label aux Pays-Bas. L’album est donc sorti sur trois labels : en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Elle nous a fait rejouer après, on a rencontré un groupe et on a fait des dates ensemble, comme ce week-end.

Charly : Chez elle à Eindhoven, dans un super lieu. On a sympathisé avec l’autre groupe, on les a faits jouer au Do It Yourself Café il y a une dizaine de jours et là on est allé rejouer avec eux à Tilburg et Groningen. C’était vraiment des super dates, on s’entend vraiment bien avec eux. Il y a un truc qui fait que nos concerts vont bien ensemble. On a hâte d’y retourner dès cet automne.

Seb : On a des dates en France, en Belgique et aux Pays-Bas. On s’est toujours dit que tourner en France c’était cool, mais c’est pas parce que tu es un groupe français que tu dois te cantonner à ça. Il y a d’autres pays à côté avec des cultures différentes et des lieux différents.

Charly : Ce sont des cultures différentes qui finalement marchent bien avec ce qu’on fait.

On le voit avec les différents festivals, qui ne sont pas du tout les mêmes qu’en France.

Seb : Il y a un écart moins grand chez eux entre les petites salles et les gros endroits.

Charly : Ce qui est marrant c’est que les petites salles là bas ont parfois le même budget que les grosses salles en France (rires). Tu sens que ce n’est pas du tout la même mentalité. C’est une histoire de passion, les personnes ne gèrent pas forcément les lieux de la même façon. Par exemple à Groningen, on a joué dans une espèce de squat qui est légal depuis les années 70 : tout est à un prix hyper, après ils paient comme dans un squat mais c’est tellement cool que tu t’en fiches presque de ton cachet, c’est pas là l’intérêt, mais plutôt de jouer avec des gens qui se donnent à font dans leurs projets.

Vous avez des dates à venir ?

Charly : On va retourner en Belgique pour un petit festival à Rekkem, tout près de Mouscron. Après on fera une petite trêve jusqu’à fin août, où on jouera au Kalvaire à Dunkerque.

Seb : Après ça rentrée chargée. On a vraiment pas mal de dates, une bonne vingtaine sur octobre/novembre/décembre, donc c’est carrément cool. Ça a été vraiment une bonne surprise. Dès que l’album est sorti on a eu des propositions et c’est hyper excitant.

Photo : © Yannick Lagier

 

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