Adahy dévoile “3°C” : un EP intense et engagé

Adahy dévoile “3°C” : un EP intense et engagé

Adahy 3°C Date de l’événement : 25/04/2026

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À l’occasion d’une rencontre avec LillelaNuit, Adahy nous ouvre les portes d’un projet aussi intime qu’engagé. L’artiste lillois·e s’apprête à dévoiler “3°C”, un nouvel EP attendu le 25 avril, et célébré lors d’une release party ce jour là à la Ferme d’en Haut de Villeneuve-d’Ascq.

Avec cet EP, Adahy vient clore une trilogie entamée avec 1°C et 2°C. Un triptyque lucide, traversé par les tensions du monde contemporain, où se mêlent questionnements écologiques, regards sociaux et introspections profondes. Entre élans nostalgiques et constats brûlants sur une humanité lancée à toute vitesse, 3°C invite aussi à ralentir, à respirer, et à se réparer, comme un rappel essentiel que prendre soin de soi est déjà une manière de prendre soin du monde.

À quelques jours de cette sortie, on a rencontré un·e artiste à la fois sensible et déterminé·e, dont la musique oscille entre fragilité et puissance.

Pour commencer, dans ta description Instagram, on peut lire « sensible et vénère » et en écoutant ta musique, on voit qu'il y a un mélange de poésie et d'énergie très pop. Comment arrives-tu à trouver cet équilibre entre fragilité et force ?

Adahy : En fait c'est très naturel, c'est vraiment le reflet de ma personnalité, il n'y a pas de recherche de quoi que ce soit. Quand j'ai voulu mettre des mots sur ce que je faisais, je me suis dit que ça me correspondait assez bien parce que j'ai une colère naturelle qui est assez proportionnelle d'ailleurs à tout ce qui me révolte et je suis aussi doté.e d'une énorme sensibilité. Je me dis donc que c'est bien d'osciller entre les deux, même si ce n’est pas volontaire. En tout cas en live, ça donne des jolis contrastes, des chansons qui sont plutôt axées sur l'émotion et d'autres qui soulèvent un peu les gens.

On sent que ce mélange de ta personnalité se retranscrit très naturellement dans ta musique.

Adahy : Voilà, même si quand on est sur scène des fois on doit incarner un personnage c'est assez proche de qui je suis.

Avant de parler de tes nouveaux morceaux et de ton EP qui va arriver. Mardi 17 mars, tu as joué à La Cigale en première partie de Pr2b, est-ce que tu peux nous raconter ce grand moment, ça devait être intense ?

Adahy : C'était un grand moment à plusieurs égards. Déjà une première Cigale c'est quelque chose qui n'est pas donné à tout le monde.

Complète en plus !

Adahy : Pas grâce à moi, mais complet ! C'est 1 200 en jauge debout, je crois. C'était déjà plus ou moins rempli pour moi donc c'est super cool. L'artiste avait demandé aux gens de venir tôt donc ça m'a fait plaisir. Parce que tout le monde ne vient pas forcément pour les premières parties. C'est exceptionnel et nouveau aussi parce que j'étais seul.e sur scène cette fois. C'est souvent le cas pour les premières parties à Paris, on ne nous demande pas de batterie, des formules solo idéalement. Donc là j'ai eu 10 jours pour préparer un set solo parce que ça ne se refuse pas, ça ne se négocie pas. Et je m'en suis plutôt bien sorti.e, en tout cas le public paraissait ravi. J'ai eu un super retour, j'ai réussi à bien gérer mon trac et puis ça a roulé. J'avais l'impression d'avoir un public du Nord. Je leur ai même dis, je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi réceptif.

C'est vrai que ce n'est pas toujours évident en première partie, surtout quand tu n'es pas à la maison !

Adahy : Oui et puis surtout que le public des Hauts-de-France, pour l'avoir écumé, je vois à quel point il tient sa réputation, et à Paris je ne m'attendais pas à ça.

 

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Tu as sorti un nouveau morceau, « Le Bruit des Hommes ». Dans ce morceau, tu explores la virilité, et la pression sociale dans l’espace public et intime. Qu’est-ce qui t’a inspiré ce morceau  ?

Adahy : J'ai bossé trois ans dans un bar à Lille rue des Postes quand j'étais en études, c’était le Lokarria. J'entendais les rodéos urbains qui menaçaient de renverser des gens. Je voyais des personnes faire les coqs. Ça m’est toujours un peu resté en tête, ça ne s'entend pas que là-bas, en plus. C'est une thématique à laquelle je fais souvent face. Plus généralement, je voulais aborder aussi le sujet du bruit que font les Hommes dans l'espace public, qu'on peut mettre aussi en perspective avec la façon dont le patriarcat prend de la place, quitte à tout écraser dans tous les domaines. C'est une photographie d'un sujet à un instant donné mais qui veut dire aussi beaucoup plus. Je trouve ça intéressant de partir du local pour traiter les sujets, c'est une de mes approches.

