Assurer la première partie des Virgins devant un public forcément fiévreux, arrivé fort tôt former une longue file d'attente devant le Grand Mix, est un challenge. Et on ne peut que féliciter la formation lilloise choisie qui prouve qu'on peut avoir vingt ans et bien du bagou. Affichant un solide parcours derrière eux, dont le travail sur un album autoproduit dont le titre donne le ton (Made In China) et une bonne floppée de dates, les Marvin Hood ont relevé avec brio ce défi. Si la voix surprend un peu par sa ressemblance troublante avec leurs collègues des Curry & Coco (sans parler du look et des lunettes), le reste se démarque de leurs aînés. Piochant leurs influences parmi les meilleures heures du rock indépendant, les Marvin Hood ont ainsi offert une demi-heure de pop malicieuse (Love In One Minute) et délicieusement kitsch (Love). Non dénués d'humour, ils ont emporté la sympathie du public, lequel était pourtant très impatient de découvrir (ou redécouvrir) The Virgins.
Des vierges finalement moins sympathiques à côté de la fraîcheur des Marvin Hood, mais néanmoins professionnels. Et surtout au répertoire plus varié que prévu. Bien entendu, personne n'a pu passer à côté de Rich Girls, matraqué en radio / télé / publicité, tout les supports que vous voudrez et... pourtant toujours très efficace. Précisément le genre de pop acidulée qu'on attend au tournant, quand les artifices de la production et les petits plus des arrangements électroniques disparaissent au profit d'une humanité live. Certes les Virgins sont attendus, a(ci)dulés et affichent une fausse nonchalance débridée, à l'instar de leurs clips. Si les "vieux" (on se sent vite vieux ce soir-là au Grand Mix) restent tapis au fond, les plus jeunes sautillent devant, avec le chanteur, durant tout le concert.
Le set débute de manière relativement conventionnelle par She's Expensive et autre Hey Hey Girl. On se souvient ensuite que les Virgins ne sont pas le groupe d'un seul single puisque Private Affair était déjà bien rentré dans nos têtes. Loin de constituer le pire morceau de l'album, il ouvre la route à des sonorités plus américaines (le groupe, contrairement aux apparences et conformément à leur accent, est originaire de New York). Si certains titres agacent, comme Murder, les arrangements live ne sont pas désagréables et donnent une cohérence à l'ensemble. Le groupe se fait heureusement moins propre sur lui que sur le trop lisse disque. Quid des mélodies ? on ne les entend guère. Quid des paroles ? on regrettera le fait que la voix de Donald Cumming disparaisse parfois quasiment complètement derrière la musique ou frôle l'agacement par son manque de précision. Rich Girls ne se révèle d'ailleurs pas aussi péchue en live que sur disque. Néanmoins, certains titres sont furieusement efficaces et c'est toute la salle, et non seulement les premiers rangs, qui se déhanche sur des titres comme One Week Of Danger. C'est finalement cette efferverscence qui reste en tête. Et pourtant on sent qu'il pourrait y avoir plus si le groupe daignait abandonner plus souvent ses oripeaux pétillants. Pour le rappel, les morceaux plus acoustiques - et particulièrement le dernier en guitare-voix -, sont bien plus réussis et on ne peut qu'encourager The Virgins à abandonner un peu l'affreuse vague revival 80s et travailler leurs morceaux dans cette voie car le résultat est beaucoup plus fin. La soirée se termine sur une reprise honnête du Devil Inside des Australiens INXS.