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Cass McCombs « Mangy Love »

Cass McCombs « Mangy Love »

Cass McCombs Mangy Love Style : Pop Ciselée Sortie : 26/08/2016

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A l'écoute de Mangy Love de Cass McCombs, légèreté et grâce envahissent l'espace, quelques noms viennent immédiatement à l'esprit. La compagnie ne manque pas d'allure : Elliott Smith, Kurt Vile, Steve Gunn. Des guitaristes fins aux doigts aussi agiles que discrets, ceux dont les mains courent en galops argentés le long des cordes d'acier, on songera même à Wes Montgomery sur Low flyin' Birds. C'est aussi, ailleurs, un tricot particulier, une façon de pousser un motif tout le long d'un morceau, comme un mantra (Rancid girl). C'est étonnant, autant que les choix du mix, laissant la voix au milieu des instruments sans la privilégier particulièrement.

Cass McCombs vient de réaliser avec Mangy Love une pièce absolument maîtresse dans sa discographie. De ces albums qui combinent tous les éléments, le feu et l'eau, l'air et la terre, quand tout s'emboîte parfaitement : quand on retire la toute dernière pièce de l'édifice et que tout tient miraculeusement. Quelques cris presque primaux, morceaux stoppés nets pour accentuer encore la rupture avec le suivant, nimbé de saxophone détonnant et flûte traversière portée par des souffles plus chauds. C'est un cours d'eaux vives, tapées de soleils chauds et clairs dans un demi-jour étincelant de fraîcheur, de la fluidité des eaux de rivière et des sources jaillissantes. McCombs n'a jamais l'air de forcer, un peu comme pouvait le faire JJ Cale dans un registre totalement différent.Tout semble simple et délié, gracieux et aérien. C'est constamment intelligent et vibrant, d'une dynamique permanente, ondoyant, furtif, rusé.

Quant aux textes, servis parfois par des invités aussi intéressants que la très farouche Angel Olsen, ils sont portés par une volonté constante de ne pas sombrer dans une quelconque niaiserie et de recomposer le paysage du monde actuel. On se souvient qu'en 2013, McCombs avait créé une police de caractères, carrément, à partir de la die sect icon, ce motif qui fait largement penser au peace and love classique, pour réinventer les sentiments originaux de paix et d'amour universel. C'est l'antithèse de l'iconographie stagnante, de l'esthétique du matérialisme et du jargon académique. Ça pose un discours, on peut même télécharger cette police sur le site officielVisions terrifiantes d'un monde violent, planquées dans des chansons tout en souplesse serpentine et en carillons arpégés qui ne peuvent pas faire oublier le fond de l'histoire. Cela dit Laughter is the best medicine vient teinter d'espoir clair ce disque magnifique, cette heure splendide et aérienne, lucide et gorgée d'humanité, filtrée par une voix claire et solaire.

Cass McCombs est en concert au Grand Mix le 23 février, un peu après Andy Shauf, dont le disque, chroniqué chez nous, est dans de nombreux top 2016. Mangy Love est tellement bon qu'on pourrait bien se faire deux top ten en trois jours. La semaine sera rude, certes, mais étincelante.

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