Pour illustrer ce morceau, tu as sorti une vidéo où tu es dans une petite voiture ! Est-ce que c'est une vraie scène ou une scène jouée ? On peut le dire ou pas ?

Adahy : Vous ne pouvez pas le dire, mais je pourrais vous le dire après. C'est quelque chose que je voulais absolument faire avec de l'auto-dérision comme je traite beaucoup de sujets lourds. Mais à côté de ça, et ça ne se voit pas forcément dans mes chansons, mais j'aime beaucoup faire rire. Je trouve ça bien d'apporter un peu de légèreté dans un sujet aussi lourd quand c'est possible.

Après, je trouve que tu arrives quand même à le dégager ce côté plus léger dans les photos ou les vidéos que tu peux partager sur les réseaux.

Adahy : Tant mieux ! J'ai l'impression d'être très sérieux.se.

Pour continuer avec le nouvel EP, tu disais justement que tu abordes souvent des thématiques sociales ou même écologiques dans tes morceaux qui peuvent être assez lourdes. Comment fais-tu pour que tes réflexions se traduisent dans des chansons qui restent accessibles et même dansantes ?

Adahy : Je trouve ça pratique comme outil la vulgarisation. Venant du milieu de la géographie, je suis géographe de formation et spécialisé.e dans l'aménagement du territoire, notamment la mobilité durable. Pendant mon parcours, j’ai aussi intégré l'Académie ESJ Lille en parallèle de ma licence de géo. Après, je suis parti.e en master de géographie. J'ai vite appris à rentrer dans des analyses pour après en faire des résumés ou des synthèses. Il faut pouvoir simplifier au maximum les informations qu'on nous donne pour les comprendre et digérer. C'est un truc que je fais assez naturellement peut-être grâce à mon parcours mais aussi grâce à comment je suis fabriqué.e. C'est super important de pouvoir être compris.e, je trouve. C'est aussi la force de la musique, elle est tellement plus puissante aujourd'hui que n'importe quel discours politique qui peut être inaccessible pour une grande partie de la population. Grâce à la musique, on peut dire beaucoup de choses avec peu de mots et mettre des mots en images pour apporter d'autres clés de lecture. Je trouve ça vraiment fascinant et un super médium pour changer le monde même si c'est à 0,001% c'est toujours mieux que 0%.

C'est aussi la force de la musique, elle est tellement plus puissante aujourd'hui que n'importe quel discours politique qui peut être inaccessible pour une grande partie de la population. Grâce à la musique, on peut dire beaucoup de choses avec peu de mots et mettre des mots en images pour apporter d'autres clés de lecture.

Adahy

Je comprends mieux comment avec ton parcours tu arrives à faire cette gymnastique qu'on n'est pas tous capables de faire et faire passer des messages comme ça en si peu de mots et avec ce format. Ton nouvel EP s'intitule 3°C clôturant une trilogie, qu'est-ce qui a guidé la progression du premier jusqu'à celui-là ? Est-ce que dès le départ tu avais en tête que ce serait comme ça une trilogie ou est-ce qu'il t'a fallu un cheminement progressif pour arriver à celui-là ?

Adahy : J'avais toujours 3 en tête, je trouve que c'est bien. Encore une fois, c'est très académique : intro, thèse, synthèse. Je ne sais pas si je synthétise quoi que ce soit dans 3°C mais en tout cas, c'est intéressant de voir trois prismes différents : celui d'une personne en fin d'adolescence, celui début de l'âge adulte et celui-là qui approche de la trentaine. C'est drôle parce que si je dois décrire avec des mots clés les EP je parle de la même chose à chaque fois sauf qu'en fait, c'est avec une plume plus affinée un regard plus mature et les textes, la musique n'ont finalement pas rien à voir mais c'est quand même assez éloignés. Je trouve ça cool d'avoir capturé ce que c'est aussi, qu’en tant qu'individu, on navigue dans un monde qui part en vrille, comment on évolue là-dessus. Il y a de plus en plus de place à la santé mentale notamment avec la chanson « Laissez le temps » qui ne sort pas en single mais qui sera sur l'EP. Ça s'est fait assez naturellement mais j'avais quand même trois EP en tête, je trouve ça intéressant pour amener des choses, clôturer, conclure. En tout cas, je ne pense pas qu'il y en aura un quatrième ou ça serait autre chose.

