Musik Métiss à l’ARA

L'ARA : oiseau de nuit aux couleurs multiples

RUN THE TRAC !
Vendredi, l'association roubaisienne Assos TRAC (Troupe Roubaisienne d'Action Culturelle), la même, celle née en 2003, qui a chapeauté des projets comme  "Pas si bizarre" (Lille 2007) - un club de filles super sympas - nous a proposé un bien beau projet 
interculturel : MUSIK MÉTISS. 

Rencontre sur le thème du métissage dans la musique suivie d'un buffet autour de la cuisine du monde (du nan-nan !) suivi de 2 concerts. Le genre de soirée qui  fait repousser les limites : "Allez, je reste encore un peu, je vais goûter le jambon qu'il est bon"... "Ben j'allais partir mais la petite vidéo m'a donné envie d'écouter le groupe de Tsapik"... "Euh non, je suis pas encore partie, il y a Sandromadaire en 2ème  partie...". On arrive à 18h pour un colloque frôlant l'intellectualisme musical, et on repart de là à minuit et avec regret. 

Un bon mezzé donc mais surtout un moment très enrichissant, culturellement, musicalement.

Julien Mallet (musicologue) a passé 9 mois à Madagascar et revient avec une thèse sur la musique malgache, ses influences, son histoire, son métissage  musical. On plonge dans son impressionnante vidéo en projection sur le Tsapiky*, entraînés par des rythmes fous et des images chocs. Nous voilà dans une foule malgache buvant-dansant, frénésie locale des  funérailles consommées. Abasourdissant : on ne décroche plus.

On reste un peu sur notre faim quand même (pas le temps de voir la fin de la vidéo, oohh) mais ça tombe bien puisqu'on passe au buffet, invitation royale, un vrai banquet aux saveurs italiennes et nord-africaines. On fait connaissance, servis comme des princes. Même à l'opéra en "orchestre", vous ne trouverez pas pareil accueil. Puis, on vient nous chercher façon majordome pour la suite de la soirée : "Mesdemoiselles, nous vous invitons à passer au concert". S'il-vous-plaît...

DAMILY (en formation réduite, voix, guitare et percus  africaines, maracas et tambour en vraie peau) nous attend déjà pour son concert de TSAPIKY, genre musical qu'on vient de décortiquer dans tous les sens. Chemise en damier afro, chevelure picturale (une  aquarelle !), Damily a la guitare qui sonne. Il est accompagné Divel, sa femme, pieds nus, d'une blancheur contrastante. Le thème de métissage prend une nouvelle essence... Divel chante en malgache et la percu africaine n'a aucun secret pour elle. Le public, emballé, est déjà en Afrique.

Dernier voyage en funambule sur les cordes colorées de Sandro de 100 DROMADAIRES (remarquez le jeu de mots au passage) 100 DROMADAIRES - Sandromadaire - Sans dromandaire - Sandro n'a pas rameuté ses 100 dromadaires mais à deux sur scène, avec Simon Demouveaux de Lille, le bassiste (encore un beau métissage), c'est déjà comme 100 nomades qui vous embraquent voyage. 100 DROMADAIRES - une chanson française métissée,  influencée du Mali, le chant est nasale, le timbre de voix en trémolo. Vibrations. Le jeu de guitare t'envoie en brousse. On ferme les yeux, c'est orange et bleu. On entend et on voit les serpents.

Instants magiques et transportants!

* LE TSAPIKY ("Tsapik" en français)
Comme le Soukous zaïrois mélange la rumba cubaine des années 50 avec le rythme kwasa kwasa et le zouk, le Tsapiky est une musique issue d'un métissage musical afro-malgache. Dans les années 70, la radio de Madagascar n'arrive pas jusque Téluar (1000 kms au Sud-ouest de la capitale). On écoute les transmissions africaines, la musique du continent. Très vite reprise par la pratique musicale moderne villageoise et les premiers orchestres électriques (oui, électriques !!), le Tsapik devient la musique identitaire de Téluar. Une musique cérémonielle qui se joue aussi bien sur scène en ville que dans les villages lors de funérailles. La musique n'est pas écrite et l'harmonie mélodie/rythmique, basée sur 3-4 accords, laisse toute la place à des improvisations délirantes sur des rythmes en secousses. L'intensité varie et s'adapte à ce qu'il se passe dans le public. Phrases musicales assemblées, répétées, modifiées. Intensité musicale variable. Répétition de motifs en variation et jeu de guitare saturée : ça sonne. Qu'est-ce que ça sonne !

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