Il faut bien l'avouer, le lieu du 9-9bis est particulièrement approprié pour Kompromat. Le métal des rails, le souffle de l'ancienne mine, c'est tout un univers qui est convoqué alors même qu'on se presse aux portes. On peut le dire, l'ambiance est déjà électrique avant même d'arriver dans la salle pour cette date sold-out qui ne promet que du bon.
Kompromat et M4R4 au Métaphone : transe industrielle au fond de la mine
On se calme un peu pour écouter M4R4, bretonne exilée dans ce qu'elle nomme "la ville maudite d'Angoulême". Soit. Pour des raisons variées, on imagine sans peine décrire un paquet de villes locales comme des "villes maudites", qui nous rapprochent du propos. Sur scène, M4R4 apparaît seule, interagissant tantôt avec ses machines, tantôt avec le public. Elle arrive plutôt timidement mais cela ne dure pas. Le verbe acide, dur, brouille rapidement les repères, tout comme la variété de sons, parfois minimalistes, bruts, parfois électroclash. On n'est pas bien certain d'aimer l'univers dans lequel on s'engage, plutôt sombre, désespéré mais haut en couleurs, à l'image de Cleveland, Ohio, qui fait l'objet d'un titre :
Le tout en français, histoire de ne pas louper une miette de ces personnages et situations un peu cringe qui s'égrainent devant nous.
Kompromat en feu au Métaphone
On y allait clairement à la confiance ce soir, à la fois car le duo propose des morceaux des plus enthousiasmants, que les précédents concerts du groupe dans la région avaient fait mouche, et aussi car la salle promettait un confort de choix pour profiter de cette transe électronique. L'entracte entre les deux parties laissait présager du bon : la ferveur sentie à l'ouverture des portes s'était intensifiée. Disons-le prosaïquement : tout le monde était au taquet. De nombreux fans autour n'en sont d'ailleurs pas à leur premier, même pas dans les premiers rangs. Une voisine explique en être à son cinquième, sa propre voisine de derrière à son troisième. Le groupe n'est pas difficile à voir dans la région mais on en redemande très volontiers. Quand Kompromat entrent en jeu, il ne faut donc pas longtemps pour que la chaleur de l'accueil se fasse sentir : en une chanson c'est plié.
L'énergie collective se transforme rapidement en déchaînement contrôlé. On chante en trilingue ce soir, on bredouille même l'allemand du premier album Traum Und Existenz, dont le titre éponyme est rapidement joué. Si le public est en grande forme, le groupe n'est pas en reste. Vitalic, connu pour ses sets énergiques, forme un duo fantastique avec Rebeka Warrior qui interpelle la foule et, comme sur d'autres dates, se lance même dans un crowd surfing, avant d'encourager la foule à pogoter dans une communion joyeuse et brute.
On découvre avec joie les morceaux issus de PLΔYING / PRΔYING aux accents volontiers EBM, on ne s'en plaindra pas. Il faut dire que les singles, "Lift Me Up" et "I Let Myself Go Blind" pourraient probablement réveiller les morts, comme celle qui danse sur le dancefloor en fin de concert avant une belle reprise de DAF, "Als Wär's Das Letzte Mal". On avait triché en allant vérifier les setlists avant de venir, on savait donc que c'était la dernière, mais, car il y a un mais, personne n'avait eu le mémo. Alors les cris et les applaudissement se prolongent, si bien que Kompromat reviennent sur scène. Rebeka nous rappelle à l'ordre, goguenarde : "À un moment donné faut aller se coucher, hein ? ("Noooon !") Nous on était montés, on était en petite culotte, tranquilles. Bon on en fait une dernière et après vous allez au lit !" Ça valait le coup d'attendre. "Chaque jour qui passe / Et mes paroles / Ont un peu plus / Le goût des cendres". C'est une bien belle berceuse qu'on a eue là. Dans la nuit froide du bassin minier, les corps se sont dispersés, mais la braise, elle, brûlait encore.