Quel rôle ont joué aussi dans cette progression, les différents dispositifs locaux auxquels tu as pu participer comme Min9rai du 9-9bis (2025-2026), le Grand Mix (2024), Tour de Chauffe (2021) parce qu'en fait, ils sont arrivés aussi à des étapes différentes de ces trois EP. Quel rôle ça a eu dans ton évolution ?

Adahy : Un rôle essentiel en termes de mise en relation ! Après on ne nous donne pas tout clefs en main c'est à nous de résauter, c'est à nous de faire notre stratégie avec les cartes qui nous sont données. Il y a aussi beaucoup de parcours personnels pour comprendre un peu mieux l'écosystème des musiques actuelles sur des formations, ou autre à côté. En tout cas, les dispositifs ça a vraiment été à chaque fois une marche ou un palier supérieur de l'immeuble, si je peux dire. Pour Tour de Chauffe, je n'avais aucun pied dans la musique actuelle à Lille, donc ça a été ma première résidence, c'est aussi grâce à ça que mon bassiste nous a rejoints, parce qu'on était que deux avec mon batteur, il y a eu premier bilan scénique aussi. En fait c'est la première fois que j'ai commencé à me poser la question de est-ce que ce que je fais là ça ne peut pas être mieux ? C'est là que j'ai compris que ce qu'on voyait sur scène en concert, ce n’est pas que ce n’était pas naturel, mais il y avait vraiment un travail de construction, de mise en scène. Pourtant j'avais fait du théâtre, mais je ne me disais pas qu'on pouvait l'adapter à la musique. Donc Tour de Chauffe, ça a été un peu un éclaircissement là-dessus en 2021. Ensuite, j'étais en études, en job étudiant, donc c'était un peu plus lent sur cette période-là. Mais en 2024, j'ai été accompagné.e par le Grand Mix et là, ça a vraiment marqué encore un autre tournant. C'est un peu l'arrivée de la directrice Elise Vanderhaegen qui a tout changé pour moi, il y a vraiment eu un avant-après cet accompagnement. J'ai notamment eu une superbe coach scénique Bénédicte, qui a pousser les curseurs, et après les concerts ont été beaucoup plus remarqués, et j'ai pu aussi beaucoup apaiser mon syndrome de l’imposteur grâce à ça. Cette année-là j'ai reçu le titre de révélation musicale des Hauts-de-France. Il y a eu des supers concerts tout c’est un peu enchaîné. Ensuite Min9rai l'accompagnement du 9-9bis, là j'ai pu enregistrer mon nouvel EP dans un vrai studio, alors que normalement c'est un peu à domicile, avec des bouts de trombone et des bouts de scotch, j’exagère à peine. Le but était de consolider les acquis, d'aller encore plus loin dans la création du live. Ce n’est pas encore annoncé mais il y a un autre accompagnement cette année d'un dispositif régional. C'est vraiment essentiel, on a beaucoup de chance dans les Hauts-de-France pour ça on est vraiment très dotés, je trouve qu’il y a vraiment le choix.

C'est pour ça que je voulais qu'on en parle, parce que je trouve ça hyper intéressant d'avoir ton regard sur ce que ça t'a apporté, et on voit bien qu'à chaque fois, à différents niveaux ils t'ont apporté des choses différentes dont tu avais besoin à ces moments précis.

Adahy : Clairement, et on ne voit pas le travail de l'ombre, les chargées d'accompagnement même les structures porteuses changent beaucoup de choses dans les parcours artistiques et mentaux. Ce sont des personnes qui sont aussi à l'écoute sur des problèmes potentiels. On a beaucoup de chance, je sais que dans d'autres régions c'est moins le cas.

Dans ton nouvel EP, il y a certaines chansons, qui invitent à ralentir, à prendre soin de soi et c'est une thématique forcément qui nous parle beaucoup dans ce monde qui va à grande vitesse. Est-ce que l'écriture de ces titres a été un moyen pour toi de te protéger ou de te recentrer ? Pourquoi tu as eu envie d'aborder cette thématique-là, même si c'est une thématique qui parle à tout le monde, mais pourquoi toi t'as eu envie de le faire en musique ?

