Morrissey au Zénith de Lille

Le concert de Morrissey au Zénith de Lille était très attendu ce mercredi 4 mars 2026. Entre images iconiques, nouvelles chansons percutantes et moments suspendus, l’artiste a livré un spectacle intense, sombre et profondément habité. Depuis 2020, Morrissey n’avait pas sorti de nouvel album, et sa récente parution Makeup Is a Lie marque une reprise d’activité musicale notable et très attendue. Si l’artiste conserve une loyauté féroce de la part de ses fans, ses prises de parole et certaines controverses personnelles ou politiques ont contribué à forger une image plus polarisante, qui interroge. Comme souvent avec les figures emblématiques, le public se demande si l’on peut séparer le bel artiste de l’homme, entre admiration pour son œuvre et questionnements sur sa personnalité et ses propos « borderline ».

Une première partie surprenante : le film d’influences

Le public ne sait pas tout de suite à quoi s’attendre. Plutôt qu’une première partie traditionnelle, un film d’environ quarante-cinq minutes est projeté sur grand écran. Le montage, parfois un peu long, agit comme un carnet d’inspirations : archives, clips et extraits qui traversent plusieurs décennies de musique et de culture populaire.

On y croise l’intensité théâtrale de David Bowie, la fougue punk de The Runaways et Sham 69, ou encore la mélancolie de Judy Garland et la soul de Barbara Lynn. L’ensemble forme un collage vibrant, parfois déroutant, mais fascinant, qui esquisse déjà l’univers musical et esthétique de Morrissey. On y retrouve une sorte de passéisme assumé, dans les références et dans l’esprit du montage, qui dialogue avec des images et des sons issus de plusieurs décennies, donnant une profondeur nostalgique au concert.

Morrissey : Charisme, mystère et noirceur

Lorsque Morrissey entre enfin sur scène, il se présente comme un « enfant terrible », déclenchant une ovation immédiate. Charismatique, parfois presque dérangeant, il fascine par son attitude atypique et ses propos énigmatiques.

Chaque chanson est accompagnée de projections iconiques : portraits de figures célèbres, qui renforcent l’atmosphère sombre et cinématographique du concert. On y aperçoit notamment Saïd Taghmaoui, dans son rôle emblématique de La Haine, ou encore Alain Delon entre autres. La mise en scène dégage une vision noire, entre portraits stylisés, références au rock sombre et images parfois dramatiques, jusqu’à la dernière image d’un artiste se suicidant qui clôt le set sur une note intense et troublante.

Des morceaux récents qui trouvent leur public

Morrissey mise autant sur ses nouvelles compositions que sur les références classiques. Notre-Dame et Makeup Is a Lie se distinguent particulièrement, prouvant que l’artiste se renouvelle avec succès. La reprise de Everyday Is Like Sunday, apporte une parenthèse mélancolique, planante et très appréciée du public.

Morrissey laisse également une belle place à ses musiciens, qu’il présente longuement en fin de concert. Le groupe, cosmopolite, comprend des artistes venus notamment de Colombie et des États-Unis, dont deux musiciennes. Un moment simple et chaleureux qui contraste avec l’intensité parfois sombre du spectacle. La pianiste du groupe a même eu le temps de livrer un petit solo très personnel, intense et magnifique, qui a littéralement hypnotisé le public, ajoutant une dimension intime et suspendue à la soirée.

Morrissey propose Un rappel court mais symbolique

Le concert s’achève par un seul rappel : There Is a Light That Never Goes Out des The Smiths. Un titre attendu et acclamé par le public, mais le chanteur en propose une version très courte, presque expédiée. Comme pour rappeler qu’il connaît l’attachement du public à ses classiques, tout en affirmant que son univers se vit surtout à travers ses nouvelles chansons aujourd’hui, largement mises en avant tout au long du set.

Après des annulations récentes dans son « tour », ce concert tant attendu a tenu toutes ses promesses. Morrissey y a révélé un personnage atypique, intense, charismatique et généreux, capable d’entraîner son public dans un univers sombre, nostalgique et rock noir, riche en émotions. Le sentiment qui domine en quittant la salle : un concert captivant… mais trop court.

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