Chaque jour qui passe, c’est son amour qui ne cesse de s’accroître pour ces montagnes et ces champs d’oliviers qui l’ont vu naître, grandir, jouer, sourire et pleurer. Syamour Kamel est né en Algérie, dans un petit village des Ath Douala face au massif montagneux du Djurdjura.
Comme tout enfant de son âge, sa mère le berçait dans ses bras en lui fredonnant ces merveilleuses berceuses kabyles, premières mélodies qui enchantent son oreille. D’aussi loin qu’il se souvient, sa mère le portait sur son dos vers la place du village, à la rencontre de ces musiciens troubadours appelés «Boudjlima» qui de village en village perpétuent la tradition musicale d’autrefois. Ces troubadours sont deux musiciens habillés en saltimbanque, des foulards multicolores attachés à leur ceinture, l’un jouant de la cornemuse, le second des karkabous. Tout le monde dansait autour d’eux dans une ambiance fraternelle et festive.
Syamour se souvient aussi de ces autres troubadours qui traversaient la kabylie de village en village. Ce sont les «Sidi Amar», troupe d’une dizaine de musiciens, différents des «Boujlimas». Les «Sidi Amar» sont habillés en djellabas blanche, l’un d’eux jouant au nay, longue flûte au roseau, un autre portant toujours le drapeau de leur confrérie, et tous les autres faisant résonner leur bendir. Cet instrument a un son particulier reconnaissable à son timbre et ses vibrations. C’est aussi une percussion de purification d’esprit puisque les «Zaouias» (confréries) l’utilisent pour guérir les malades prisonniers des démons. La légende raconte que les mauvais génies fuient les sons du bendir, faisant de ces musiciens des guérisseurs par la musique. Dès lors, on ne peut pas parler de l’histoire de la kabylie, sans évoquer ces troubadours qui restent gravés dans la mémoire de la population. Pour Syamour, ces traditions ancestrales sont les repères et la source d’inspiration de sa musique.
Syamour se rappelle avec émotion de ces belles fêtes du village que les groupes traditionnels kabyles appelés «Idbalen» animaient pendant les mariages et les baptêmes. Ces moments sont les seuls où on pouvait assister à de vraies «troupes» de musiques amplifiées. Avec d’autres adolescents, Syamour parcourait des kilomètres pour rencontrer des vrais musiciens sur scène ; c’était tellement beau qu’il s’imaginait déjà parmi eux.
A son arrivée au collège, Syamour intègre le groupe de l’école et fait alors ses premiers pas dans la musique. Il s’inscrit à l’école de musique «Chaâbi» (dite populaire) de Tizi-Ouzou. Il découvre les premiers modes de cette musique comme le sika, le maya, le zidane… mais aussi les premiers rythmes comme la rumba, le goubahi, le debka… Ses premières scènes sont les fêtes de lycée, les mariages… c’était le début d’une carrière musicale…
Durant les deux années du service militaire, Syamour découvre le Sahara. Il rencontre les touaregs, peuple berbère libre à la culture extraordinaire. Leur musique aux rythmes thérapeutiques et envoûtants inspire la liberté, avec ses mouvements de transes et sa richesse culturelle. Syamour tombe sous le charme de la musique touarègue et gnawa. En décembre 1999, Syamour arrive en France, c’était un hiver rude, 400 francs en poche.
Lui-même le raconte: «je me sentais tellement chez moi, je parlais déjà français et beaucoup de mes compatriotes y sont déjà installés… Mon seul outil de travail était ma guitare ; je commençais alors à sillonner les cafés pour ramasser quelques pièces, mais c’était mieux qu’au bled. Vivre libre et en paix n’a pas de prix, alors je savais que mon avenir était ici…»
Chaque soir d’été, Syamour se rend sur le parvis du Trocadéro pour jouer du djembé avec ces africains dont la plupart sont clandestins. Tout le monde est en vacances pendant qu’eux animent les quartiers les plus visités par les touristes. C’est le monde en miniature: les «bananias» d’Afrique avec leurs gadgets, les asiatiques avec leurs montres et leurs briquets, les touristes avec leurs sacs à dos… Un véritable carrefour des cultures du monde ! …
En 2002, Syamour quitte Paris pour le Nord, il s’installe à Lille ; il cherche alors à nouveau des endroits de rencontres musicales pour pouvoir «boeuffer» avec d’autres musiciens, et c’est au faubourg des musiques qu’il atterrit, lieu incontournable pour les artistes lillois. On y croise le jazz, la musique manouche, le rock, le reggae, le rap, le zouk…
Après plusieurs apparitions sur les scènes du Nord et quelques cafés-concerts, Syamour crée son propre groupe, réunissant une bande de potes, amoureux de la World music et passionnés par la fusion et le métissage des styles. Une belle aventure, qu’il lui permet de sillonner la France à travers les festivals et les tournées et d’acquérir une bonne expérience scénique. Issu de la première sélection du dispositif -Tour de chauffe- en 2006, une autre consécration, il est lauréat du tremplin Het Lindeboom en 2007, concours artistique autour de toutes les musiques du monde.
Aujourd’hui, il sort son premier album intitulé Machahou (qui signifie « je commence une histoire ») autour d’un répertoire original, une musique nouvelle métissée de sons d’ici et d’ailleurs… Syamour s’inscrit ainsi parmi les nouveaux talents prometteurs de la scène World music…
