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Toâ à la Rose des vents

Un début assez étrange : une jeune fille vient présenter avec humour le spectacle à suivre, un mur de briques en papier s’effondre sur les deux premiers acteurs, un flux de paroles qui rompt immédiatement l’illusion théâtrale. On se demande ce à quoi on va assister. Et puis l’histoire prend corps ; le sujet semble bien identifiable ; un homme de théâtre, Michel Desnoyers, se fait quitter par sa maîtresse et décide de se jeter dans l’écriture pour ne plus penser à sa relation. Le spectateur voit donc ensuite se jouer la pièce écrite par le personnage-dramaturge, une pièce où il met en scène sa propre rupture, interprétant son propre rôle, réelle mise en abîme, appuyée pour des décors simples mais efficaces : les personnages évoluent, au contact de rampes d’éclairage, au milieu de cadres dorés qui renforcent cette idée de théâtre dans le théâtre. Ces cadres se découvrent progressivement, suggérant une impression de profondeur infinie…le regard se perd dans la réflexivité.

Mais surprise ! Alors que l’on croit assister à une pièce qui se joue dans la pièce, le personnage principal vient parler au public : une femme présente dans la salle voudrait le tuer… et voilà qu’une belle jeune femme se dresse et prend la parole parmi les spectateurs : il s’agit de l’ancienne maîtresse du héros. Elle est venue voir comment il a décidé de raconter leur histoire ; puis, le spectacle fini, elle a l’intention de le tuer. Le flou s’installe alors entre théâtre et réalité : on ne sait plus où l’on est. Dans la trame générale ? Dans la seconde pièce ? Et cette femme qui ne cesse d’interrompre son ancien amant n’arrange rien. Le rire commence à gagner le public et ne le quittera plus jusqu’à la fin de la pièce.

Mise en scène moderne du chef d’œuvre Toâ de Sacha Guitry, la réalisation de la troupe « La Piccola Famiglia » est brillante : les acteurs maîtrisent chacun de leur geste, chacune de leurs intonations de voix, varient les rythmes. Si le début met le spectateur à distance par un côté surjoué, renforcé par la lecture des didascalies, source d’un comique inattendu mais ingénieux, le duo des deux amants, lui, est joué tout en retenue… les voix sont même par endroits amplifiées, elles semblent résonner… on est suspendu à leurs lèvres, on attend le mot, le geste qui va nous emporter. Et l’on est emporté ! Les acteurs débordent de charme, de grâce et une forme de sensualité émane d’eux et nous gagnent. Il faut souligner le génie et le charisme du premier rôle, Thomas Jolly, qui donne tout son rythme à cette œuvre intelligemment revisitée par une jeune troupe de comédiens auxquels l’on souhaite un succès mérité.

Un spectacle à voir absolument. Une mise en scène et une pratique théâtrale déroutante qui pousse à la réflexion. Rire et émotion au rendez-vous !

A découvrir jusqu'au 14 novembre à la Rose des vents et les 2 et 3 mars 2010 au théâtre d'Arras.

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