Adahy : C'est une super question, je ne me la suis même pas posée honnêtement. En fait l'année dernière ça a été un petit peu compliqué pour moi parce que je sortais d'un burn-out parce que j'ai bossé deux ans en tant que chargé.e de mission dans mon domaine plus la musique à côté. J'ai fini vraiment sur les rotules, plus les thématiques d'éco-anxiété qui me pèsent, plus le sentiment de ne pas en faire assez pour les causes qui me tiennent à cœur. J'ai fini par comprendre, en parlant aussi avec d'autres gens du concept de burn-out militant, c'est à dire les gens qui à force de s'engager dans une cause finissent par être hors service. Je me suis fait la réflexion et en fait c'est ok de se retirer temporairement, chacun.e fait ce qu'il peut. Et surtout si on finit sur les rotules, on n'a plus aucune force de frappe et on devient même dépendant d'un système qu'on critique. Je pense notamment au système médical pour la santé mentale par exemple. On a tout intérêt à ralentir. Et puis naturellement m’est venu cette chanson, moi aussi j'avais des problématiques de productivité j'ai compris au cours de mon parcours de soins que j'avais un trouble de l’attention, de l’hyperactivité, et cette chanson partait aussi de là, de me laisser le temps de manière générale de me comprendre pour être plus efficace plus tard et ne jamais faire passer la santé après.

Dans cet EP j’ai voulu aussi faire des chansons dansantes et joyeuses, qui paraissent peut-être plus légères. Je voulais essayer de fédérer et donner un peu d’espoir, notamment avec la chanson « Cap nouveau » qui marche très très bien en live, car je la joue déjà. Donc pas mal de chansons plus joyeuses et à l’inverse aussi pas mal de chansons beaucoup plus incisives, je pense notamment à « Repartir à zéro » qui dure presque 7 minutes qui parle de géopolitique, de fascisme.

Qu'est-ce que tu nous réserves pour la release party ? Il y aura des surprises ?

Adahy : Il y a une super programmation notamment Thérèse qui est une super personne, qui connait aussi les thématiques dont on parle mieux que personne puisqu'elle a un podcast sur la santé des artistes. En première partie on a aussi Mimi Mono qui est accompagné par le 9-9bis également, qui fait de la pop française un peu kitsch, je suis fan ! Il y a aussi l'activiste afroféministe Canoubis qui mixera, son nom de scène c’est Sylvi4ne, pour clôturer la soirée. Et des petites surprises, je compte notamment mettre la voiture de la vidéo, je ne l’ai pas dit encore, je vais faire un loto / enchères pour reverser les bénéfices, j’hésite encore entre deux associations. Et puis du mapping, une petite scéno sympa, j'aime bien l'usage de la technologie et la pluridisciplinarité. J'aime bien les concerts pluridisciplinaires j'ai tendance à vite m'ennuyer, c’est sûrement lié à mon trouble de l'attention, et j'aime bien dans les concerts quand il se passe plein de choses et qu'aucune des chansons ne se ressemble autant dans l’énergie que la mise en scène. C'est ce qu'on va essayer de faire le 25, proposer un vrai spectacle.

La Release Party du 25 avril 2026 à la Ferme d'en Haut

On te retrouvera aussi cet été au Festival de la Côte d'Opale, aux côtés de Sam Sauvage et Jean-Louis Aubert le dimanche, c'est une première pour toi là-bas ? Est-ce qu'il y a d'autres rendez-vous prévus ?

Adahy : Alors, le 25 avril il y a ma release party, et le 12 juillet au Festival de la Côte d'Opale. D'autres dates arrivent en juin, juillet, et novembre. D'autres sont en cours de discussion. En tout cas la prochaine la plus accessible, qui n'est pas complète comme La Cigale et qui est dans le coin c'est ma release, on va jouer plus longtemps que quand on fait une première partie car c'est mon événement. En plus l'entrée est à 5 euros en ligne donc c'est quand même relativement accessible pour 4 concerts différents sur une soirée de plus de 2 heures.

Est-ce qu'un clip est prévu pour la sortie de l'EP ?

Adahy : Non, j'ai pris le parti de faire que des vidéos pour les réseaux sociaux. J'adore la vidéo mais en termes de charge mentale… J'ai fait beaucoup de clips sur le dernier EP dont un où il y avait 30 personnes sur le tournage sur 2 jours avec des annulations à 22h la veille, on doit gérer à la dernière minute…  Ça fait partie aussi du fait que j'essaie d'appliquer les principes que je me donne, se laisser le temps ça veut aussi aussi dire diminuer sa charge de travail sur certains points. Je sais que je vais continuer à sortir de la musique mais les vidéos, j'essaie de me préserver tant que je peux du burn-out.

Tu as bien raison ! Avec la sortie imminente de l'EP  3°C qu'est-ce qu'on peut te souhaiter ? Quels sont tes souhaits pour cette sortie ?

Adahy : J'espère que ça fera du bien aux gens et que ça les invitera à se questionner et que ça pourra les apaiser. J'espère que ça plaira, que ça pourra débloquer d'autres opportunités pour mes musiciens et moi de découvrir d’autres horizons parce que j'adore passer du temps avec eux et la scène c'est l’endroit que je préfère donc si on pouvait jouer encore plus, faire encore plus que ça, ça serait parfait.

C'est tout ce qu'on te souhaite !

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