Frustration + Gwendoline + No Filter + Canteleu au Black Lab

S’il n’est pas difficile de voir Frustration en concert régulièrement, c’est toujours avec plaisir qu’on les accueille dans le Nord. Le groupe a, et ils en ont conscience, un certain nombre d’afficionados que ça ne gêne pas forcément outre mesure de se déplacer pour les voir mais qui apprécient grandement de le faire à domicile.

Frustration au Black Lab, on en redemande

D’autant plus que, comme pour le concert de Frustration en 2023, déjà au Black Lab, ils viennent extrêmement bien accompagnés et c’est un très beau plateau de quatre groupes qui se présente ce soir.

Canteleu, pour l’atmosphère industrielle

Canteleu intrigue par son nom qui sonne très local, familier pour qui emprunte la ligne 2 du métro régulièrement, station qui doit son nom à l'ancien quartier où elle est située et où s'accumulent les usines textiles au milieu du XIXe siècle. Constatant le terme "coal wave" sur le profil du groupe et écoutant un peu les paroles, bien ancrées dans le réel, on sent que cet ancrage local n'est pas un hasard mais une revendication politique. Canteleu, étymologiquement, ça a un sens, "là où hurlent les loups", et c'est bien aussi l'atmosphère véhiculée en ouverture. La setlist est relativement courte mais intense, les paroles travaillées, en français et s’enchaînent "Cendres", "La vie", "Canteleu", la reprise "Goodbye Horses" (de quoi faire connaître la merveilleuse Q Lazzarus), "Alsace", "De chair" et "Tunnel". Très belle découverte à suivre de près pour qui aime ce type de musique.

No Filter, pour le punk sale

Changement d’ambiance radicale pour le deuxième groupe, No Filter, qui plaira sans doute aux plus punks. C’est "sans filtre", les textes comme l’attitude. Le groupe annonce rapidement la couleur : "La deuxième, c’est pas compliqué, c’est pour les voyous ! Est-ce qu’il y a des voyous dans la salle ?" Démarre Sauvage, pas connue pour la subtilité de ses paroles :

Le public est d’ailleurs trop sage à leur goût, puisqu’on se fait interpeller : « Ça bouge pas assez, va falloir vous taper sur la gueule ! » avant de démarrer Club des voyous, puis finalement ça va, on « commence à être en forme », le groupe précisant qu’ils « sont venus pour tout péter ». Mais ça va, aucun ampli innocent ne sera maltraité pendant la représentation.

Gwendoline, pour la bidouille bam dans la tronche

Les Rennais de Gwendoline aussi, on commence à les connaître et on ne va clairement pas se plaindre de les voir plus souvent. C’est un peu le bordel, après tout ils se revendiquent de la schlag wave, mais un bordel organisé : c’est propre et carré sur scène, mais pas trop. On sent nettement que le public est aussi venu pour eux et après "Clubs", sur "Chevalier Ricard", une foule hurle d’une seule voix "J’en ai rien à foutre !" C'est que les paroles sont bien connues et l’ambiance électrique. Avec deux albums, il y a forcément un mélange et on découvre sur scène si on ne l’avait pas déjà fait des titres comme "Conspire", "Pinata", "Héros national" (et son arrière-plan de toute beauté) ou "Rock 2000", déjà un classique à en écouter tout le monde crier les paroles.

 

Frustration, pour un peu tout cela à la fois

Et finalement, on a de la cold wave, du punk et de la bidouille électronique avec Frustration, non pas qu’ils aient la prétention de remplacer tous les autres, au contraire même : « Une bonne tarte dans la gueule, les vidéos et les paroles, waoh. Fermez vos gueules, c’est trop bien les jeunots !  Qu’on nous foute dehors c’est très très bien. Qu’on crève tous les vieux ! C’est eux l’avenir, c’est pas nous. » Les reviews le soulignent régulièrement, le groupe n’est pas tout jeune, mais on doit bien admettre qu’on n’y prête pas tellement attention. On observe surtout au fil des années que les influences plus évidentes à leurs débuts, à Warsaw, Wire ou The Fall (d’excellentes ref par ailleurs), ont fondu dans une sincérité et une décontraction qui leur permet de crier justice sociale et écologique en développant leur propre accent. Vieux, peut-être, mais pas vieux cons, et toujours enclins à mettre en avant d’autres projets musicaux de Born Bad ou d’ailleurs.

Ouvrant le bal sur "Path of Extinction", tiré de l’album Our Decisions sorti l’an dernier, le concert égraine des titres tout sauf ramollis où les paroles percutent sans se préoccuper de politesse : "Humanity ? My arse ! Back to middle age", entend-on sur "State of Alert". La setlist fait la part belle au nouvel album, passe par des titres comme "Drawback" ou "Le Grand soir" et termine sans trop de surprise sur "Too Many Questions" et "Blind" qui font toujours du bien par où ils passent.

Le groupe a l’air un peu crevé ce soir mais ce sentiment d’urgence, cette énergie violente qui ne sort jamais complètement, ne sont jamais aussi fort qu’en live. Il faut dire que ce nouvel album s’y prête et que même quand leur son flirte avec Depeche Mode (excusez, j’ai un quota, mais juré c’est pertinent), c’est pour y mêler des textes percutants comme aurait pu le faire le groupe à leur époque plus politique : "Fighting pain with a smile on my face / Fighting peace inside my raw despair". Et à défaut de changer le monde, ce plan sera déjà pas mal.

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