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True Live & Jayfly Muzziq à l’Aéronef

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C’était à prévoir. Les spectateurs (environ 80 personnes) sont peu nombreux à l’Aéronef. True Live, le groupe vedette de la soirée, est peu connu en France et fait encore office d’outsider. Seul son récent second album, l’excellent Found Lost, a eu les honneurs d’une distribution dans l’hexagone. Néanmoins ce statut ne doit pas faire oublier les multiples récompenses que ce groupe de Hip Hop, formé en 2003, a obtenu dans son pays d’origine, l’Australie, sa renommée critique (le magazine Rolling Stones a décerné 4 étoiles à leur dernier opus) et sa grande expérience du live. Le combo a, en effet, ouvert pour des pointures telles que The Roots, De La Soul, Roots Manuva, DJ Shadow et a participé à de multiples festivals importants.

 

Le groupe de Rap Dunkerquois Jayfly Muzziq, composé du MC et guitariste Deefly et du metteur en sons J-Kid, fait également figure d’outsider. Mais un outsider des plus prometteurs. Son nom circule depuis quelques temps chez les amateurs d’un Hip Hop de qualité et on a pu dernièrement les découvrir sur scène aux récentes présélections du Printemps de Bourges ou en première partie de Chali 2 Na au Grand Mix le 03 mars 2011. C’est donc avec un grand plaisir qu’on les retrouve en ouverture de True Live. Les Jayfly Muzziq confirment tout le bien que l’on peut penser d’eux et démontrent une aisance grandissante en concert. Ils débutent leur set de manière décontractée sur le devant de la scène, Deefly posant son flow anglophone et aiguisé sur les beats concoctés à la MPC par son barbu de comparse. On sent une grande complicité entre les deux musiciens, tout sourire, dansant ensemble et conviant le public à se rapprocher d’eux. Le plaisir de jouer live est palpable. Les sonorités électroniques, qui rappellent les productions du label Anticon, laissent vite la place à un son plus chaleureux et organique. J-Kid s’installe derrière son instrument de prédilection, le clavier, et Joani les rejoint à la batterie. Le groupe puise dans le passé de la musique noire américaine mais également dans le rock, s’imprègne de leur énergie et de leur diversité et offre une musique d’une grande fraîcheur, au groove omniprésent et efficace, regorgeant de multiples idées. Un univers d’une grande ouverture capable de plaire aux initiés comme aux autres. Les textes sont autobiographiques (« Stombling » traitant des relations qu’entretient le MC avec les femmes, « Quiet Night » décrivant ses pensées nocturnes) ou s’attaquent, avec humour, à des sujets plus graves: « Jack And The King » fable sur le peuple, son roi tyrannique et sa fantasmatique épouse (toute ressemblance avec des personnes existantes n’est pas fortuite). Un album est en préparation et devrait sortir courant septembre. L’énergie et le perfectionnisme que montre Jayfly Muzziq sur scène augure d’un disque des plus appétissants. Pour patienter, une mixtape, Supercassette, est disponible gratuitement sur le Net.

 

C’est avec classe que les membres de True Live déboulent sur scène. Les musiciens sont tous de noir vêtus et le chanteur Rhyno, dans son costard blanc, fine moustache aux bords des lèvres, rappelle la beauté latine et virile de Benicio Del Toro. La formation du groupe interpèle: un batteur, un clavier, un contrebassiste, un violoniste et un violoncelliste. Plutôt original pour un combo Hip Hop! Le set débute avec « Question This » tiré du premier album The Shape Of It. Le son est prodigieux, renversant. C’est simple: on a jamais entendu des instruments à cordes dits « classiques » sonner comme cela. Et on comprend, en quelques instants, que les Australiens n’ont pas traverser la majeure partie du globe pour faire du tourisme ou de la figuration.

Tous issus de la crème des musiciens classiques et jazz (Tim Blake, le violoncelliste, est un collaborateur de Nitin Sawney, le violoniste Tamil Rogeon a enregistré avec l’excellent groupe de Soul The Bamboos, Tom Butt, le contrebassiste, est également un DJ réputé), ils livrent un show dantesque et inoubliable. Les instruments à cordes trouvent naturellement leur place au milieu des Beats Hip Hop et révèlent un groove insoupçonné jusque là. Voir des spectateurs remuer la tête, agiter les bras de bas en haut pour marquer le rythme ou jumper sur un solo de violoncelle est une chose rare et marquante. L’atmosphère musicale est inédite. Les compositions du groupe sont à la jonction du Rap, du Rock, du Jazz, de la musique Manouche et du Classique. A l’occasion du live, les chansons sont réarrangées, revisitées et cela dans un seul but. Décupler leur puissance de feu. L’approche peu conventionnelle du Hip Hop ainsi pratiquée est ambitieuse mais fonctionne incroyablement: les constructions alambiquées font autant remuer les méninges que le corps, les rythmiques sont implacables, et les basses (ou plutôt les « contrebasses ») puissantes.

Et au milieu de cet ensemble frénétique: Rhyno. Crooner des temps modernes, tronche qui ne dépareillerait pas dans un club de Jazz enfumé, transpirant comme un diable, se donnant entièrement à sa musique, dansant aux quatre coins de la scène, sautant partout, se mêlant au public, son énergie est communicative. Et sa voix fascinante. La rage Soul d’Otis Redding, les tremolos d’Al Green, la violence Blues d’un Tom Waits ou d’un Nick Cave, le flow et la tchatche d’un Wu-Tang. Tout cela réuni dans un seul corps! Le Hip Hop n’est jamais aussi intéressant que quand il brise les carcans dans lesquels il s’enferme malheureusement trop souvent. Ces blancs-becs l’ont compris et en font une magistrale démonstration.

Nul doute qu’à la suite de leur tournée française et des critiques dithyrambiques qui en découleront (car il ne peut en être autrement), True Live ne sera plus un outsider et se taillera une réputation méritée. On en reparle dans quelques semaines, quelques mois…

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