Aujourd’hui19 événements

Bärlin + Nile On waX au Nautilys

La veille, ils étaient encore de l'autre côté de la frontière. Bärlin et Nile On waX partageaient vendredi l'affiche du mythique Magasin 4 à Bruxelles. Vingt-quatre heures plus tard, changement de pays, inversion de l'ordre de passage et rendez-vous au Nautilys de Comines ! Une sorte de match retour qui n'en est pas vraiment un tant les deux formations semblent faites pour se répondre. Même goût pour les chemins de traverse, les atmosphères qui prennent leur temps et les étiquettes qu'on colle difficilement.

La salle cominoise accueillait ainsi une affiche particulièrement cohérente sur le papier. D'un côté, trois Belges qui font se rencontrer violon, basse et batterie quelque part entre post-rock, jazz et psychédélisme. De l'autre, trois Lillois qui ont depuis longtemps décidé qu'une clarinette pouvait avantageusement remplacer la guitare au milieu d'un rock sombre et fiévreux. Et, pour l'occasion, Bärlin avait même décidé de pousser les murs en invitant un trio à cordes.

Nile On waX, le cinéma sans images

C'est donc à Nile On waX d'ouvrir la soirée. Derrière le nom se cachent la violoniste Catherine Graindorge, David Christophe à la basse et Elie Rabinovitch à la batterie, un trio instrumental belge qui promène depuis 2009 sa musique entre albums, cinéma et créations pour la danse. On comprend assez vite pourquoi car chez Nile On waX, les morceaux semblent moins raconter une histoire qu'en faire apparaître les images.

Le violon de Catherine Graindorge en constitue naturellement l'une des voix principales, tour à tour mélodique et abrasif, tandis que basse et batterie construisent un paysage qui peut passer de la contemplation à quelque chose de beaucoup plus tendu. On pense par moments à une bande originale dont le film resterait à inventer : une route nocturne dans des grands espaces auréolés de lumières crépusculaires, avant que le trio ne vienne brouiller lui-même le décor. La sauce prend, le public est enchanté et les musiciens, qui semblaient un peu sur la défensive au tout début, peuvent se rassurer. Le public, probablement venu pour Bärlin, apprécie vraiment la formation. Ce qui pourrait n'être qu'une première partie fonctionne alors surtout comme la première moitié d'un diptyque. Nile On waX travaille la tension par strates et laisse derrière lui un terrain idéal pour les voisins lillois qui s'apprêtent à prendre le relais.

Bärlin, à trois… plus trois

Chez Bärlin aussi, les classifications deviennent rapidement encombrantes. Post-rock, cold wave, no-jazz, post-punk... on peut accumuler les termes sans parvenir tout à fait à rendre compte de cette étrange mécanique construite autour de la basse de Laurent Macaigne, de la batterie de Simon Thomy et de la clarinette et du chant de Clément Barbier. Pas de guitare ici, et elle ne manque guère : la basse occupe l'espace, la batterie pousse ou retient la tension et la clarinette peut aussi bien murmurer que grincer. Au milieu, Barbier donne aux morceaux leur dimension théâtrale, presque hantée.

Mais ce soir, le trio n'est justement pas tout à fait un trio. Trois cordes viennent rejoindre Bärlin et épaissir considérablement une musique qui n'avait déjà rien de squelettique. Au-delà de l'emphase, l'ajout, sur tous les premiers morceaux, semble bien plus intéressant lorsqu'il joue sur les contrastes et donne davantage d'ampleur aux montées avant que basse, batterie et clarinette ne reprennent leurs droits. Depuis ses débuts, Bärlin cultive précisément ces oppositions entre mélancolie et violence, lenteur hypnotique et brusques déflagrations, parfois tout en retenue, parfois en théâtralité. Sur scène, c'est cependant moins la succession des disques que la continuité de cet univers qui frappe, démarrant en anglais avec "Words, Death and Spells", nous dit la setlist, déviant sur l'allemand pour plusieurs titres dont "Haus im Strom", qui semble une adaptation d'un lied ou d'un poème allemand non identifié, et d'autres titres qu'on n'identifiera pas plus, avant de terminer sur des valeurs sûres dont "State of Fear". Les dernières notes passées, il faut quelques instants pour redescendre. Bärlin laisse derrière lui ce mélange étrange de noirceur et d'exaltation qui fait le sel de ses concerts, augmenté ce soir par des cordes qui en élargissent encore le spectre. On rallume la salle ; les ombres, elles, mettent un peu plus longtemps à disparaître.

Revenir aux Live report Concerts
A lire et à voir aussi
206 queries in 0,626 seconds.