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L’exposition Panorama 28 – Invisibles ? au Fresnoy

Annabelle Ténèze, directrice du Louvre-Lens, et Isabelle Gaudefroy, directrice du Fresnoy, nouvellement nommée en février 2026, ont croisé leurs regards pour proposer cette nouvelle édition de Panorama. Cette 28e édition intitulé "Invisibles ?" est à découvrir du 11 septembre 2026 au 3 janvier 2027.

L’exposition rassemble près de cinquante œuvres originales (vidéos, installations et créations plastiques) réalisées par des artistes en résidence au Fresnoy, mais aussi par des professeurs de l’établissement, autour d’une question simple en apparence : Invisibles ?

Dans un monde où les images saturent nos écrans et nos vies, que reste-t-il à voir ?

Cette surabondance visuelle peut aussi rendre invisible. L’individu se retrouve parfois noyé dans la foule, absorbé par les réseaux ou réduit à une image parmi des milliers d’autres. À force de tout montrer, certaines histoires personnelles risquent de se perdre dans un collectif devenu abstrait.

L’image agit sur notre perception du monde. Elle transforme notre rapport au présent, à notre passé et, peut-être affecte notre manière d’imaginer l’avenir.

C’est cette question de ce qui apparaît, disparaît ou échappe à notre regard que Panorama 28 explore à travers un parcours construit autour de trois thèmes : Les pulsations du monde, Le futur dans le passé, Habiter et vivre.

Quatre œuvres, quatre manières de faire apparaître l’invisible

Parmi les nombreuses propositions de Panorama 28, quatre œuvres ont particulièrement retenu notre attention. Très différentes dans leur forme et dans leur univers, elles ont pourtant un point commun : elles invitent le spectateur à ne plus être seulement un observateur.

Créer sa propre histoire avec Thomas Ferreira

Avec Primeiro, falaram as pedras, Thomas Ferreira propose une œuvre dans laquelle le spectateur devient acteur. À travers un jeu de tarot créé par l’artiste, chacun est invité à composer sa propre histoire. Lœuvre se construit alors dans l’interaction. Il n’y a plus seulement une histoire racontée par l’artiste et reçue par le visiteur, mais une multitude de récits possibles, imaginés à partir des cartes et des associations que chacun crée. Cette participation donne une place particulière au spectateur.

Emma Huang, à la recherche d’une mémoire lointaine

Avec In a Century or Two, Emma Huang explore une autre forme d’invisible : celle de la mémoire et des racines que l’on cherche à retrouver loin de son territoire d’origine.

Loin de la Chine, l’artiste se tourne vers un passé qui n’est pas immédiatement le sien, mais dans lequel elle cherche pourtant des traces, des liens et une forme d’appartenance. Cette recherche personnelle rencontre ici une histoire plus collective : celle de la Première Guerre mondiale.

L’œuvre rappelle surtout que les grands événements de l’Histoire sont aussi constitués d’une multitude de destins individuels. Des hommes et des femmes ont participé à ces événements, parfois de manière essentielle, avant d’être progressivement oubliés.

In a Century or Two pose ainsi la question de ce qui reste. Comment retrouver une mémoire lorsque les lieux sont loin, lorsque les traces disparaissent et lorsque les individus finissent par s’effacer derrière la grande Histoire ?

Un Moyen Âge étrange et décalé

Avec EUMULL MODER MOR, Étienne Kawczak-Wirz semble nous entraîner dans un univers où les époques se rencontrent. Le Moyen Âge surgit dans un contexte qui crée immédiatement une impression de décalage.

L’œuvre intrigue autant qu’elle séduit par son esthétique. Elle évoque un imaginaire ancien, parfois étrange, qui peut faire penser à certaines visions de Jérôme Bosch : un monde foisonnant, déconcertant, dans lequel le familier côtoie le bizarre.

Ce qui frappe est peut-être justement cette sensation d’être face à quelque chose que l’on reconnaît sans vraiment pouvoir le situer.

Écouter la forêt après l’incendie

Avec Sous mes doigts, la forêt, Mélia Roger propose une expérience particulièrement intrigante. Ici, c’est d’abord le son qui interpelle.

Grâce à un dispositif complexe, le visiteur perçoit des sons étranges, parfois difficiles à identifier. On tend l’oreille, on cherche à comprendre leur origine et, peu à peu, l’œuvre transforme notre manière d’écouter.

Cette bizarrerie sonore donne une présence particulière à la forêt. Celle-ci n’est plus seulement un paysage que l’on regarde. Elle devient un espace vivant, mystérieux, peuplé de phénomènes qui nous échappent habituellement.

En arrière-plan se dessine aussi l’idée d’une renaissance après l’incendie. Après la destruction, quelque chose demeure, puis recommence. La forêt se transforme, retrouve peu à peu une forme de vie.

L’œuvre nous invite ainsi à écouter ce que nous ne prenons généralement pas le temps d’entendre. Une autre manière de rendre visible — ou plutôt perceptible — ce qui reste habituellement invisible à notre attention.

À travers ces expériences, Panorama 28 : Invisibles ? semble nous rappeler une chose simple : l’invisible n’est pas toujours ce qui n’existe pas. C’est parfois simplement ce que nous avons cessé de regarder, d’écouter ou de questionner.

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