Drôle de contraste à La Malterie entre la menace de fermeture et la foule dark punk qui se presse à l'entrée : le lieu est bien vivant et espérons qu'il le reste. Il fait certes un peu froid après les températures estivales automnales mais c'est surtout que l'affiche motive bien : une Vague de froid nous tombe dessus, et elle compte bien nous réchauffer. Pour cette nouvelle soirée concoctée par Cerbère Coryphée, deux formations toulousaines et une parisienne sont au programme. Urge et Sure, compagnons de route depuis plusieurs dates, retrouvent ce soir Trait d'Union pour une affiche qui navigue entre post-punk, cold wave et synth-punk. Autant dire que les amateurs de guitares sombres et de synthétiseurs glacés ont de quoi se réjouir.
Urge, la mélancolie en ouverture
C'est à Urge que revient la tâche d'ouvrir les hostilités. Le groupe toulousain, qui compte dans ses rangs des musiciens passés par M83, Bruit ou encore Plebeian Grandstand, vient défendre Here/After, son premier album paru chez Icy Cold Records. On est ici en terrain résolument post-punk, avec des guitares enveloppées de réverbération, des rythmiques obstinées et une atmosphère mélancolique qui ne laisse guère de place à la légèreté.
Les morceaux avancent dans une même direction, privilégiant la continuité et l'installation d'un climat plutôt que les ruptures spectaculaires. La formule est assez homogène, certes, mais elle a le mérite de tenir son cap : Urge déroule une cold wave sombre et appliquée, portée par une belle densité sonore. De quoi installer tranquillement l'ambiance et mettre les premiers spectateurs dans le bain (froid !).
Sure, la belle surprise de la soirée
On connaissait Sure de réputation, mais on ne s'attendait pas forcément à une telle débauche d'énergie. Le groupe parisien, dont les membres ont notamment fréquenté JeanJean, Pencey Sloe et Almeeva, vient présenter Destruction of Form, paru en 2025 et produit par Maurizio Baggio, déjà passé derrière les consoles pour The Soft Moon et Boy Harsher (excusez du peu !...). Un pedigree qui laissait présager une cold wave sombre et abrasive, mais c'était sans compter sur la dimension franchement dansante que prend leur musique sur scène.
Les basses cognent, les guitares saturent, les rythmiques s'emballent et les morceaux débordent d'une urgence presque punk. On est bien loin de la cold wave contemplative que l'on pouvait imaginer : chez Sure, la noirceur se danse, et plutôt énergiquement. La prestation est nerveuse, généreuse, sans temps mort, et l'on se surprend rapidement à battre la mesure avant de franchement remuer. Une excellente découverte, qui donne surtout envie de se replonger dans leur discographie dès le retour à la maison. Ils ont encore des dates à venir et nul doute qu'on se laissera tenter.
Trait d'Union, le punk fait grimper le thermomètre
Avec Trait d'Union, changement de registre, ou plutôt de température. Les Toulousains, formés en 2023, poussent le curseur vers un synth-punk plus frontal, quelque part entre la froideur des machines et l'urgence du punk. Et à voir l'affluence et l'enthousiasme devant la scène, on comprend rapidement qu'une bonne partie du public attendait ce moment. La Malterie, déjà bien remplie, se transforme en véritable étuve, ce qui est tout de même un comble pour une soirée baptisée Vague de froid.
Les rythmiques sont rapides, les synthétiseurs insistants et les morceaux s'enchaînent sans laisser beaucoup de répit. La voix, parfois un peu noyée dans le mix (problème de micro ?), peine à se faire entendre distinctement, mais l'essentiel semble ailleurs, plutôt dans l'énergie immédiate, le mouvement et cette envie de faire bouger tout le monde sans trop se poser de questions. Du fait de la difficulté de saisir les paroles, on pourra trouver la formule un peu répétitive, mais difficile de nier son efficacité auprès d'un public visiblement conquis. Trait d'Union connaît sa recette et l'applique avec conviction, pour une fin de soirée aussi remuante que surchauffée.
La Vague de froid aura donc plutôt bien porté son nom, du moins sur le papier. Car entre la belle surprise Sure et l'enthousiasme suscité par Trait d'Union, il faisait finalement tout sauf froid à La Malterie. Une raison de plus, s'il en fallait une, de souhaiter que ce lieu continue longtemps à accueillir ce genre de soirées.