Ecrire sur Thomas VDB a quelque chose de curieux. En effet, critiquer le spectacle d'un artiste qui lui-même a été, dans une autre vie, journaliste et critique (dans le magazine musical Rock Sound) est très troublant. C'en est presque dérangeant et quasi-incestueux. On prendrait volontiers la fuite, cherchant un subterfuge hypocrite pour ne pas s'acquitter de la tâche qui nous est confiée. Un peu comme Thomas VDB, en fait, quand il explique dans son spectacle comment il réussit, avec lâcheté, à se sortir de situations embarrassantes telles que la rencontre avec une personne que l'on sait pertinemment connaître mais dont on ne se rappelle malheureusement ni du nom, ni des raisons qui font que l'on a déjà croisé cette personne. Prenons notre courage à deux mains. Surtout que le spectacle de cet ancien confrère qui s'est lancé dans le one-man-show mérite amplement que l'on parle de lui.
Après avoir sillonné les routes de France avec un spectacle centré sur son ancienne profession et sa passion pour le rock, riche en histoires détonantes et en anecdotes croustillantes, Thomas Vanderberghe, de son vrai nom, revient avec un second one-man-show différent, axé sur son vécu depuis qu'il a changé de métier et s'est lancé dans une carrière artistique. Mimiques et tons bidonnants à l'appui, il n'hésite pas à se moquer de lui-même, à faire référence aux bides qu'il a dû surmonter comme cette représentation devant un parterre de personnes du troisième âge, sourdes comme un pot et complètement imperméables aux subtilités du Heavy Metal, du Trash Metal ou du Death. Ou cette séance d'autographes imposée après avoir assurer la première partie de Gad Elmaleh en compagnie de la vedette et où, bien sûr, personne ne vient le voir sauf une spectatrice ayant eu pitié de lui et un autre spectateur affichant devant lui son antisémitisme et lui demandant de venir se produire à un meeting d'extrême-droite! Des situations cocasses et hilarantes sources de fous rires dans la salle. Et n'oublions pas cet épisode où, animant l'anniversaire de son grand ami Philippe Manoeuvre, il ne crée que l'indifférence, concurrencé injustement par l'open-bar organisé ce soir-là, et entend la grosse voix typique de Joey Starr, également invité à la soirée, placé à quelques mètres de la scène, demandant au rédacteur en chef de Rock N Folk qui est ce bouffon et pourquoi on ne met pas de musique à la place.
Dans la pure tradition du stand-up, Thomas VDB n'hésite pas également à partir dans des digressions sur sa petite amie, caricature de la parisienne type, qui on espère a le sens de l'humour tellement elle n'apparaît pas à son avantage, sur la vie dans la capitale et l'attrait qu'elle provoque sur les provinciaux et que lui ne comprend pas (se battant les c......., par exemple, de toutes les expositions dont on ne cesse de lui rabâcher les oreilles), sur les voyages en avion, l'éducation sexuelle maladroite que lui a donnée son père à l'adolescence, le choc de l'apparition des films pour adultes sur Canal Plus et l'organisation des « commandos porno » avec ses amis quand les parents de l'un d'eux désertaient la maison le samedi fatidique du mois... Cela part dans tous les sens mais reste toujours très fluide et très maîtrisé. L'artiste fait preuve d'un véritable bagou, joue avec le public qu'il fait participer et son énergie est communicative. Et cela sans cynisme, méchanceté ou vulgarité gratuite.
Et comme on ne peut lutter contre ce que l'on est, Thomas VDB ne peut s'empêcher d'émailler son spectacle de références musicales parlant de l'absurdité d'être fan de NTM quand on est un ado vivant à la campagne chantant « Mais qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu » alors qu'il n'y a rien à incendier à part, peut-être, la grange de ses propres parents ou de son idole de toujours, Freddy Mercury, chanteur du mythique groupe Queen, s'imaginant remonter dans le temps pour lui inspirer, avant qu'il n'en ait l'idée, ses plus gros tubes comme « Bohemian Rhapsody » ou « We Are The Champions » qu'il lui chantonnerait de manière innocente en regardant un match de foot avec lui! Mais on ne pouvait pas en attendre moins de la part d'un mec qui surgit sur scène vêtu d'un t-shirt Roxy Music.
Le pari de Thomas VDB de quitter le confort douillet de la position du journaliste pour oser fouler les planches et se mettre ainsi sous les feux des projecteurs était, on se doute, risqué et sûrement source d'appréhensions. Mais à la vue du spectacle et des réactions rigolardes du public, il apparaît évident que le pari est réussi et que l'artiste a eu raison de tenter cette métamorphose. Et un journaliste Rock de talent en moins cela laisse un peu plus de marge pour nous, petits scarabées de la critique musicale!
